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Coopératives agricoles Début d'une nouvelle histoire pour le pôle alimentaire d'Euralis

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La coopérative agricole et alimentaire Euralis, basée à Lescar dans les Pyrénées-Atlantiques affiche de sérieuses ambitions pour son pôle alimentaire et veut croire que les mauvaises années sont derrière elle. L'exercice 2012 s'était soldé fin août par un résultat net négatif de 10millions d'euros. La mise en place du plan de restructuration chez Stalaven avait eu un impact négatif de 14millions d'euros. «Cette phase est quasiment achevée, le climat social est positif car il existe un projet de relance», nous a expliqué Pierre Couderc, directeur général à la veille de l'assemblée général de la coopérative du 11 février. Il en veut pour preuve un retour aux bénéfices, avec un résultat positif même modeste de 2,2millions d'euros pour les douze mois allant à fin août (voir Agra alimentation du 13 février) pour un résultat d'exploitation de 15,1 millions. «Le groupe est dans une phase d'inflexion et se trouve au début de l'histoire» se félicite-t-il. La saison festive, moment important du début du nouvel exercice en cours le conforte dans son optimisme.

«D'ici à la fin de l'année 2014, le plan de restructuration des actifs acquis en 2009 auprès de Jean Stalaven sera achevé », assure Pierre Couderc. Il aura entrainé la fermeture de deux plate-formes logistiques, à Pont-Sainte-Marie dans l'Aube et à La Tour du Pin en Isère. Trois sites de production ont été transférés. Les plats cuisinés de Roye dans la Somme ont été transférés vers Dunkerque et l'outil a pu être cédé à la société GGF (Guaranteed Gluten Free). L'usine de salades de Saint Agathon dans les Côtes d'Armor a vu sa production être réorientée sur Yffiniac, mais n'a pas trouvé de repreneur, tandis que le site de Chateaurenard dans le Loiret fermait également ses portes. Le site de Saint Brieuc, spécialisé dans la charcuterie sera le dernier à rejoindre celui d'Yffiniac en fin d'année. Ces différentes mesures ont pu se faire en reclassant environ 95 % des salariés, se félicite Pierrre Couderc. Sur le site d'Yffiniac qui concentrera quasiment l'ensemble des anciennes activités de Stalaven, 12 millions d'euros auront été investis, « dont la moitié a déjà été engagée à ce jour ».

PARIER SUR LES MARQUES PHARES DU GROUPE

L'intégration achevée de Jean Stalaven, le pôle alimentaire veut rebondir. Le dernier exercice 2012/2013 a vu le chiffre d'affaires reculer de 6,3 % à 486 M€, sur les 1 544 M€ de l'ensemble du groupe qui progresse de seulement 0,4 %. Euralis veut y voir un recentrage sur les gammes stratégiques du groupe dans un contexte de crise de la consommation. L'objectif de la coopérative dans son plan Euralis 2020 est de passer le cap des 2 Md€ de chiffre d'affaires, ce qui se fera sans doute par de la croissance externe, reconnait Pierre Couderc. Pour le seul pôle alimentaire, l'objectif fixé pour les sept années à venir est une croissance organique annuelle de 3 %. « Il faut pour cela être très actif sur les produits où nous sommes forts, comme le festif tout en se renforçant dans des zones stratégiques ».

Sur l'exercice écoulé, Rougié leader du foie gras pour les professionnels a vu ses ventes progresser de 2,8 % dans un marché de la restauration en baisse de 10 %. Pour la période des fêtes qui vient de s'achever, Rougié aurait progressé de 4 % en valeur. A l'international, les résultats sont tout aussi encourageants. Les ventes ont progressé sur l'exercice antérieur de 8,1 %, en s'appuyant notamment sur l'hôtellerie de luxe et grâce au marché asiatique qui a vu les ventes de Rougié progresser de 36 % en deux ans. La marque s'est également diversifiée en dehors du foie gras et des magrets avec les homards décortiqués d'origine Bretagne. « Cela conforte l'image d'acteur de la gastronomie, mais cette activité représente moins de 1 M€, car la stratégie demeure de ne pas trop s'éloigner de notre base qui demeure le foie gras ». La business unit Rougié, sur l'exercice passé a cependant accusé un léger fléchissement de ses ventes de 139 à 137 M€, en raison de la marque Toque Blanche dédiée au groupe de distribution pour la restauration Metro.

Montfort, la marque du groupe à destination de la GMS a également connu une belle fin d'année, entre septembre et décembre. La progression du foie gras mi-cuit vendu au rayon frais a été de 33 %. En trois ans, la marque a gagné 3 points de part de marché à 13,8 % Les foies gras vendus sous marque de distributeurs on gagné 4 % en volume, « et bien davantage en valeur » estime Pierre Couderc. Jean Stalaven a vu son chiffre d'affaires baisser au cours de l'exercice au 31 août 2013, perdant 10 M€ pour passer à 120 M€, mais durant la période des fêtes de fin d'année 2013, les ventes ont progressé de 11 % par rapport à l'année précédente. Principalement distribués dans le réseau des bouchers, charcutiers, traiteurs (BCT), les produits ont connu une progression sur l'exercice de 4 % dans cette activité BtoB. Ce sont environ 250 nouveaux clients qui proposent ces produits soit entre 3 000 et 3 500 commerçants.

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UTILISER LES SYNERGIES AU SEIN DU GROUPE

L'un des axes de développement est également de parier sur la complémentarité de l'offre et les synergies possibles pour réduire les coûts. Pierre Couderc cite ainsi l'exemple du réseau BCT qu'il est logique de démarcher en leur proposant une offre globale qui ne se limite pas à un seul produit. «Si on ne vend qu'un produit, on ne gagne pas assez, mais on obtient une croissance verticale avec un offre diversifiée». La mutualisation des moyens est également très favorable pour le groupe qui reste, somme toute modeste de part son chiffre d'affaires. Un directeur des achats a ainsi été nommé en juin, ce qui a permis de regrouper des commandes en étiquettes, cartons ou transport. «Ce rapprochement entre Euralis gastronomie et Stalaven a généré 3M€ d'économies et permet de gagner en compétitivité». Autre exemple cité par le dirigeant de la coopérative, les animations combinées de magasins par des forces de ventes communes qui expliquent pour partie les bonnes progressions de Montfort et de Qualité Traiteur au rayon traiteur coupe et frais-emballé qui ont gagné 4% sur les 4 derniers mois. Cette même collaboration peut jouer dans le domaine de la recherche et développement. L'ensemble des business units du groupe ont les mêmes intérêts et préoccupations pour les processus de fabrication et nouvelles technologies touchant aux produits frais. Il existe en ce domaine de véritables synergies. L'utilisation du réseau de distribution Gamm Vert de la coopérative peut être également un moyen des commercialiser des viandes comme des poulets labellisés, ou des viandes de porcs noirs dans le cadre du rapprochement avec Fipso. Des opportunités pourraient également voir le jour dans le cadre de l'intégration de la coopérative Celpa spécialiste de la blonde d'Aquitaine pour la commercialisation de viande auprès de 3000 à 3500 bouchers.

ACCÉLÉRER LE DÉVELOPPEMENT EN CHINE

L'un des axes forts de la stratégie d'Euralis pour le pôle alimentaire repose sur la conquête du marché chinois. En avril de cette année, la coopérative landaise va ouvrir une nouvelle usine à Lianyungang. Cet investissement dans une unité pouvant abattre et transformer 500 000 canards par an, dans un premier temps, avec des ateliers de gavage, est une nécessité car pour des raisons sanitaires, la Chine interdit les importations de foie gras cru. Le développement de ce marché est cependant très rapide et l'usine devrait porter sa capacité à 1 million de canards. Entre juillet 2014 et juillet 2015, ce seraient 300 000 foies gras qui pourraient être produits à la marque Rougié. Le montant des investissements dans le pays pourrait atteindre 15 M€.

Le groupe est « clairement dans une phase d'investissement » assure Pierre Couderc. Cela ne concerne pas uniquement l'agroalimentaire mais tous les segments stratégiques de la coopérative. « Cela vaut mieux que de chercher à développer de nouvelles activités. » Le résultat d'exploitation qui oscille entre 21 et 21,8 M€ est quasiment totalement réinvesti dans la recherche, gage de la réussite du plan Euralis 2020. Cette recherche est particulièrement vitale pour la division des semences qui est un axe de développement privilégié, cette activité ayant doublé en termes de chiffre d'affaires au cours des six dernières années pour atteindre 140 M€. L'activité purement agricole a été « plutôt difficile, notamment pour les engrais », reconnait Pierre Couderc. Le groupe entend renforcer ses liens avec les adhérents. Il a ainsi mis au point, en collaboration avec l'école d'ingénieurs agronomes de Purpan un modèle pour mesurer la rentabilité économique de leurs exploitations. Des indicateurs permettent de suivre l'évolution des coûts de l'intermédiation de la coopérative (stockage, séchage, engrais) et leur impact sur les revenus des agriculteurs. Par ailleurs le groupe a opéré plusieurs rapprochements au cours des dernières années avec d'autres coopératives, par des fusions ou des partenariats qui apportent de la valeur. Pierre Couderc n'écarte pas d'ailleurs de renforcer cette politique. Il dit avoir approché la coopérative basque voisine, Lur Berri (présent également dans le foie gras avec Labeyrie) «pour travailler plus étroitement». «Mais nous n'avons pas eu de retour pour l'heure», explique-t-il avec un certain regret.