Le territoire de l'Anjou bleu (49) voit naître, non sans embûches, une entente entre cantiniers et paysans. Le défi est d'introduire des produits locaux et bio dans les 15 300 repas servis chaque jour par la restauration collective.
Il s'agit de la première rencontre entre les paysans et les collectivités du territoire de l'Anjou bleu, dans le nord-ouest du Maine-et-Loire. Elle a lieu chez Philippe Boullais, producteur de lait bio à quelques kilomètres d'Angers (49), le 1er avril. Il dissimule à peine un léger stress avant la première rencontre entre les quatorze paysans et artisans de l'association Bio'cal et la vingtaine de cantiniers, élus locaux, restaurateurs… tous intéressés par l'approvisionnement local et bio. « Non, je ne suis pas stressé. Je vais leur faire visiter la ferme. Par contre à 15h, il faut que je vous laisse », rappelle-t-il à ses collègues paysans et à Nathalie Sévaux, chargée de mission au GABB Anjou (1) qui a organisé la rencontre. L'objectif est de présenter aux responsables des 15 300 repas qui sont servis tous les jours dans la restauration collective, les paysans et leurs productions. Pain, produits laitiers, légumes, fruits, huiles, œufs… le catalogue est complet.
Après la visite de la ferme, les intéressés se réunissent dans une ancienne étable. L'ambiance est champêtre, les discussions sont sérieuses. En 2014, le projet de Bio'cal a été retenu dans le cadre d'un appel à projets de la Région pour « manger local ». L'association bénéficie d'un soutien de 25000 euros financé par le GABB Anjou et la Région. Ainsi, Marion Rohrbacher, étudiante à AgroSupDijon, a rencontré les principaux concernés et sillonné le bocage angevois pendant presque six mois. Le 1er avril, elle a présenté son étude aux cantiniers et aux paysans présents. Le verdict est sans ambiguïté : 38% des restaurants sont très motivés pour s'approvisionner localement.
« Il faut trouver un compromis »
Les motivations ne sont pas suffisantes. Il reste à contourner les embûches… « ensemble ». Nicolas Wintz, responsable de restauration pour deux hôpitaux, lance les discussions : « Il faut juste trouver un compromis. Vous êtes prêts à mettre combien et je suis prêt à mettre combien ». Les compromis vont bien porter sur le prix : « On veut voir les approvisionnements en local et bio augmenter, mais il y a aussi les réalités économiques », parlent d'une même voix les responsables de cantines. Un second de cuisine dans un lycée de l'Anjou bleu s'inquiète de la logistique : « On doit être livrés entre 6h et 9h du matin ». La réponse d'Aurélien Colas, jeune aviculteur en bio, est à peine audible dans le brouhaha des nombreuses discussions engagées : « Si on doit le faire, on le fera ! ». La réunion a duré presque deux heures. Cantiniers et producteurs savent les défis nombreux qui les attendent et qu'ils entendent relever.
« C'est politique »
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L'un d'eux n'est d'ailleurs abordé qu'en marge des débats. Brigitte Dupas, préparatrice en cuisine depuis sept ans dans l'école primaire de Freigné (49), explique que le programme d'approvisionnement en local est subventionné par la mairie. « Pour le moment, je n'ai pas vraiment de limite de budget. Mais depuis un an, ça a changé. Les conseillers municipaux ne sont plus les mêmes », raconte-t-elle. Et en 2009 déjà, la cantine de l'école avait failli passer en « gestion concédée » (2). Mais sous la pression des parents d'élèves, la cantine est finalement restée en gestion directe. Nicolas Wintz l'affirme crûment : « Les écoles primaires sont gérées par les mairies, les collèges par les départements, les lycées par les régions… ». Si les collectivités ne sont pas du même bord politique, « ça devient plus compliqué, c'est politique… », répète-t-il en souriant. Notamment pour les cuisines centrales qui approvisionnent écoles, lycées, hôpitaux…
La prochaine réunion est prévue courant avril. Jérôme Marest, producteur d'huiles bio, semble très motivé : « Il ne faut pas attendre que l'on soit tous prêts ». Nathalie Sevaux en est aussi convaincue : « Il faut que quelques producteurs prêts se lancent. Les autres suivront ».
(1) Groupement d'agriculteurs biologistes et biodynamistes
(2) Les cantines collectives sont en gestion directe (approvisionnement et cuisine), concédée à des groupes (Sodexo, Relais d'Or, autres) ou mixte.