Avec deux co-rapporteurs aux opinions radicalement opposées, le projet de position du Parlement européen sur la stratégie « de la ferme à la table » s’en tient à ce stade à de grandes généralités sans réellement se prononcer sur les propositions de la Commission concernant la réduction des pesticides ou les surfaces en agriculture biologique.
Par souci de compromis, le projet de résolution du Parlement européen sur la stratégie « de la ferme à la table » trouvé entre les co-rapporteurs des commissions compétentes – la Néerlandaise du Parti des animaux Anja Hazekamp pour la commission de l’Environnement (Comenvi) et le démocrate-chrétien italien Herbert Dorfmann pour la commission de l’Agriculture (Comagri) – ne prend pas réellement position sur les propositions les plus emblématiques de la Commission (réduction de 50 % des pesticides, 25 % de surfaces bio en 2030…). « Les deux rapporteurs choisis par les deux commissions pour travailler ensemble ne pouvaient être plus différents », commente d’ailleurs le think tank Farm Europe. Résultat, pour l’instant, les deux parlementaires se contentent dans leur projet de se féliciter « de la décision de réviser la directive sur l’utilisation durable des pesticides et des objectifs de réduction des pesticides, des engrais et des antibiotiques », insistant « pour que chaque État membre établisse des objectifs de réduction quantitatifs solides, accompagnés de mesures de soutien bien définies garantissant la responsabilité à tous les niveaux pour contribuer à la réalisation de ces objectifs ».
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Ils ne soulignent pas non plus l’absence d’étude d’impact pour vérifier les conséquences économiques, sociales et environnementales de la stratégie. Pourtant, la commission de l’Agriculture ne cesse de réclamer ce travail. Les deux rapporteurs se contentent, là encore, de se féliciter du fait que la Commission promet qu’une étude d’impact sera publiée sans qu’aucune date soit fixée. Concernant la production agricole : ils « soulignent l’importance de reconnaître l’impact significatif de l’agriculture et en particulier de la production animale sur les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des terres » ; « insistent sur la nécessité d’améliorer les puits de carbone naturels et de réduire les émissions agricoles, en particulier dans le secteur de l’alimentation animale et de l’élevage » ; et insistent aussi « sur le fait que l’agriculture intensive et industrielle et les modèles d’agriculture ayant des impacts négatifs sur la biodiversité ne devraient pas recevoir de financement climatique ni être soutenus ». Seul sujet controversé sur lequel ils se prononcent : l’étiquetage des profils nutritionnels. Ils demandent un système obligatoire à l’échelle de l’UE basé sur une science indépendante « pour restreindre ou interdire l’utilisation d’allégations nutritionnelles fausses sur les aliments riches en graisses, sucres et/ou sel ».
Ce rapport sera présenté dans les deux commissions parlementaires au cours des prochaines semaines et une audition conjointe est prévue le 4 février. Pour Farm Europe, « il s’agit clairement d’un premier projet qui va être amendé. La position finale qui devrait être soumise à la plénière du mois de mai ou juin, sera probablement plus articulée sur de nombreux points ».