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CyanoTox veut lever les freins à la valorisation des cyanobactéries

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La spiruline est la cyanobactérie la plus produite en France. Crédits : © misshuynhnghi/Pixabay

Consommées en alimentation humaine, les cyanobactéries restent interdites en agriculture à cause de leur potentiel toxinogène. Le projet CyanoTox veut créer des outils pour sécuriser et massifier les débouchés de cette filière algocole. 

Première productrice européenne de spiruline, la France limite encore les débouchés de cette microalgue de la famille des cyanobactéries, si populaire en complément alimentaire (1), à cause d’un manque de données sur la présence potentielle de cyanotoxines. Pour lever les freins à des valorisations plus larges des cyanobactéries, notamment en agriculture, l’Institut Carnot Agrifood Transition a lancé le projet CyanoTox. Celui-ci est porté par l’ADRIA et le Centre d’études et de valorisation des algues (CEVA), au sein de l’Institut. 

L'objectif de ce projet est d’utiliser la génétique pour lever « les incertitudes quant au potentiel toxinogène des cyanobactéries », explique le communiqué de l’Institut du 2 juin 2025. Le projet est financé par l’Agence nationale de la recherche, la Région Bretagne et l’Institut Carnot AgriFood Transition. 

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« L’utilisation de toute cyanobactérie est exclue dans la réglementation sur les biostimulants et les biofertilisants, probablement en lien avec le potentiel toxinogène des cyanobactéries », explique Amance Corat, chef de projet algoculture au CEVA et coordinatrice du projet CyanoTox. « Cela exclut d’office la spiruline, pourtant consommée en aliment et en complément alimentaire. Plus nous aurons d’outils pour comprendre et analyser ces cyanotoxines, plus cela permettra de rassurer les autorités sur l’utilisation de certaines cyanobactéries, afin d’en élargir la valorisation. » 

Influence des conditions de culture 

Lancée pour deux ans, l’étude se penche sur quatre espèces de cyanobactéries : spiruline, klamath, Microcystis aeruginosa, qui est l’espèce modèle pour la production de toxines, et Synechococcus elongatus, « une petite cyanobactérie qui a démontré des propriétés potentiellement biostimulantes », note la coordinatrice du projet. 

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Les chercheurs ont commencé par établir une base de données des génomes des souches présentes dans leur collection, constituée pour partie à l’aide des producteurs de la Fédération des spiruliniers de France (FSF). Ils l’utiliseront afin d’identifier les gènes codants pour les différentes cyanotoxines. « Si une souche n’a pas ces gènes, elle peut-être considérée comme sûre », glisse Amance Corat. « L’idée sera de voir si certaines espèces qui présentent les gènes codants des toxines en produisent ou non. » 

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Le projet va aussi étudier l’influence des conditions de culture sur la prolifération des toxines, en vue de mieux les contrôler. L’intensité lumineuse, l'excès de nutriments et la chaleur sont déjà suspectés de contribuer aux proliférations de cyanotoxines. « Si on arrive à identifier des leviers pour réduire ou maîtriser la production des toxines, il sera intéressant de partager ces éléments avec les producteurs », souligne Amance Corat. « Potentiellement, ces derniers pourraient ensuite tester leur souche ou leur culture de cyanobactérie afin d’en garantir l’innocuité. » Cette garantie sécuriserait le marché des cyanobactéries et assurerait des débouchés supplémentaires à la filière « en renforçant la confiance des autorités et des consommateurs », conclut le communiqué du Carnot. 

 

(1) Dans une note publiée le 30 novembre 2017, l'Anses recommande notamment de « privilégier les circuits d’approvisionnement les mieux contrôlés » pour les compléments alimentaires à base de spiruline car ils « peuvent être contaminés par des cyanotoxines, des bactéries ou des éléments traces métalliques ».