La profession agricole et les assureurs eux-mêmes l’avaient pressenti. Le nouveau contrat socle n’aura pas inversé la tendance. Les premiers chiffres le confirment, après un recul entre 2014 et 2015, le recours à l’assurance multirisque climatique n’a pas séduit cette année non plus.
Alors que les orientations de la future Pac doivent commencer sous peu à se dessiner et dans un contexte où le contrat socle d’assurance récolte ne semblait pas avoir convaincu les agriculteurs (1), Stéphane Le Foll a appelé les acteurs du monde agricole à réfléchir à l’amélioration des mécanismes de gestion des aléas. Dans cette optique, le comité de gestion des risques agricoles (CNGRA) s’est réuni le 19 octobre. Le lendemain, le Conseil supérieur d’orientation (CSO) « à haut niveau » faisait de même. L’occasion pour le ministère de faire part du premier bilan 2016 de l’assurance multirisque climatique ou contrat socle. Et les chiffres confirment les craintes : les agriculteurs se détournent du contrat socle.
Un engouement faible qui ralentit
À première vue, quelques données pourraient s’avérer encourageantes : entre 2015 et 2016 le montant des capitaux assurés a augmenté de 2,4 % et les surfaces assurées sont en hausse de 2,3 %. Cependant, la hausse des surfaces est uniquement due à la nouvelle assurance prairie : 111 300 ha de prairie étaient assurés en 2016 contre 20 000 ha seulement en 2015. Pour toutes les autres productions, les surfaces assurées baissent : -1,8 % pour les grandes cultures, -1,1 % en viticulture, ou -19 % en légumes par exemple. Par ailleurs, en un an, le nombre de contrats souscrits est passé de 68 378 à 66 390, soit une baisse de 2,9 %.
Si le taux de diffusion de l’assurance a augmenté, toutes filières confondues (26,1 % en 2015, 26,3 % en 2016), ce constat global cache des situations diverses en fonction des groupes de culture. Chez les céréaliers, le taux est passé de 26,76 % à 26,3 %. Une chute est également constatée en viticulture (23,16 % en 2015 et 22,9 % en 2016) et en maraîchage (15,36 % en 2015 et 12,5 % en 2016). Seule l’arboriculture voit son taux de diffusion augmenter, passant de 2,23 % à 2,6 %.
En se penchant sur un temps plus long, on note qu’après une période haussière (2011-2013) du recours à l’assurance chez les céréaliers et les viticulteurs, la tendance s’inverse : depuis 2013 en céréales et 2014 en viticulture, la diffusion de l’assurance recule chaque année.
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Une mobilisation des fonds publics en hausse
Depuis 2011, l’aide publique n’a cessé d’augmenter pour assurer la garantie d’une subvention à hauteur de 65 %, qui aurait dû renforcer l’engouement pour l’assurance. Ainsi quand, entre 2011 et 2016, le montant des primes subventionnables augmentait de 31,4 %, celui de l’aide publique enregistrait une hausse plus forte encore, de 40 %. Selon les données présentées par le ministère au CNGRA du 19 octobre, le tarif des assureurs augmente lui aussi. La promotion de l’assurance multirisque climatique mobilise de plus en plus de budget public, pourtant rien n’y fait : l’assurance ne prend toujours pas.
Les acteurs du monde agricole, représentants syndicaux et assureurs en tête, devront faire preuve de pragmatisme en poursuivant leur travail. Le CSO se réunira à trois reprises avant de rendre sa copie au ministère fin décembre. L’objectif : trouver des pistes pour mieux couvrir les risques liés aux aléas climatiques, aux risques sanitaires et environnementaux, et aux risques en lien avec la volatilité des prix. Sur ce dernier point, les assureurs ont déjà pris les devants.
(1) Voir Agra Presse Hebdo n°3560 du 12 septembre 2016
La hausse des surfaces assurées est uniquement due à la nouvelle assurance prairie