Le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, semble être partant pour un second mandat. Dans le monde agricole français, il a été apprécié pour sa connaissance des dossiers et sa détermination face aux autres commissaires européens. Mais certains regrettent l'écart entre ses ambitions et ce qu'il a accompli.
QUELQUES semaines avant les élections européennes, le 25 mai, se pose la question du changement de poste pour le commissaire en charge de l'agriculture. En marge du conseil informel de l'agriculture à Athènes le 5 mai, Dacian Ciolos répond : « Je suis ouvert à un second mandat mais cela ne dépend certainement pas de moi ». En juin, sera nommé le président de la Commission européenne. En septembre-octobre, les nominations pour les postes de commissaire devraient être confirmés, suivies des auditions au Parlement européen. Si le calendrier est respecté, le nouveau collège prendra ses fonctions le 1er novembre. Sa nomination dépendra aussi du nouveau gouvernement roumain. « Tout sera plus clair dans quelques mois », ajoute Dacian Ciolos.
Un connaisseur des problèmes agricoles
En 2009, il a succédé à Mariann Fischer Boel, dont la politique ultralibérale n'avait pas laissé un bon souvenir au monde agricole. A la fin de son mandat, Dacian Ciolos conserve un capital de sympathie important. Qu'il reste ne poserait « aucun problème » à Xavier Beulin, président de la FNSEA. « C'est une personnalité dont on peut apprécier la manière dont il traite les dossiers. Il est favorable à une agriculture diversifiée et de taille humaine, cela nous va », ajoute-t-il. Les problèmes de l'agriculture peuvent venir des autres membres de la Commission, a constaté Xavier Beulin : « Par nature, dans des situations comme celui de l'accord transatlantique, l'agriculture paraît toujours un peu conservatrice face à d'autres commissaires qui peuvent sans protestation, réclamer plus d'audace ».
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Une situation que Dacian Ciolos a su maîtriser, affirme Michel Dantin, député européen UMP du sud-est, qui l'a côtoyé pendant ces cinq ans. « Il a été capable de tordre le bras à certains de ses collègues, a imposé ses visions en fédérant d'autres commissaires, explique-t-il. Il connaît les sujets agricoles, a une vraie réflexion qui lui a permis de donner des orientations à ses services et de ne pas être seulement le porte-parole de la direction générale de l'agriculture. C'est une évolution extrêmement importante ».
Des ambitions et des déceptions
Les syndicats minoritaires sont plus mitigés. Séduits au premier abord, ils ont vite été déçus. « Dacian Ciolos est arrivé avec une volonté juste et un discours ambitieux pour l'agriculture, mais sa réforme a été passée à la moulinette », regrette Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. « Dacian Ciolos nous a vendu beaucoup d'illusions », approuve François Lucas, vice-président de la Coordination rurale. « Nous avions mis beaucoup d'espoirs dans sa connaissance de la France. Il est d'un pays, la Roumanie, où l'agriculture pèse un poids énorme, où le sort des agriculteurs doit être une grosse préoccupation. Mais nous sommes passés de déception en déception. Il n'aura pas pesé beaucoup sur la Pac, on l'a bien vu sur le lait : on le félicite pour la mise en place d'un observatoire des marchés laitiers, mais le bilan est décevant », déplore-t-il.