La région Bretagne a pris une participation symbolique de 2,72 % au capital de D’aucy Holding. Un message fort pour le groupe coopératif qui amorce un virage de développement important. Outre son entrée prochaine dans Saint-Mamet aux côtés du fonds Hivest et de son union avec Triskalia prévue pour le 1er juillet 2019, D’aucy met l’accent sur sa filière œuf avec la marque Cocotine. Relais de croissance du groupe, cette filière affiche de belles perspectives, notamment à l’export. Le groupe qui a choisi d’accompagner la transformation de ses éleveurs pour des œufs plein air, bio et Label Rouge, se dote d’une nouvelle casserie dans le Morbihan tout en continuant de développer des produits innovants à destination des marchés où la sécurité alimentaire est prioritaire.
La région Bretagne, déterminée à devenir la région du « bien manger », a choisi d’entrer au capital du groupe D’aucy (Agra Alimentation du 10 janvier 2019). Cette prise de participation consécutive à la conversion d’une aide remboursable de 5 millions d’euros octroyée en 2016, représente 2,72 % du capital de D’aucy Holding. Une petite participation certes, mais un message fort adressé aux adhérents, aux salariés, aux fournisseurs, aux consommateurs et aux partenaires financiers du groupe. Pour le groupe d’Aucy, présent sur le marché des légumes appertisés et surgelés, les œufs et les produits carnés, cette prise de participation crée un effet levier afin de construire la dynamique de développement du groupe. Sur son exercice 2017/2018 (clos le 30 juin), le géant breton affichait un chiffre d’affaires de 1,1 milliard d’euros (4 500 salariés). « Nous avons amorcé la consolidation du groupe en 2015, notre EBITDA est stable à 46,2 millions d’euros et notre dette a reculé de 30 % à 21 millions d’euros », indique Serge Le Bartz, président. « Nous avons ouvert notre capital en novembre 2018 aux adhérents et aux salariés, ce qui a permis d’augmenter le capital de 6 millions d’euros. Et en l’ouvrant encore à nos partenaires extérieurs, nous avons pu renforcer nos fonds propres de plus de 20 millions d’euros, à 200 millions au total aujourd’hui afin d’accélérer notre développement. »
Des projets en attente
Cette recapitalisation doit accompagner des projets de croissance externe, en France et à l’international, dont les premiers seront annoncés prochainement. Ceux-ci concernent notamment l’entrée au capital de St Mamet, dont le dossier est ouvert depuis l’été dernier. D’aucy devrait racheter 20 % du capital de la conserverie de fruits au sirop dont le siège est basé dans le Gard, aux côtés du fonds Hivest Capital. Ce dernier a pris la majorité du capital auprès de Florac. Une opération validée par l’Autorité de la concurrence fin août. "En juillet dernier nous avions annoncé un partenariat avec St Mamet avec pour objectif de monter, à terme, au capital. Ce dossier n’est pas encore tout à fait finalisé, mais ceci va se faire en ce début d’année", a ainsi précisé un porte-parole. Par ailleurs, en attendant l’avis de l’Autorité de la concurrence, le groupe D’aucy prépare son union avec la coopérative Triskalia prévue pour le 1er juillet 2019, avec une fusion programmée en 2020. Quant à la filière œufs avec la marque Cocotine et les ovoproduits, elle est devenue un véritable relais de croissance pour le géant agroalimentaire. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si l’officialisation de l’entrée de la Région Bretagne au capital a eu lieu à proximité de la future casserie d’œufs Cocotine de Ploërmel (Morbihan).
Face à la montée du flexitarisme et la baisse de la consommation de viande, l’œuf apparaît comme une bonne source de protéines. Filiale de la coopérative bretonne, PEP, propriétaire de la marque Cocotine dédiée aux produits transformés à base d’œuf, affiche ainsi un chiffre d’affaires en croissance de 12 % à 101 millions d’euros pour son dernier exercice 2017/2018 (clôs au 30 juin). Les volumes ont également augmenté de 16 % depuis 2015 à 35 200 tonnes aujourd’hui.
100 % d’œufs alternatifs en 2025
À l’horizon 2025, le groupe D’aucy s’est engagé à ce que sa filiale PEP s’approvisionne à 100 % en œufs alternatifs. C’est-à-dire des œufs de poules vivant en plein air, des œufs bio et des œufs Label Rouge. « Nous sommes à 30 % d’œufs alternatifs aujourd’hui », indique Serge Le Bartz. « Nous allons continuer d’accompagner nos éleveurs, au nombre d’environ 130, dans la transformation de leurs élevages afin de pouvoir répondre à une véritable tendance de marché. » Si les œufs alternatifs sont plébiscités en GMS, ils le sont donc aussi en restauration hors domicile et restauration collective. Ce qui constitue les deux principaux marchés de Cocotine et pèse pour 76 % de son chiffre d’affaires. L’export, notamment vers l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe en représente 18 % en 2018 à 18,2 millions d’euros, soit un doublement en cinq ans, et les PAI seulement 6 %.
« Notre volonté est de proposer des produits élaborés à base d’œuf à haute valeur ajouté et de soutenir la restauration dans ce domaine », précise Fabien Danel, directeur industriel. Œufs à la coque, brouillés, œufs pochés, œufs durs, blancs en neige, spray de jaune d’œuf et omelettes sont ainsi élaborés à destination des chefs, des cuisines d’hôpitaux, d’Ehpad, des boulangeries-pâtisseries et de la restauration commerciale. « À l’export, nous travaillons davantage avec le catering aérien, le retail et les grands industriels qui utilisent nos cubes d’œufs notamment dans des recettes de riz cantonais comme c’est le cas d’Uncle Bens, commente Jean-Luc Roudaut, directeur export. La valeur française et notre exigence de sécurité alimentaire sont très reconnues à l’international. »
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18 millions d’euros d’investissement
Pour accompagner ce développement et soutenir cette croissance dans les œufs, le groupe D’aucy a donc investi dans la construction d’une nouvelle casserie sur le siège du site de PEP à Ploërmel. Une enveloppe de 18 millions d’euros est allouée à cette usine de 7 700 m2 qui pourra casser 8 à 9 millions d’œufs par semaine, soit 22 000 tonnes à l’année, et permettre de faire gagner en fraîcheur l’approvisionnement du reste de l’usine de transformation et de fabrication de produits élaborés. Il s’agit en effet du transfert d’une casserie qui se situait depuis 50 ans à quelques kilomètres, dans le centre-ville de Ploërmel, et qui compte 60 salariés. Livrée en mars et après une phase de test cet été, la nouvelle casserie devrait être opérationnelle au dernier trimestre 2019. Au total, PEP compte quatre sites de transformation en France : un à Carvin dans le Pas-de-Calais, deux en Sologne et un à Ploërmel. En Sologne, un nouveau site doit être mis en chantier en février et sera spécialisé dans des produits innovants.
De grandes difficultés de recrutement
Si PEP compte 450 salariés à l’heure actuelle, dont 240 à Ploërmel, l’entreprise connaît de grosses difficultés de recrutement. Dans un marché en plein développement, qui séduit à l’international par la "qualité France" et les normes sanitaires en vigueur, la filière œuf peine néanmoins à recruter. En effet, 17 postes sont à pourvoir immédiatement à Ploërmel et encore 5 supplémentaires en Sologne. 50 postes sont occupés par des intérimaires à Ploërmel et sur dix postes intérimaires à transformer en CDI en Sologne, seulement cinq ont répondu favorablement. « Les salariés aujourd’hui préfèrent ne pas s’engager », reconnaît Fabien Danel, directeur industriel. La désaffection de l’industrie agroalimentaire pèse sur les ressources humaines. Ici, les collaborateurs sont formés sur place. « Nous travaillons sur l’amélioration des conditions de travail, avec des postes ergonomiques », assure Fabien Danel. « Nous misons sur le savoir-être avant tout. Par ailleurs, les possibilités de progression de carrières sont importantes. » En effet, Michaël Bracquart, directeur du site de Ploërmel, a commencé comme technicien de maintenance sur le site du Pas-de-Calais. « Mais nous avons peu de candidats à l’embauche », regrette le directeur industriel. Par voie de conséquence, certaines commandes ont du mal à être honorées.
La région Bretagne, un actionnaire minoritaire mais un partenaire fort
Ce n’est pas la première fois que la région Bretagne entre au capital d’une entreprise bretonne. Depuis 40 ans, le conseil régional est ainsi actionnaire de la Brittany Ferries. Mais ses deux participations les plus connues sont dans l’agroalimentaire. Depuis juillet dernier en effet, la région est entrée dans Yer Breizh, société créée en 2018 au lendemain de la reprise du groupe volailler Doux par un consortium mené par le volailler LDC. Très minoritaire dans un premier temps avec 5 % du capital, sa participation devrait passer à 33 % d’ici plusieurs mois, en même temps que les industriels réduiront leur part. Des partenariats industriels public/privé innovants rendus possibles par les récentes lois de décentralisation (loi NOTRe de 2015).
Un engagement dans D’aucy qui « confirme que la région est un partenaire de l’agriculture et de l’agroalimentaire breton. Nous souhaitons porter un message rassurant et de confiance envers les clients, les adhérents, les fournisseurs et les partenaires bancaires et surtout ancrer encore davantage sur le territoire les centres de décisions », a affirmé Loïg Chesnais-Girard, le président de la région.