Dans un récent rapport, l’institut Europe-Jacques Delors estime que « ce qui importe, c’est la sécurité alimentaire, qui implique l’ouverture des échanges, plutôt que la souveraineté alimentaire, qui tend à impliquer le protectionnisme ». Sur cette base, il propose des pistes de réflexion pour fondre la Pac dans le Green deal.
Il est indispensable d’aligner la Pac sur la stratégie De la ferme à la table et, plus largement, sur les objectifs du Green Deal, assure dans un rapport publié le 19 octobre le centre de réflexion Europe-Jacques Delors qui propose des pistes pour concilier ces deux politiques. Mais, préviennent les auteurs – l’ancien directeur général de l’OMC Pascal Lamy, la directrice de l’institut Jacques Delors Geneviève Pons ainsi qu’Isabelle Garzon et Sophia Hub –, « ce qui importe, c’est la sécurité alimentaire, qui implique l’ouverture des échanges, plutôt que la souveraineté alimentaire, qui tend à impliquer le protectionnisme ». Selon eux, la relocalisation ne conduira pas nécessairement à une alimentation plus saine, à une plus grande résilience face aux chocs économiques et environnementaux, ni ne protégera la chaîne alimentaire du changement climatique. Ils soulignent également que « les conditions géographiques déterminent le type et la quantité d’aliments qui peuvent être produits, et la diversité des aliments dont nous bénéficions dépend des échanges avec le reste du monde. Le commerce des produits agricoles et alimentaires est donc raisonnable pour assurer une quantité et une qualité adéquates, une diversité, une efficacité (en termes économiques et environnementaux) et des prix abordables ».
Partant de ce constat, l’institut Jacques Delors propose trois éléments centraux à l’application des objectifs du Green deal : une stratégie commerciale adéquate pour répondre aux préoccupations de concurrence déloyale des importations, une voie de décarbonation claire pour l’ensemble de la chaîne de valeur et un environnement favorable pour les consommateurs (avec des dispositifs d’étiquetage et de traçabilité).
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Des mesures frontalières
Sur la politique commerciale, le rapport suggère : de mettre en œuvre des mesures frontalières qui appliquent aux marchandises importées des normes environnementales identiques ou similaires aux exigences imposées à la production de l’UE ; de poursuivre les accords bilatéraux avec les partenaires commerciaux sur des normes environnementales plus élevées ; et de redynamiser la coopération multilatérale sur l’harmonisation des normes pour le secteur agroalimentaire. Afin d’accélérer la décarbonation du secteur agricole, les auteurs comptent sur un meilleur accompagnement des changements (y compris la transformation des industries d’intrants) ainsi que sur le potentiel des technologies, de la numérisation et des instruments financiers pour susciter les transitions.
Mais, préviennent-ils, cette transformation verte du système agroalimentaire de l’UE ne sera pas couronnée de succès si elle n’inclut pas toutes les parties prenantes le long de la chaîne de valeur, en commençant par les secteurs des intrants et la production primaire, en passant par la transformation, le transport, la vente en gros et au détail et, enfin, le commerce international et la consommation.