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Production mondiale Davantage de politiques agricoles dans le monde, une nécessité

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Lors d’une table ronde, le 30 janvier à Paris, organisée par le Cercle des économistes et Sofiprotéol, différents intervenants ont fait le point sur les nouveaux équilibres mondiaux concernant l’offre et la demande en produits agricoles. Outre l’essor des pays émergents en tant qu’offreurs, comme le Brésil, ou en tant que demandeurs, comme la Chine, le problème des pays en voie de développement a été abordé. Ces pays, souvent structurellement importateurs, sont très sensibles aux variations de prix des matières premières agricoles. Des pistes ont ainsi été avancées, lors de cet événement présentant l’ouvrage intitulé Les nouveaux équilibres agro-alimentaires mondiaux, afin de rééquilibrer les nouveaux rapports de force dans le commerce mondial des céréales.

«Depuis quinze ans, on observe un changement de donne mondial dans les rapports de force entre les pays producteurs qui animaient les rounds de l’OMC », a déclaré Philippe Tillous-Borde, directeur général de Sofiprotéol. L’idée étant que le jeu des négociations affrontant deux grandes puissances agricoles, Europe et Etats-Unis, et leurs pays affiliés à la fin des années 90 concerne un nombre de joueurs plus important. Ces nouvelles puissances, dites émergentes, sont la Chine, qualifiée de « pompe aspirante pour les produits agricoles » par Philippe Tillous-Borde, et l’Inde, en ce qui concerne les demandeurs. Les nouveaux grands offreurs, pesant dans les échanges mondiaux, étant le Brésil, qui aime se comparer à « la ferme du monde » et l’Argentine notamment.

Changements importants des flux mondiaux

Fait important et nouveau souligné par Philippe Tillous-Borde, « la face des échanges mondiaux a changé avec désormais 70% du soja brésilien et argentin destinés à la Chine ». Selon lui, les échanges mondiaux de produits agricoles sont aujourd’hui animés par un courant d’environ 650Mt chaque année, tous produits confondus, dont 40% sont des protéines et des huiles. L’importance des protéines végétales est notamment dû au changement de comportements alimentaires dans les pays émergents où les consommations de produits carnés explosent. Ces changements engendrent des tensions sur l’offre mondiale, entraînant une volatilité accrue des prix. L’instabilité est aussi exacerbée par le fait que les principaux offreurs mondiaux en produits agricoles sont passés de zones tempérées vers des territoires davantage soumis aux aléas climatiques. Mais, selon Philippe Chalmin, professeur d’économie, la volatilité de court terme envoie des signaux de long terme aux producteurs agricoles, les incitant, ainsi que les politiques, à ne plus négliger les capacités de production.

Un besoin d’améliorer les systèmes de prise de décision

« Un producteur pauvre n’a pas de visibilité sur son revenu, car peu ou pas d’informations sur les courants d’échanges ou les prix, et ne peut donc pas prévoir ses investissements », a souligné Pierre Jacquet, économiste en chef à l’Agence françaises de développement (AFD). Selon lui, un des moyens pour modérer les tensions sur les marchés agricoles mondiaux est d’améliorer les productions dans les pays émergents, mais aussi dans les pays en voie de développement souvent importateurs nets. Mais Pierre Jacquet a toutefois tenu à souligner que la volatilité a toujours existé, et que les moments de répits ont souvent été liés à la mise en place de politiques publiques. Pour lui, s’il est nécessaire d’accroître la production agricole mondiale, ce n’est pas la seule solution pour lutter contre la volatilité ou les problèmes d’accès à la nourriture dans certains pays. « Le vrai problème réside dans le fait que les quantités d’aliments soient disponibles au bon moment et au bon endroit », a expliqué Pierre Jacquet. Il a ainsi contesté l’idée selon laquelle un marché libre permettait un développement harmonieux, et a prôné la mise en place de politiques publiques dans les pays en difficulté pour leurs approvisionnements en denrées agricoles. Selon lui, ces politiques devraient faciliter aux agriculteurs l’accès aux marchés, aux informations à son sujet ou aux intrants. « Il est nécessaire de mettre en place des politiques agricoles intégrées à l’ensemble de la chaîne de production dans les pays en développement », a d’ailleurs souligné Pierre Jacquet.

Des marges de manœuvres étroites pour créer des politiques agricoles

« Il reste une place considérable pour les politiques agricoles afin d’améliorer l’équilibre de l’offre alimentaire mondiale », a déclaré Pierre Jacquet. Philippe Tillous-Borde se félicite des politiques agricoles mises en place dans des pays comme le Brésil pour répondre à la demande mondiale croissante en produits alimentaires. Selon lui, « ces politiques sont souvent passées par des investissements structurels, à savoir le stockage, l’irrigation… ». Cependant, ces politiques publiques ont un coût qui n’est pas toujours supportable par les États via les contribuables ou les consommateurs. D’ailleurs, si Philippe Chalmin souhaite aux pays en voie de développement de mettre en place une « Pac type 1958 », il se demande avec quels moyens ils pourraient le faire, à considérer les coûts engendrés par ce système. En effet, Henri Nallet, ancien ministre de l’Agriculture, a expliqué qu’entre les achats à l’intervention pour stabiliser les prix, les compensations des pertes en cas d’aléas, le financement des structures… le coût de ce modèle de politique est considérable. Et Philippe Chalmin a ajouté que dans les pays en voie de développement, l’augmentation des prix des denrées alimentaires provoque des émeutes, et que les recettes fiscales ne suffiraient pas pour financer une politique agricole de ce type. On ne pourrait donc ni faire reposer le coût de ces politiques sur les contribuables, ni sur les consommateurs dans les pays en voie de développement. Pour ces pays, Pierre Jacquet suggère des politiques agricoles intégrées à moindre frais consistant en la mise en place de marchés organisés donnant accès aux producteurs à l’information sur les prix et sur les courants d’affaires. Enfin, il estime que les politiques publiques pourraient aussi faciliter l’accès aux outils de couverture privés aux producteurs, avec une garantie des États, afin de gérer leurs risques.

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