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De la ferme à la table : le commerce agroalimentaire européen ne veut pas être oublié

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Dans une évaluation préliminaire de la stratégie « de la ferme à la table », proposée par Bruxelles le 22 mai dernier, le Comité européen de liaison du commerce agroalimentaire (Celcaa) regrette que cette stratégie « ne mentionne pas le rôle du commerce comme élément fondamental de la chaîne d'approvisionnement alimentaire ».

Le rôle du Comité européen de liaison du commerce agroalimentaire (Celcaa) dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire n'apparaît pas dans l'évaluation préliminaire de la stratégie « de la ferme à la table », proposée par Bruxelles le 22 mai dernier. Le lobby du commerce européen des produits agricoles et alimentaires estime que cette omission signifie « qu'il n'y a qu'une vision partielle de la mise en œuvre de la stratégie et omet une partie de la chaîne de valeur alimentaire ». Il appelle donc la Commission européenne et les institutions européennes à reconnaître « le rôle essentiel du commerce dans la contribution à la sécurité alimentaire et son rôle dans une transition réussie vers des systèmes alimentaires plus durables ». Dans le contexte actuel de mondialisation, précisent les représentants du commerce agroalimentaire européen, « il est nécessaire d'adopter une vision globale de l'empreinte écologique des systèmes alimentaires, en tenant compte des produits internationaux, régionaux et locaux, sans oublier que local n'est pas toujours synonyme de meilleure performance environnementale ». Rappelant que la plupart des pays sont déficitaires en ce qui concerne certains produits agroalimentaires et denrées de base, ils affirment que le commerce est effectivement complémentaire des sources d'approvisionnement locales et régionales en termes de sécurité alimentaire dans la mesure où « les exportations jouent un rôle crucial dans le soutien de la durabilité à long terme de l'agriculture européenne, tandis que les importations en provenance des pays émergents ou en développement fournissent des revenus qui, à leur tour, les aident à atteindre la sécurité alimentaire, grâce à la production et au commerce locaux ». De même, précisent-ils, les importations assurent également l'approvisionnement tout au long de l'année de produits saisonniers en Europe et contribuent à une plus grande diversité de choix et à des prix abordables pour les consommateurs. Selon le lobby du commerce agroalimentaire, le secteur contribue également à la lutte contre le gaspillage alimentaire en reliant l'offre à la demande et en trouvant des marchés pour les produits qui ne seraient pas valorisés du tout ou pas de manière optimale, comme par exemple les coproduits dans l’industrie de l'alimentation animale, des aliments pour animaux de compagnie ou des biocarburants.

Pas d’extension de l’étiquetage obligatoire de l’origine des produits

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Le Celcaa s'oppose fermement à la proposition de Bruxelles d'étendre encore l'étiquetage obligatoire de l'origine à certaines denrées alimentaires. Il soutient que les études et l'expérience des projets pilotes en cours montrent que l'étiquetage d'origine obligatoire entraîne une augmentation des coûts, des inefficacités tout au long de la chaîne et une fragmentation du marché unique, ce qui équivaut à du « nationalisme » et du protectionnisme. Selon lui, la crise du Covid-19 a démontré que le marché unique de l'UE peut être mis en danger et que les tentatives protectionnistes peuvent avoir des effets néfastes sur les marchés locaux et mondiaux. Pour le commerce agroalimentaire européen, le concept de « local » ne doit pas être considéré comme une question nationale, car les ventes transfrontalières peuvent souvent être la meilleure option en ce qui concerne les émissions de CO2. Citant l’exemple de la France, il affirme que les exportations du sud de la France peuvent être plus efficaces et plus rentables si elles traversent la frontière vers le nord de l'Espagne que vers le nord de la France. Pour le Celcaa, le concept de local ne devrait pas être lié aux distances ni au nationalisme, car cela compromettrait clairement l'objectif et la fonction du marché unique. Concernant les normes internationales, le Celcaa considère que la promotion de normes plus élevées en termes de durabilité ou d'environnement devrait être convenue au niveau international pour respecter l'esprit des accords de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Il met en garde contre toute approche unilatérale visant à relever les normes, qui pourrait selon lui entraîner des frictions commerciales, et il en appelle plutôt à une harmonisation au niveau international. Il plaide enfin pour une politique commerciale européenne ambitieuse fondée sur l'ouverture de nouveaux marchés dans le cadre du « Plan de relance Covid-19 » de l’UE (1). Selon le Celcaa, l'UE est le plus grand partenaire commercial exportateur, représentant 151,2 milliards d'euros en 2019 et démontrant son rôle crucial dans le soutien de la durabilité à long terme de l'agriculture européenne. Parallèlement, l'UE est le deuxième plus grand bloc commercial importateur au monde, représentant 119,3 milliards d'euros en 2019, ce qui, à ses yeux, « est crucial pour la sécurité alimentaire et l'approvisionnement en produits agroalimentaires de l'UE ».

(1) Pour stimuler la relance économique en Europe après la crise du Covid 19, la Commission européenne a proposé un grand plan de relance de 2,4 milliards d’euros afin que l’UE soit plus durable, plus numérique et plus équitable.