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Analyse Crise sanitaire, téléscopage des calendriers de production, raisons de la crise

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« Le secteur agricole des fruits et légumes connaît des difficultés particulières », a constaté Bruno Le Maire lors de sa communication sur le secteur de l'agriculture le 24 août en conseil des ministres. Une évidence aujourd'hui au regard d'une crise touchant principalement les tomates et concombres, ainsi que les pêches et nectarines. La crise due à l’e.coli, le téléscopage des calendriers et le climat ont provoqué surproduction et sous-consommation.

«Les producteurs subissent les effets de la crise sanitaire exceptionnelle qui s'est produite en Allemagne, au printemps dernier, et qui a freiné les ventes et désorganisé les échanges intra-communautaires », a expliqué Bruno Le Maire le 24 août dernier en conseil des ministres. « De plus, le secteur doit faire face à un excédent de production, en raison, d'une part, de la précocité des saisons qui a entraîné un télescopage des calendriers de production entre les régions et les pays producteurs et, d'autre part, du net ralentissement des ventes dû à un rafraîchissement de la météo estivale », fait-il remarquer. Pour Christian Vannier, directeur de l'animation des filières chez FranceAgriMer, « il n'y a pas de crise en fruits et légumes mais plutôt sur les filières tomates-concombres et pêche-nectarine ».

Tomate et concombres pâtissent d'une crise de confiance
« Cette année, une morosité de la consommation, liée notamment au climat, et son décrochement à la fin du printemps avec la crise de confiance liée à E. coli, ont fait que ces filières ont effectué un mauvais départ », avance Christian Vannier. Selon lui, « cela a entraîné un effondrement du marché des concombres et a marqué celui des tomates ». Puis un deuxième choc est survenu avec une baisse de la consommation en Allemagne et la fermeture du marché russe, ce qui a pénalisé ces marchés. Les exportations belges, hollandaises et espagnoles sont donc venues alourdir le marché français. Une bataille des prix s'est d'ailleurs engagée entre la Belgique et la Hollande sur le marché allemand. « Le manque de débouchés pour les productions a exacerbé les concurrences », constate Christian Vannier. Globalement, une cassure de la demande s'est faite sentir, avec un effet d'autant plus fort sur le marché que celui-ci était déjà « pesant » structurellement. « Les profils d'importations de tomates depuis le Maroc ne sont pas spécialement différents des années précédentes », estime Christian Vannier. Enfin, « l'effet de croisement des productions françaises précoces avec celles du Maroc en tomate ne se vérifie pas dans les chiffres, mais ont eu probablement un effet ». Il note par ailleurs que « malgré la crise, les importations européennes de concombres en France ont augmenté de 20% en raison d'une guerre des prix de la part de l'Espagne, de l'Italie et de la Hollande qui ont bradé leurs marchandises ».

Mauvais démarrage de la campagne pêche-nectarine
En pêche-nectarine, « l'effet saison est très marqué car la campagne n'a pas bien démarré avec une conso en baisse de 10% par rapport à la moyenne des campagnes précédentes », indique Christian Vannier. Selon lui, « une précocité des productions françaises a entraîné un télescopage avec les productions espagnoles, ce qui est venu s'ajouter à une consommation morose ». Ainsi, le croisement de l'offre a eu lieu avec quinze jours d'avance entre la France et l'Espagne. « Depuis le début de la campagne, les indicateurs de FranceAgriMer montrent que les prix sont restés anormalement bas », souligne Christian Vannier. De plus, les importations espagnoles en mai et juin ont été un peu supérieures à la normale. « En pêche et nectarine la crise vient d'un télescopage de calendriers des mises en marché entre l'Espagne et la France. Celle-ci s'est doublée d'une crise de morosité de la consommation en raison du climat notamment », conclut Christian Vannier. De plus, « la grande distribution parle d'une baisse de la fréquentation des rayons en général », observe-t-il. Pour lui, « les ventes directes n'ont pas relancé la consommation ». En outre, les problèmes structurels liés à la compétitivité des coûts de production sont toujours présents. Et, aussi bien en Espagne qu'en France, les ventes permettent à peine de couvrir les frais de production.

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