Si Xylella Fastidiosa, la bactérie tueuse de végétaux, a fait parler d'elle cet été après sa découverte en Corse du Sud, la recherche sur cette bactérie « fastidieuse » est très active depuis une petite dizaine d'années. David Caffier, ingénieur agronome spécialisé en bactériologie et en évaluation des risques, ancien membre du Haut Conseil des biotechnologies et expert du panel « santé des plantes » de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), a fait le point pour Agra Presse sur la situation actuelle.
Pourquoi la bactérie Xylella Fastidiosa fait-elle si peur ?
Le cas Xylella Fastidiosa est compliqué. Découverte aux Etats-Unis, la bactérie s'attaque là-bas principalement aux vignes. En Italie, ce sont d'abord les oliviers qui sont concernés. Des cultures qui ont une valeur économique et patrimoniale forte. En ce sens, les dégâts susceptibles d'être causés par Xylella pourraient être économiquement considérables.
Deuxième problème chez Xylella : c'est une bactérie que l'on connaît encore peu. Ce manque d'information est simplement dû au fait que, pendant longtemps, peu de recherches sur le sujet ont été effectuées. C'est depuis une petite dizaine d'années que les connaissances scientifiques progressent. On s'est aperçu qu'il existe une multitude de souches, et que chacune présente des caractéristiques spécifiques ; c'est là le danger.
Par ailleurs, Xylella – la fastidieuse ! – avance cachée. Elle infecte les cultures mais se répand également plus discrètement sur d'autres plantes présentes dans l'environnement ; elle peut être présente plusieurs années avant d'être identifiée, notamment parce qu'elle affaiblit la culture qui pourra alors être particulièrement vulnérable à toutes sortes de maladie aux symptômes plus visibles.
On a découvert la bactérie en Corse cet été. La France et l'Europe ont-elles été laxistes en matière de prévention ?
Absolument pas. Avant même qu'on ait identifié la bactérie, l'Europe a mis en place des mesures de protection au travers d'exigences à l'importation et de contrôles des flux commerciaux. En 1992 déjà, on surveillait les importations. On peut estimer que le dispositif de protection a été plutôt efficace !
Pourtant la bactérie s'est implantée sur les oliviers en Italie et sur des plants de polygales à feuille de myrte en Corse…
C'est vrai, mais il faut admettre qu'il est vraiment très difficile de tout contrôler à 100% ! Plusieurs hypothèses sont envisageables : la bactérie peut avoir été introduite « légalement » sur des plants contrôlés mais qui ne laissaient voir aucun symptôme, il peut s'agir aussi d'import illégal, ou même d'un insecte vecteur porteur de la bactérie… En plus, il est très difficile de dire où le dispositif a péché, si tant est qu'il ait péché, parce qu'entre la date d'introduction de la bactérie et le moment où on l'a identifié avec certitude, plusieurs années se sont écoulées.
Et finalement, le fait que la souche identifiée en Corse soit différente de celle présente dans les Pouilles en Italie est un argument qui confirme que le dispositif de lutte contre la dissémination de Xylella est plutôt performant.
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Doit-on être inquiet pour nos vignes ?
Il faut être vigilant, mais les faits sont rassurants. En Italie, les oliviers infectés se trouvaient pour partie proches de vignobles. Pourtant, les vignes n'ont, semble-t-il, pas été contaminées à ce jour. Rien d'ailleurs ne laisse penser que les vignes italiennes sont vulnérables à la souche présente sur le territoire.
Comment peut-on lutter ?
On n'an hélas, encore pas trouvé de produit efficace pour lutter contre les bactéries. Le mieux que l'on puisse faire à l'heure qu'il est, c'est limiter l'expansion de Xylella. Pour ça, il faut éradiquer rapidement et complétement les plants infectés (destruction des plants et des repousses éventuelles), et lutter contre les insectes vecteurs de la maladie. Il faut par ailleurs contrôler avec attention les cultures à mettre en terre. À ce sujet, on savait que le fait de tremper une bouture ou un greffon 45 minutes dans de l'eau à 50°C permettait de le rendre indemne de la flavescence dorée ; il semble que cela soit également efficace pour Xylella Fastidiosa. Enfin, la bactérie ne s'arrêtant pas aux frontières, il faut continuer à mettre toutes les forces en commun pour que la recherche progresse sur tous les points essentiels. C'est l'objectif d'une conférence qui devrait se tenir à Bruxelles avant la fin de l'année, en présence de scientifiques internationaux et de représentants européens des différents gouvernements.
Tout repose sur la mise en place de politiques publiques de vigilance ? La science ne peut-elle pas jouer un rôle ?
Dans l'absolu, la science peut quelque chose : on serait a priori capable, par sélection traditionnelle ou grâce aux manipulations génétiques, de créer des plants résistants à certaines souches de la bactérie. Ce type de recherche est d'ailleurs en cours pour les vignes aux Etats-Unis. En France et plus largement dans l'Union européenne, le problème ne serait pas scientifique, mais réglementaire et social. Sur la vigne, en effet, les manipulations génétiques conduiraient à modifier les cépages qui n'entreraient alors plus dans les critères définis par les cahiers des charges qui codifient les différentes appellations.
O nze nouveaux cas de Xylella Fastidiosa ont été découverts en Corse, portant le nombre total de foyers à 78 dans l'île, a indiqué le 14 septembre la préfecture insulaire. Deux nouveaux foyers ont été localisés dans la commune de Calvi (Haute-Corse), selon un communiqué de la préfecture. Un millier de prélèvements, suivis d'enquêtes épidémiologiques, ont été effectués depuis l'identification du premier cas de Xylella Fastidiosa en Corse le 22 juillet dernier. Le rapport sur la présence de la bactérie, réalisé par une mission d'expertise à la demande du ministre de l'Agriculture, a été diffusé par le ministère le 16 septembre. Les conclusions confirment que les foyers identifiés en Corse sont contaminés par la sous-espèce multiplex, inoffensive pour les citrus. Pas d'inquiétude en perspective pour la production de clémentines corses. Les experts ont fait part de leurs préconisations afin de « prévenir la dissémination, détecter et lutter contre la bactérie Xylella fastidiosa », indique le communiqué du ministère. Ainsi, il apparaît nécessaire de « maintenir la mobilisation en Corse », « renforcer la recherche » nationale et européenne et « agir au niveau européen pour adapter la stratégie d'éradication à la situation corse, tout en restant extrêmement vigilant sur la production du territoire national et européen ».
Le président du conseil Départemental de la Drôme, Patrick Labaune, a annoncé le 17 septembre par communiqué de presse, la constitution d'une « réserve symbolique » de 10 000€ pour les producteurs d'oliviers, destinée à « compléter les aides de l'Etat pour l'arrachage des plants (éventuellement, ndlr) touchés » par la bactérie Xylella Fastidiosa. A ce jour, la Corse est le seul territoire français où la bactérie a été détectée.