Frappée par la crise Covid-19, la filière pomme de terre se prépare à retirer des volumes du marché comme lors du premier confinement. Son attente grandit concernant les aides annoncées en juin.
La filière réclame à la Commission européenne de réactiver l’article 222 de l’OCM unique, car la période de six mois pour de telles opérations est écoulée. Elle anticipe « des difficultés à venir » et préfère avoir « un cadre sécurisé » pour le retrait de pomme de terre, a expliqué le 5 novembre Bertrand Ouillon, délégué de l’interprofession GIPT (produits transformés). C’est l’UNPT qui porte la demande à Bruxelles, avec le soutien du Copa (organisations agricoles de l’UE), a-t-il précisé. « On n’est pas à l’abri de nouvelles opérations de dégagement de pomme de terre industrielles vers l’alimentation animale, la méthanisation… », a déclaré en conférence de presse Geoffroy d’Evry, président du syndicat des planteurs.
Le marché ne s’est toujours pas remis du premier épisode Covid-19 et ses fermetures en RHD (restauration hors domicile). Des estimations montrent une baisse de « 15-20 % du rythme de production » en usine, et ce, avant l’annonce du deuxième confinement, indique Bertrand Achte, président de la commission Transformation à l’UNPT.
Incertitudes sur les aides
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Pour passer le cap, quatre millions d’euros d’aides au retrait ont été débloqués par le ministère de l’Agriculture à destination des planteurs. L’UNPT lui demande de « respecter ses engagements » à hauteur de dix millions d’euros, selon Geoffroy d’Evry. Six millions d’euros sont donc attendus dans un deuxième volet, que le ministère souhaite consacrer à des aides structurelles notamment en faveur de l’investissement dans le stockage. « Aucun argent n’a aujourd’hui été versé », déplore Bertrand Achte. Les modalités du plan de quatre millions d’euros doivent encore être définies lors d’un conseil d’administration de FranceAgriMer le 19 novembre, d’après le syndicat. Ce montant ne satisfait pas l’UNPT, qui redoute l’application d’un « stabilisateur » : en cas de demandes trop nombreuses, chaque dossier risque de voir son aide unitaire diminuée. Inquiétude aussi à propos de l’autre enveloppe. L’UNPT espère six millions d’euros, lesquels ajoutés aux quatre millions d’euros font dix millions d’euros, soit le chiffre annoncé en juin par Didier Guillaume. Mais le ministère n’y voit qu’un « prévisionnel », refusant de préciser le montant final. « Les six millions d’euros ne doivent pas être noyés dans différents plans » comme celui de France Relance, requiert Geoffroy d’Evry, craignant de ne pas y trouver son compte.
La mise à l’écart des transformateurs sur l’aide au retrait de pomme de terre risque par ailleurs d’avoir des effets négatifs en amont de la filière. Ceux-ci « ont joué le jeu » des prix sous contrats, même en l’absence de valorisation quand il a fallu dégager des volumes hors circuits commerciaux, souligne Bertrand Achte. « L’an prochain, la tentation sera forte pour les industriels de réduire les volumes contractualisés », d’après lui.
Des usines, fin octobre, à 15-20 % sous leur activité normale