Le groupe chinois Bright Food a fait une offre pour prendre le contrôle de Tnuva, numéro un israélien de l'agroalimentaire. La perspective de voir ce fleuron de l'industrie laitière passer sous contrôle chinois n'est pas du tout du goût de certains politiques israéliens.
BRIGHT Food, géant chinois de l'agroalimentaire, a annoncé le 22 mai avoir « signé un accord préliminaire » pour racheter 56% du capital de Tnuva, le numéro un israélien de l'agroalimentaire, auprès du fonds d'investissement Apax Partners, basé à Londres (nous avions annoncé que le groupe avait engagé des pourparlers avec l'israélien dans AgraAlimentation du 13 février). Selon la radio publique israélienne et le quotidien israélien Maariv, le chinois devrait débourser 8,6 milliards de shekels (1,8 milliard d'euros).
Cette prise de contrôle de Tnuva dont l'histoire est associée avec celle d'Israël et où il détient un quasi-monopole, provoque un vif débat politique dans le pays. « Quel pays accepterait de voir sa sécurité alimentaire et la totalité de son industrie laitière passer sous le contrôle de la Chine ? », s'indignait le 22 mai, un député d'opposition, Shelly Yachimovich, qui appelait à l'introduction de Tnuva à la Bourse de Tel Aviv. Ephraïm Halevy, ancien chef du Mossad, le service de renseignement extérieur, s'inquiétait également de l'opération. « Le fait que le plus grand groupe agroalimentaire israélien soit possédé par le gouvernement chinois signifiera que la conduite de l'entreprise se fera au service des intérêts chinois », a-t-il mis en garde. Tnuva a été fondé en 1926 par des coopératives et des kibboutzim (fermes agricoles). Ses camions réfrigérés desservaient dans les années 50 les villages les plus reculés. Il détient 70% du marché des produits laitiers et est avec Dabach, un des acteurs majeurs de la production de viande. Plus de 80% de ses matières premières proviennent d'Israël. Et il s'approvisionne auprès de 1 600 agriculteurs et 6 500 fournisseurs locaux. Groupe diversifié (lait, fromages, yaourts, viande, volaille et œufs, légumes surgelés et poissons), Tnuva est connu notamment pour son savoir-faire dans le cottage cheese (marque Emek). Il compte aussi en portefeuille les marques Yoplait (dont il est franchisé depuis 2001), Pireus (produits laitiers), Sunfrost (légumes surgelés), Mama Of (volailles), Maadanot (pâtisserie), Adom Adom (boeuf). En 2011, la cherté de sa marque de fromage blanc a même été à l'origine des plus importantes manifestations anti-vie chère du pays. En 2013, il a réalisé un chiffre d'affaires de 7,17 milliards de shekels israélien (soit 1,6 milliard d'euros).
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De son côté, Bright Food, basé à Shanghai et contrôlé par l'Etat chinois, est un des plus vastes conglomérats agroalimentaires du pays, avec des activités allant de la culture des céréales et des élevages laitiers à la distribution, en passant par la transformation et le conditionnement des produits. Le rachat de Tnuva devrait notamment permettre à Bright Food de muscler son offre de produits laitiers, face à une demande croissante sur le marché chinois. Depuis l'affaire du lait frelaté à la mélamine, en 2008, les consommateurs se tournent désormais plus volontiers vers les produits importés. Bright Food a multiplié ces dernières années les efforts pour se développer à l'international, prenant notamment le contrôle de l'australien Manassen Foods, qui distribue en Australie les biscuits écossais Walkers Shortbread et les fromages Bel, comme La Vache qui rit. En 2012, il a également pris le contrôle (60 %) du fabricant britannique de céréales Weetabix pour l'équivalent de 1,47 milliard d'euros et acquis le négociant bordelais Diva Bordeaux. CA avec AFP