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Daniel Chevreul (Terra Lacta) : « Nous investissons 8 M€ pour construire une nouvelle usine près de Limoges »

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Habituellement très discrète, la coopérative laitière Terra Lacta basée à Surgères, en Charente-Maritime, prend la parole. Il faut dire que son actualité est des plus riches. Ces derniers mois, elle vient de décider la construction d’une nouvelle laiterie près de Limoges, qui va lui permettre de produire des volumes supplémentaires nécessaires à l’essor de ses jeunes marques Les Fayes, Le Petit Vendéen et le Petit Auvergnat. Cette stratégie de développement de marques propres régionales s’accompagne d’une première croissance externe : début septembre, Terra Lacta annonçait ainsi l’acquisition du fabricant de produits laitiers apéritifs Fromacœur, une PME innovante. Ce qui permet surtout à Terra Lacta d’étendre son savoir-faire à un nouveau marché en plein essor : le snacking salé, très apprécié au moment de l’apéritif. Enfin, la coopérative a connu un changement de taille avec l’arrivée en avril de Daniel Chevreul comme directeur général. Cet ancien de Savencia connaît bien les problématiques laitières, mais aussi Terra Lacta. Les adhérents fournissent une part de leur lait à Savencia et la coopérative est au capital des fromageries Lescure dont 51 % sont détenus par Savencia.

Terra Lacta vient de faire l’acquisition de Fromacœur, spécialiste du snacking à base de fromage. Quelles sont les raisons de cette acquisition ?

L’acquisition de Fromacœur répond à beaucoup de nos exigences : il s’agit d’une entreprise située dans notre région, à Ruffec, qui offre un débouché au lait de nos adhérents et qui nous permet d’être présents sur un nouveau marché, le snacking, lequel est en croissance constante. En outre, avec 8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020 et cinquante salariés, elle correspond à la taille d’entreprise que nous pouvons acquérir.

Comment allez-vous travailler avec les équipes de Fromacœur ?

Il y a des synergies en termes de recherche et développement, qui est une des grandes forces de Fromacœur. La société a mis au point ses propres machines pour fabriquer des billes de fromage frais fourrées et a multiplié les innovations, dont certaines ont remporté un prix lors du Sial en 2006. Il y a aussi des synergies croisées qui vont pouvoir se mettre en place pour l’export, sachant que Fromacœur est présent sur les marchés australien et américain alors que Terra Lacta exporte peu, et pour le commercial : les forces commerciales de la coopérative vont apporter leur appui aux produits de Fromacœur.

Que représentent aujourd’hui les marques développées par Terra Lacta ?

Nous détenons plusieurs marques à forte identité régionale. La première d’entre elles est Les Fayes, qui propose des fromages blancs et frais, des faisselles, de la crème et du beurre que nous fabriquons dans notre usine près de Limoges, à partir du lait de nos adhérents. Nous allons très loin dans la dimension locale en utilisant des confitures régionales pour les laitages sur lit de fruit. Nous avons aussi le Petit Auvergnat, pour le lait et le beurre et le Petit Vendéen, qui commercialise des yaourts. Nous diffusons ces produits au-delà de la région puisque Les Fayes est disponible dans la moitié sud de la France et aussi en région parisienne.

Toutes ces marques, auxquelles il faut ajouter Fromacœur désormais, proviennent de nos ateliers et sont fabriquées à partir du lait des adhérents qui est ainsi valorisé au mieux. Elles représentent environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires chaque année.

Comment allez-vous faire grandir ces marques à l’avenir ?

Un axe très fort chez nous est est la réduction des emballages et de leur impact environnemental, y compris en allant assez loin. Terra Lacta a ainsi lancé une bouteille de lait noire, sous la marque Les Fayes, avec une couche de matériau en moins. Et une brique de lait bio sans film alu, ni film plastique. Le Petit Vendéen, marque familiale, commercialise son yaourt en poche de 1,5 kg : ce sont douze pots et leur opercule d’économisés. N’ayant pas les moyens des grandes marques qui peuvent financer des campagnes sur les médias nationaux, nous investissons beaucoup sur les réseaux sociaux, ce qui nous permet de viser des clients plus jeunes. C’est le cas avec notre dernière vidéo sur Tik Tok.

Plus concrètement, prévoyez-vous des investissements pour accompagner la montée en puissance de vos marques ?

On vient de décider la construction d’une nouvelle usine près de Limoges, qui remplacera le site actuel de la laiterie des Fayes, où seront fabriqués le fromage blanc, la faisselle et la crème fraîche. Nous investissons 8 millions d’euros dans ce projet qui nous permettra d’augmenter notre capacité de 50 % par rapport à l’ancien site. Le site sera opérationnel à l’automne 2023.

La dimension locale de vos marques est très forte ? Comment concrétisez-vous cette dimension ?

Nos marques parlent d’elles-mêmes en faisant référence à des terroirs bien connus. La laiterie près de chez soi, dont les produits sont confectionnés avec le lait du coin, ce sont des éléments qui ont une résonance très forte chez les consommateurs qui apprécient de plus en plus les petites marques. Nous avons même créé une boutique à Limoges, La Vie Chantilly, qui vend les produits Les Fayes, des produits locaux d’autres fabricants et qui organise des ateliers culinaires pour montrer comment on peut mettre en œuvre nos produits. Le lieu connaît un succès grandissant et nous pourrions en ouvrir dans d’autres régions.

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Toutefois, les attentes sociétales se heurtent à la question du surcoût engendré pour les producteurs et les transformateurs, que les distributeurs ne veulent pas répercuter au consommateur. Quelle est votre opinion sur cette question ?

L’évolution du cahier des charges de l’AOP Poitou Charentes, dont Terra Lacta est le premier collecteur avec 500 millions de litres chaque année, vers l’alimentation sans OGM des animaux représente un enjeu important, à l’heure où le différentiel entre tourteau de soja OGM et sans OGM atteint des sommets. Or, ce n’était pas le cas lorsque ce projet a été lancé. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr que les éleveurs puissent faire face à ce surcoût, à plus forte raison si les consommateurs ne sont pas prêts à payer davantage pour un produit à base de lait issu de vaches alimentées sans OGM. La réflexion est la même pour la filière du lait biologique : le marché ne peut pas absorber toute la quantité, et certains industriels déclassent du lait bio en lait conventionnel. Personne ne s’y attendait, mais tous les consommateurs ne peuvent pas, ou ne veulent pas, payer plus pour un produit bio. C’est pourquoi nous avons décidé depuis le printemps de suspendre les conversions des éleveurs vers le bio, mais nous continuons d’accompagner ceux qui sont déjà engagés en conversion.

Vous demandez toutefois des revalorisations de vos tarifs aux distributeurs à la veille du lancement des négociations commerciales.

Oui, parce que le contexte l’exige. Nous faisons face depuis le début de l’année, à une flambée des coûts des intrants agricoles, de l’énergie, à +12 %, et des bouteilles à +49 %. On a besoin de 6 % de revalorisation, ce qui représente 4 centimes d’euros sur un bouteille d’un litre de lait UHT. C’est très peu pour le consommateur final mais vraiment vital pour toute la filière vu le contexte actuel.

"Nous avons décidé depuis le printemps de suspendre les conversions des éleveurs vers le bio, mais nous continuons d’accompagner ceux qui sont déjà engagés en conversion."

Terra Lacta en 2020

Chiffre d’affaires : 440 millions d’euros

Résultat net : 1,82 million d’euros

Investissements : 2,4 millions d’euros

Volume de lait produit : 706 millions de litres, dont 603 millions de litres de lait de vache