Les eurodéputés de la commission de l’Agriculture ont exprimé leurs « grandes réserves » quant à la volonté de la Commission européenne de développer un marché des crédits nature, lors d’un échange le 5 novembre. Bruxelles a, en effet, lancé au mois de juillet une feuille de route pour la mise en place d’un marché des crédits nature d’ici 2027 dont elle espère faire une source de revenu complémentaire pour les agriculteurs. Mais pour de nombreux élus de la Comagri, cette démarche met en lumière le manque de fonds dont dispose l'exécutif européen pour atteindre les objectifs de la récente législation sur la restauration de la nature. Le coordinateur du groupe PPE (droite), l’Italien Herbert Dorfman s’interroge : « Pour les crédits carbone il y avait déjà un marché. Ici il n’y a pas de marché. Qui va acheter ces crédits ? Quelle est la demande ? Pour moi il s’agit d’un plan sur la comète. »
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Autre crainte exprimée par plusieurs parlementaires : que des structures extérieures au secteur agricole (comme des ONG ou des entreprises) achètent des terres pour obtenir des crédits nature ajoutant une pression sur le foncier. La Verte Cristina Guarda (Italie) s’inquiète, pour sa part, d’une financiarisation de la nature avec des coûts de gestion très élevés qui pèseront sur les épaules des agriculteurs au profit des consultants qui vont réaliser les certifications et les études. « C’est une arnaque !, tranche Luke Flanagan (Irlande, Gauche). Taxons les entreprises pour financer les agriculteurs avec de l’argent public. C’est beaucoup plus simple. »
Consciente de ces réticences, Bruxelles indique ne pas avoir pris de décision. À ce stade, elle va mettre sur pied un groupe d’experts chargé de la conseiller. « Beaucoup de questions restent ouvertes. Rien ne dit qu’il y aura une initiative européenne ou si la Commission se contentera d’un rôle de facilitateur pour soutenir les initiatives locales », a indiqué la représentante de la direction générale de l’Environnement.