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Acquisition/États-Unis Danone met le prix pour devenir un des leaders mondiaux du bio

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Quelques jours après avoir annoncé négocier avec les fondateurs de Michel et Augustin en vue d'une prise de participation, Danone a fait part du lancement d'une OPA amicale sur le spécialiste du bio américain WhiteWave Foods. Un rachat valorisant l'entreprise américaine à 12,5 milliards de dollars, entièrement financé par la dette, qui permet au français de doubler son chiffre d'affaires en Amérique du Nord. Danone estime que l'opération aura un impact relutif sur son bénéfice par action dès la première année. Certains analystes sont plus dubitatifs et jugent l'opération cher payée.

Danone a annoncé le 7 juillet la signature d'un accord avec le spécialiste du bio américain WhiteWave Foods en vue d'en prendre le contrôle. Le français a lancé une offre publique d'achat (OPA) amicale, au prix unitaire de 56,25 dollars, représentant une prime d'environ 24% par rapport à la moyenne des prix de clôture de WhiteWave sur les 30 derniers jours de bourse et de 18,7 % par rapport au cours de clôture précédent l'annonce. Cette opération donne une valeur d'entreprise, dette incluse et certains autres passifs, proche de 12,5 milliards de dollars (11,3 Mrd€). Danone précise que l'acquisition sera intégralement financée par de la dette. L'opération dont la finalisation est prévue avant la fin de l'année, selon Danone, doit encore recevoir l'aval des actionnaires de WhiteWave et reste évidemment soumise aux feu vert des autorités de la concurrence.

Avec un chiffre d'affaires de 4 milliards de dollars (3,61 Mrd€) en 2015, WhiteWave Foods qui emploie 5 500 salariés, se positionne comme l'un des leaders de l'alimentation en Amérique du Nord (85 % de ses ventes) et en Europe (15 %), « avec un portefeuille de marques de premier plan (1) sur des catégories en forte croissance tels que les produits laitiers bio et les alternatives végétales au lait et au yaourt », indique le communiqué publié par Danone le 7 juillet. « Depuis son introduction en bourse en 2012, les ventes de WhiteWave ont connu un taux de croissance annuel moyen de 19 % et son résultat d'exploitation a doublé sur la même période », est-il encore précisé.

CHANGEMENT DE DIMENSION

Si le rachat de WhiteWave constitue la plus grosse acquisition réalisée par le géant français (22,4 Mrd€ de CA en 2015) depuis celle de Numico en 2007 (pour 12,5 Mrd €), elle représente surtout « une opportunité unique pour accélérer la croissance de Danone », indique le groupe. Emmanuel Faber, le directeur général de Danone, voit en WhiteWave le partenaire idéal. « Ce rapprochement nous permettra de mieux répondre aux nouvelles tendances de consommation et représente une avancée majeure dans l'engagement de Danone à mener une révolution de l'alimentation. Il nous permettra également d'accélérer notre marche vers une croissance forte, durable et rentable à l'horizon 2020 et de renforcer notre résilience en intensifiant notre présence en Amérique du Nord ». Le spécialiste des produits laitiers frais va en effet doubler la part de son chiffre d'affaires en Amérique du Nord de 12 à 22 %. Et le nouvel ensemble comptera parmi les leaders américains des produits laitiers frais et parmi les quinze premiers fabricants de produits alimentaires aux Etats-Unis. A noter qu'à l'issue de ce rachat, Gregg L. Engles, directeur général de WhiteWave, devrait rejoindre le conseil d'administration de Danone.

UNE OPÉRATION CHER PAYÉE

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Cette acquisition pèsera sur la dette de Danone qui de 7,799 milliards d'euros au 31 décembre 2015, passera aux environs de 19 milliards. Mais « l'entreprise maintient son profil “strong investment grade” auprès des agences de notation », a néanmoins assuré la directrice financière Cécile Cabanis lors d'un point de presse le 7 juillet. Pourtant, le lendemain, l'agence de notation Standard and Poors (S&P) a abaissé la note de crédit à long terme du géant français, à « BBB+ » contre «A-» auparavant, et l'a assortie d'une perspective négative. Quant à Moody's, il a annoncé la mise sous surveillance négative de la note de crédit « Baa1 » de Danone en vue d'un possible déclassement. « Notre décision de nous pencher sur la note de Danone part du principe que si l'acquisition de WhiteWave constitue un bon complément stratégique, le financement de son coût important de 12,5 milliards de dollars va entraîner une détérioration significative des ratios de crédit du groupe », explique Paolo Leschiutta, l'analyste en charge du dossier. Selon Danone, ce rachat aura « un impact relutif solide sur son BNPA (bénéfice net par action, NDLR) dès la première année à l'issue de l'opération ». De fait, Danone attend un impact d'environ 300 millions de dollars de synergies sur le résultat opérationnel d'ici 2020.

DES ANALYSTES RÉSERVÉS

Si l'opération a fait grand bruit tant par sa taille que par l'opportunité pour le géant des produits laitiers frais de trouver une alternative à son métier d'origine en se renforçant sur le segment du lait végétal, certains analystes étaient plus mesurés. L'analyste de Crédit Suisse a ainsi émis quelques réserves, soulignant que l'opération valorise WhiteWave à 22 fois l'EBITDA 2016 (14 fois en intégrant les 300 millions de dollars de synergies visée) et fera grimper la dette nette de Danone à quatre fois son EBITDA. De fait, Crédit Suisse juge cette valorisation « plus appropriée à un spécialiste en nutrition ou en produits sans ordonnance qu'à une activité qui génère 25% de son chiffre d'affaires à partir du lait liquide ». L'analyste pense aussi que l'objectif d'économies de coûts émis par Danone semble ambitieux et estime « pertinent de se demander pourquoi la direction de WhiteWave est heureuse de vendre à une prime de seulement 19% par rapport au dernier cours de clôture ». Même son de cloche chez Oddo Securities qui juge que ce rachat, certes très correct politiquement pour la planète, se fait selon lui au « détriment de la rentabilité des capitaux employés » et donc « aux frais de l'actionnaire ». Enumérant les potentielles répercussions négatives du rachat de WhiteWave, telle une destruction de valeur pour l'actionnaire, un risque de mise en œuvre des synergies (prévues à 300 millions d'euros, les coûts représentant 60%), un risque de cannibalisation de l'offre de WhiteWave sur celle de Danone en Europe, ainsi qu'une dégradation de sa structure financière, l'analyste estime que « Danone paye à prix élevé ses hésitations précédentes sur le développement des produits biologiques et des alternatives au lait de vache ». Preuve de cette réserve, l'action Danone après avoir grimpé de plus de 5 % à l'annonce de l'OPA, a finalement terminé la séance du 7 juillet sur un gain limité de 1,88%.

(1) Silk, So Delicious, Vega, Alpro, Provamel, Horizon Organic, Wallaby Organic, Earthbound Farm et International Delight