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Dans le Pas-de-Calais inondé, « l’urgence, c’est de loger les animaux »

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Le 9 novembre, la zone littorale de l’ouest du Pas-de-Calais était encore sous les eaux, avec d’importants dégâts dans « plusieurs dizaines » d’élevages et plusieurs milliers d’hectares de champs impraticables. Un épisode spectaculaire qui pose la question de l’évacuation des eaux de pluie, pour la FDSEA.

Mercredi 8 novembre après-midi, alors que l’ouest du Pas-de-Calais subissait toujours des pluies diluviennes, « l’urgence est de trouver des solutions pour loger et soigner les animaux », indiquait Jean-Pierre Clipet, secrétaire général de la FDSEA, à Agra Presse. Bâtiments inondés, fourrages perdus, installations de traite à l’arrêt : « Plusieurs dizaines » d’exploitations seraient concernées dans cette zone de polyculture-élevage, selon lui. Le syndicat organisait le 8 novembre une visite dans plusieurs fermes touchées avec les services de la DDTM (préfecture), afin de « recenser au maximum les différentes situations que l’on peut rencontrer ».

« Dans certains bâtiments, on a vu de l’eau jusqu’au jarret des vaches », raconte-t-il. « Face à cette situation exceptionnelle, de nombreuses opérations de solidarité et d’entraide se mettent en place dans les villages sinistrés », souligne la FDSEA du Pas-de-Calais dans un communiqué. D’une part entre agriculteurs, mais aussi venant des exploitants qui apportent « leur soutien aux habitants des villages touchés ».

Inquiétude pour les sucreries

Côté cultures, les inondations des derniers jours ont mis un point d’arrêt aux chantiers de semis et de récolte, alors que le département connaît des pluies depuis la mi-octobre. « Il reste plus de la moitié des surfaces de blé à semer », note M. Clipet. En betteraves à sucre, « sur une bande de Saint-Omer à Calais, il reste encore 2 500 ha à arracher ». Le syndicaliste est inquiet pour l’activité des sucreries : « Les usines disposent d’une dizaine de jours de stock, mais la récolte est déjà ralentie depuis 8-15 jours ». Idem pour les récoltes de maïs grain, pommes de terre, chicorée et racines de chicons (endives). « Quelques parcelles de maïs avaient déjà été récoltées, mais dans bien des cas, il a été cassé par la tempête » Ciaran. Et pour les céréales d’hiver déjà implantées, « le rendement est déjà fichu » dans les champs inondés, déplorait le syndicaliste sur BFM TV. Ironie du sort : « En octobre, on semait dans la poussière », rappelle-t-il.

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Le 9 novembre, à l’heure où ces lignes sont écrites, le Pas-de-Calais était encore en vigilance rouge, et la décrue n’était pas attendue avant le lendemain. Météo-France attendait des « cumuls supérieurs à 70 mm en 24 h » entre le 9 et le 10 novembre, voire jusqu’à « 100 mm localement en baie de Somme ». Avant d’être placé une première fois en vigilance rouge crues lundi 6 novembre, le département avait déjà été frappé par des inondations lors de la tempête Ciaran la semaine précédente. En l’espace de trente jours, il y est tombé « l’équivalent de six mois de précipitations » – la dernière semaine représentant à elle seule « trois mois de précipitations » –, a indiqué le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu lors d’une visite sur place.

Système d’évacuation inadapté

Pour la FDSEA du Pas-de-Calais, cet épisode spectaculaire pose la question du système d’évacuation des eaux. « Le bassin versant de l’Aa, entre Saint-Omer, Calais et Dunkerque, est une zone de polders », rappelle Jean-Pierre Clipet. L’évacuation des eaux de pluie s’y fait par deux voies. La première, gravitaire, emprunte des canaux débouchant dans la mer ; son efficacité « dépend en grande partie de l’amplitude des marées », explique la FDSEA dans un communiqué. « Compte tenu des niveaux hauts des marées actuelles, les portes d’évacuation des eaux sont fermées et ce sont les pompes qui prennent le relais mais avec un débit non adapté. »

Dénonçant un « manque d’anticipation et d’entretien », M. Clipet réclame « un plan de curage des canaux et un recalibrage du système de pompage », qui « date des années quatre-vingt, voire avant ». Le syndicaliste appelle l’ensemble des acteurs du territoire à « prendre leurs responsabilités », car « l’eau ne s’arrête pas aux champs, il y a aussi des maisons sous l’eau. » Et de souffler : « C’est un problème que l’on avait déjà dénoncé en 2012 ».

« Il reste plus de la moitié des surfaces de blé à semer »

« L’équivalent de six mois de précipitation » en 30 jours