Abonné

Crise viticole : de premières aides sur la table

- - 5 min

Très attendu sur la crise viticole, Marc Fesneau a apporté le 6 février de premières réponses à la filière. L’État débloque des aides via la distillation, l’arrachage, le PGE, que les professionnels réclament depuis des mois. Reste à les préciser avant le prochain Salon de l’agriculture.

Des mesures de gestion conjoncturelles et structurelles : la filière viticole en crise a reçu des engagements de la part de Marc Fesneau, lors d’une rencontre le 6 février. Ces aides concernent la distillation, l’arrachage, le PGE (prêt garanti par l’État). « Le ministre a compris l’enjeu des difficultés de la filière et a commencé à élaborer un plan de sortie de crise », réagit Jérôme Despey, président du conseil spécialisé Vin à FranceAgriMer. Une enveloppe de 160 M€ est sur la table pour la distillation : 80 M€ venant de l’État, 80 M€ de fonds européens. « Dès à présent, et dans la limite des montants autorisés par les dispositions européennes, ce sont 40 M€ de crédits nationaux complétés de 40 M de l’enveloppe de financements européens (Feaga) dédiée au secteur viti-vinicole qui permettent d’engager dès cet été une campagne de distillation, selon un communiqué du ministère de l’Agriculture. Une seconde campagne de distillation pourra être organisée à partir d’octobre selon la même répartition entre crédits nationaux et européens pour atteindre un maximum de 160 M€ en 2023. » La filière aurait eu l’assurance que les 80 M€ de crédits OCM viti-vinicole correspondent à des reliquats, n’amputant pas les appels à projets en cours sur la restructuration, l’investissement, la promotion. Mais elle attend davantage.

Distillation : d’autres financements attendus

« On demande au minimum 200 M€, soit la distillation d’environ 2,5 Mhl », déclare Jérôme Despey, bien décidé à « ne pas lâcher » sur ce point. Pour les 40 M€ manquants, il s’agit d’aller puiser dans la réserve de crise, indique le secrétaire général de la FNSEA. Ce fonds prévu dans la Pac est alimenté à hauteur de 450 M€ par an, au sein desquels la France disposerait de 70 M€, selon lui. La Confédération des vins IGP de France réclame quant à elle 240 M€ pour la distillation. « Les remontées des vignobles font apparaître un besoin de 3 Mhl au total », signale le président Gérard Bancillon. D’après lui, Marc Fesneau n’a pas exclu de compléter le financement grâce à la réserve de crise. « Il y a une vraie volonté du ministre d’avancer », salue-t-il.

À propos de l’échelonnement du PGE, une « task force » est créée au ministère de l’Agriculture pour faciliter l’accès au dispositif, prolongé jusqu’à la fin 2023, selon le communiqué. « La porte est entre-ouverte » par l’État, considère Jean-Marie Fabre, président des Vignerons indépendants de France, rappelant que jusque-là Bercy s’opposait à la revendication d’allonger le remboursement de six à dix ans. Cette task force, chargée d’étudier les dossiers d’entreprises au cas par cas, vise à « aller plus vite » dans la médiation du crédit, selon lui. Une autre proposition, ouverte le 6 février, consiste à réunir la fédération des banques, les ministères, les organisations syndicales pour accélérer et simplifier l’allongement du PGE, indique Jean-Marie Fabre. Il y a aussi la demande, formulée par les Vignerons indépendants, de prêts à taux zéro. Sur ces deux points, des avancées sont attendues avant le Salon de l’agriculture.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Des pistes « à l’étude » pour l’arrachage

Enfin, le ministère annonce des mesures structurelles via l’arrachage définitif, que réclament les vignobles de Bordeaux et de la vallée du Rhône. « Des pistes sont à l’étude autour de la mobilisation des outils du Feader sur la diversification agricole, du renouvellement de générations, et de l’arrachage sanitaire dans le cadre d’un programme interprofessionnel d’enrayement de la flavescence dorée, selon le communiqué. Le travail doit se poursuivre pour que ces leviers puissent être rendus opérationnels dès 2023. » Là encore, des précisions restent à apporter d’ici au prochain Sia. Une mobilisation du Feader est donc sur la table, avec un cofinancement par l’État en plus des Régions. Mais aussi du FMSE (fonds national de mutualisation) pour l’arrachage sanitaire, un dispositif concernant les vignes à l’abandon.

Reste l’arrachage temporaire, une mesure que FranceAgriMer est chargé d’explorer. « Deux points de blocage existent avec la réglementation actuelle : l’obligation d’arracher et replanter sur la même parcelle, l’impossibilité de transfert de l’autorisation d’exploitation », indique Jérôme Despey.

« Le ministre a compris l’enjeu des difficultés de la filière »