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Bilan 2011 Dans le sud de la France, les cours d’eau affectés par les pesticides et l’artificialisation

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C'est une photographie complète de l'état des cours d'eau que l'agence de l'eau Rhone Méditerranée Corse a présenté le 20 mars. Un état des lieux qui, pour la première fois, peut être détaillé à une échelle très fine. Les deux principales préoccupations sont aujourd'hui la pollution par les pesticides et la déformation physique des cours d'eau.

Dans le bassin Rhône Méditerranée Corse, « la moitié des masses d'eau sont en bon état. C'est le fruit de progrès sur les stations d'épuration et sur les phosphates. Mais il reste deux marches très hautes à franchir : sur les pesticides – en particulier sur les pesticides interdits – et sur la déformation des rivières qui ont été trop nombreuses, ce qui affecte leur fonctionnement, la qualité de l'eau ainsi que la vie aquatique et contribue à des événements de crues dramatiques. » Tel est le bilan de l'état des eaux pour l'année 2011 dressé par l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, et présenté le 20 mars par Martin Guespereau, son directeur général. Sur ce bassin hydrographique, qui couvre un quart de la superficie de la France, cette photographie montre que 47 % des cours d’eau présentent un « bon état écologique », alors que le Grenelle de l’environnement vise les 66 % d’ici à 2015. 40 % des cours d’eau et 20 % des nappes sont contaminés par un ou plusieurs des 210 polluants détectés, en tête desquels arrive le glyphosate (qui est aussi le produit le plus vendu pour des usages agricoles et domestiques).

Focus sur les pesticides interdits

L'agence de l'eau a accordé une attention particulière à la présence de substances interdites d'emploi dans les eaux. Dans certains cas, elle s'explique par un relargage de « stocks » de polluants que les sols ont retenu. C'est le cas des triazines, qui présentent un « bruit de fond », toujours mesuré dans les relevés. Cette conclusion est le fruit d'un travail réalisé à la demande de l'agence de l'eau par l'Inra, Irstea (ex-Cemagref) et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières). Mais pour d'autres molécules, ce sont des usages actuels illicites qui sont pointés. Ainsi la courbe de concentration dans l'eau de la molécule terbuthylazine décroche de façon flagrante en 2003, date de son interdiction. « Ça veut dire que la majorité des agriculteurs ont obéi et que les filières de vente ont supprimé la molécule de leur catalogue, interprète Martin Guespereau. Mais on voit qu'on n'atteint pas zéro. Et en 2011, on ne sait pas pourquoi, sa présence dans l'eau remonte. Si ce n'était que du relargage historique des stocks présents dans les sols (on est 10 ans après l'interdiction !), on n'aurait pas ce phénomène. Donc on voit bien que c'est le fait de quelques pourcents d'agriculteurs. Or c'est que c'est très localisé, et notre rapport le montre. »

Deux nouveautés

En effet, et l'agence de l'eau insiste, ce bilan a deux particularités : l'échelle d'analyse est de plus en plus fine. Et on sait maintenant faire le lien entre des dégâts observés et leurs causes. Exemple pour les molécules interdites : « Aujourd'hui on peut dire quelle rivière est impactée par des pesticides interdits, poursuit Martin Guespereau. C'est un message envoyé à la police de l'eau. »
Pour le monde agricole, une telle photographie peut donc apparaître comme accusatoire. Mais les professionnels eux-même insistent depuis plusieurs années sur l'importance de disposer d'informations fiables et localisées pour agir en conséquence. Il s'agit d'information, plus que d'accusation, semble expliquer Martin Guespereau : « Le monde agricole avait aussi besoin de données, pour révéler cette situation. Le travail qu'on a fait avec notre application Iphone sur la qualité de l'eau, permet aussi à des agriculteurs de savoir dans quelle situation ils sont par rapport à leur rivière. » Un moteur pour l'implication ? En tout cas, « on rentre dans un monde où on est extrêmement précis. Aujourd'hui, on repère beaucoup de choses au niveau des polluants. Je pense que c'est un changement d'époque par rapport à la surveillance. On peut quasiment tout tracer, tout suivre, et on commence à pouvoir établir des corrélations fortes entre des dégradations observées et leurs causes. »

Les prélèvements, une cause de dégradation

Ainsi, les déformations physiques qu'ont subi 60% des rivières à l'échelle du bassin, provoque de graves perturbation du régime hydrologique pour la moitié d'entre elles. Pour 20% d'entre elles, ce sont les prélèvements qui sont en cause. En particulier les prélèvements agricoles, car « 50% de l'eau pompée n'est pas restituée. C'est l'eau agricole, qui est, de plus, pompée à une saison où les niveaux sont bas. C'est un signe important de l'altération des cours d'eau », a commenté Martin Guespereau. Or, « sur les prélèvements, le potentiel d'économies est gigantesque » sur le bassin Rhône Méditerranée Corse », estime-t-il. Pour l'agence, le passage de systèmes d'irrigation gravitaire, culturellement présents dans la région à des systèmes de goutte à goutte peut diviser jusqu'à 10 les consommations.

Un milieu agricole de plus en plus moteur

Autre point positif selon l'agence de l'eau, qui a aussi pour mission de financer des projets agricoles: « La conscience sur les sujets des pollutions est en train de monter, y compris dans le milieu agricole ». Ainsi, « en Isère, par exemple, la chambre d'agriculture porte maintenant vraiment la protection des captages ». Preuve de cet engagement de plus en plus important des agriculteurs : entre 2009 et 2012, les aides attribuées par l'agence aux agriculteurs ont été multipliées par trois. « Les agriculteurs viennent donc maintenant demander des aides pour protéger les zones de captages », se réjouit Martin Guespereau. Et le 10e programme d'action de l'agence prévoit de doubler les moyens financiers pour la protection des captages : 288 millions d'euros sur six ans y sont consacrés.

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