Le numéro 1 français des produits laitiers Lactalis va acquérir la totalité des activités de fromages du groupe espagnol Forlasa, ce qui représente 130 millions d’euros de chiffre d’affaires. Lactalis devient ainsi leader espagnol des fromages. La reprise de Forlasa, qui avait également suscité l’intérêt de Bongrain, permet au propriétaire des marques Lactel et Président d’accentuer sa spécialisation sur les fromages traditionnels espagnols, notamment la première AOC de la péninsule, le Manchego. L’Espagne constituait déjà un marché important pour Lactalis : le groupe y détient sept usines et y réalise 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le numéro 2 mondial des fromages ne va peut-être pas s’arrêter là et pourrait devenir le leader des produits laitiers en Espagne, avec l’acquisition des activités laitières d’Ebro Puleva, dont il étudie activement le dossier. De quoi démarrer 2010 du meilleur pied, après une année 2009 marquée par une chute de son chiffre d’affaires et l’échec des négociations en vue d’acquérir le spécialiste de l’emmental Entremont.
Lactalis vient de signer un accord avec le groupe espagnol Forlasa (160 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 130 millions en fromages, Ebitda estimé à 20 millions d’euros) visant à acquérir la totalité de ses activités de fromages. Grâce à cette reprise, qui n’attend plus que l’accord des autorités de la concurrence pour se concrétiser, le propriétaire des marques Lactel et Président deviendra leader espagnol des fromages, en détenant notamment les marques El Ventero, Gran Capitan et Don Bernardo. Forlasa est l’un des principaux exportateurs de fromage Manchego dans le monde. « Forlasa souhaitait se recentrer sur son activité énergies renouvelables et nous avons donc profité de cette opportunité », explique Luc Morelon, directeur de la communication de Lactalis.
Forlasa est présent dans 24 pays. L’entreprise a su adapter les techniques modernes au processus de fabrication traditionnel du Manchego, innover en lançant des produits light, allégés, ou pauvres en cholestérol. Le groupe s’est aussi engagé dans la réduction de ses émissions de CO2. Sa valeur est estimée à plus de 100 millions d’euros, selon des sources proches du dossier. Forlasa, qui est détenu par Juan Domingo Ortega et a aussi attisé les convoitises de Bongrain, est situé sur un marché porteur (la consommation de fromages a progressé de 6,5% en Espagne en volume l’an dernier), mais est confronté, comme les autres fabricants espagnols, à un déficit de quotas laitiers qui renchérit le coût de la matière première.
Avec l’acquisition de Forlasa, Lactalis se renforce en Espagne
Depuis 25 ans, le numéro 2 mondial des fromages est très présent en Espagne, l’un de ses principaux marchés avec la France et l’Italie (où il est leader des fromages). Lactalis dispose déjà de sept usines de produits laitiers sur la péninsule ibérique, où il a racheté Lauki et Leche Prado. Trois produisent du lait de consommation, deux du fromage et les deux autres des desserts lactés, notamment des yaourts Nestlé La Laitière. Le chiffre d’affaires de Lactalis en Espagne atteint 600 millions d’euros. Le groupe détient quelques marques célèbres dans la péninsule : Président, Flor de Esgueva, Mama Luise dans les fromages ; Lauki et Lactel dans le lait de consommation ; La Lechera dans les produits frais. « Grâce à cette acquisition nous allons devenir leader sur le Manchego, la première AOC espagnole », se réjouit Luc Morelon. « Nous espérons bien en profiter pour développer la consommation de fromages traditionnels espagnols en France et dans d’autres pays, notamment les Etats-Unis où il y a une forte communauté hispanique », ajoute-t-il. L’usine de Forlasa reprise par Lactalis n’a donc pas pour but de produire les fromages classiques vendus en France mais plutôt d’accentuer sa spécialisation en Espagne. Le fromage Flor de Esgueva fabriqué dans les usines espagnoles du groupe est par exemple déjà beaucoup consommé dans le Sud de la France.
Intéressé par Ebro Puleva
Par ailleurs, Lactalis est occupé sur un autre front : l’acquisition des activités laitières d’Ebro Puleva. « Nous sommes en train d’étudier ce dossier », confirme Luc Morelon. Le numéro 1 du lait en France n’est pas seul sur le coup. Le danois Arla Foods et l’italien Parmalat seraient aussi intéressés : « Plusieurs compagnies auraient montré leur intérêt » pour reprendre l’activité « produits laitiers » (500 millions d’euros de chiffre d’affaires) d’Ebro Puleva, selon les dirigeants de l’entreprise espagnole. Officiellement, les dirigeants du groupe indiquent dans un communiqué qu’ils étudieront toutes les propositions et qu’ils n’ont pas pris de décision. Selon certaines sources, Parmalat aurait abandonné le dossier.
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Le pôle laitier d’Ebro Puleva en perte de vitesse
En dépit des efforts menés ces dernières années, qui ont conduit à des cessions d’usines (en Galice, en Léon et à Jaen), la branche laitière d’Ebro Puleva est en perte de vitesse. Les litrages collectés ont fléchi (de 700 millions de litres à 500 millions). Et en 2009, son chiffre d’affaires, estimé à 440 millions d’euros, aurait baissé de 13%.
Il y a quelques années, le groupe Ebro Puleva a scindé son activité laitière en deux pôles : l’un est dédié à la vente de lait de consommation avec la société Lactimilk, l’autre est spécialisé dans les produits laitiers à plus forte valeur ajoutée (Puleva Food). Lactimilk produit les marques « Ram », « El Castillo » et « Nado », et détient 8 % du marché du lait (contre 14 % à la Coopérative Central Lecheria Asturiana et un pourcentage équivalent à Pascual). Puleva Food fabrique et commercialise la marque « Puleva ».
Devenir leader des produits laitiers en Espagne
Aucun groupe espagnol ne s’est mis sur les rangs pour reprendre cette branche d’activité d’Ebro Puleva. Ni Leche Pascual (numéro un du secteur) ni Central Lechera Asturiana, ni même Nueva Rumasa, pourtant actif en matière de croissance externe, mais qui convoite SOS (huiles). Faute de candidats espagnols, Antonio Hernandez Callejas, le p.d-g du groupe, pourrait se tourner vers le Français Lactalis tout comme il a vendu Azucarera, la branche sucrière d’Ebro Puleva, au britannique ABF. Avec une telle acquisition, l’ex-groupe Besnier pourrait accentuer son influence sur le marché du lait en Espagne, où il deviendrait leader de ce marché.
Chute du chiffre d’affaires de Lactalis
Quel que soit le sort d’Ebro Puleva, une chose est sûre : les difficultés traversées par Lactalis ne l’empêchent pas d’être actif. L’an passé son chiffre d’affaires est passé de 9,3 milliards d’euros à 8,5 milliards, ce qui serait « uniquement à cause de la LME », selon Luc Morelon. Ses volumes sont en effet restés stables à environ 9,3 milliards de litres. La réussite d’une deuxième grosse acquisition après Forlasa pourrait permettre au leader français du lait de prouver à nouveau son dynamisme, après l’échec des négociations en vue d’acquérir Entremont à la fin de l’année passée. (1)
(1) Cf Agra alimentation n°2091-92 du jeudi 7 janvier 2010 p 13