À l’occasion d’une manifestation le 2 juin, les agriculteurs biologiques et leurs soutiens ont rappelé leur déception face à la déclinaison française de la future Pac, continuant de déplorer le manque d’écoute de Julien Denormandie. Tous envisagent de frapper à d’autres portes, de l’Elysée à la Commission européenne, en passant par d’autres ministères.
Sous le mot d’ordre « la bio à poil », la Fnab est parvenue à réunir le 2 juin une grosse centaine de personnes sur l’esplanade des Invalides. Des producteurs bio dans le plus simple appareil, mais également des militants de Greenpeace, des représentants de la Confédération paysanne, des distributeurs comme Biocoop, ou encore des élus de la gauche écologiste comme le député Dominique Pothier (PS, Meurthe-et-Moselle), le sénateur Guillaume Gontard (EELV, Isère), ou le député européen Yannick Jadot.
Les revendications de l’ensemble de ces acteurs demeurent les mêmes depuis les annonces ministérielles : la Pac doit être au rendez-vous des ambitions affichées par les pouvoirs publics en matière d’agriculture biologique, fixées au niveau national comme au niveau européen. « On ne va pas attirer les gens vers la conversion par des sommes qui ne seront versées que temporairement », estime le président de la Fnab Philippe Camburet. Pour son organisation, les producteurs bio doivent donc « avoir au minimum deux voies d’accès, en cumulant écorégimes de pratiques et infrastructures agroécologiques (IAE) ».
Autant de revendications sur lesquelles « nous n’avons plus grand-chose à espérer côté ministère de l’Agriculture », regrette-t-il. Alors que le cabinet de Julien Denormandie n’a pas repris le contact depuis l’annonce de ses arbitrages lors d’une réunion électrique du CSO fin mai, la Fnab a donc rencontré la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili à l’issue de sa manifestation. Phillipe Camburet aurait plaidé à cette occasion pour une nouvelle gestion des politiques agricoles : l’Ecologie et la Santé doivent désormais elles aussi avoir leur mot à dire. « Le ministère de la Transition écologique est toujours aux côtés des agriculteurs bio, notamment grâce aux agences de l’eau », promet-on à l’hotel de Roquelaure.
Les marges de négociations
Du côté du cabinet du ministère de l’Agriculture, on l’assure : avec ce Plan stratégique national (PSN), « les aides à l’agriculture bio ne diminuent pas, voire même augmentent dans certains cas ». Comme on le rappelle, les soutiens à la conversion passeront de 250 à 340 millions d’euros annuels, soit une hausse de 30 %. Si la structure à deux niveaux d’écorégimes accessibles par trois voies est par ailleurs actée, « la manière de valoriser les IAE, les seuils, et les montants de paiement par hectare sont encore ouverts à la concertation ».
Face à cette étroite ouverture sur le premier pilier, la Confédération paysanne n’a, de son côté, pas perdu espoir sur le second, et plaide encore pour que soit réinstaurée l’aide au maintien ou créées de nouvelles mesures agroenvironnementales dédiées. Comme le résume Nicolas Girod, le porte-parole du syndicat, « l’État doit se donner les moyens d’abonder sur le maintien, comme pour l’ICHN, tout en allant rechercher d’autres cofinancements comme les agences de l’eau ».
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Le syndicat devrait porter ses propositions dès le vendredi 4 juin auprès des conseillers d’Emmanuel Macron, et prévoit également de rencontrer l’équipe du Premier ministre. « Nous solliciterons également le ministère de l’Agriculture après ces rendez-vous », explique Nicolas Girod.
Premières démarches européennes
La plateforme pour une autre Pac, réunissant plus de quarante organisations de la société civile et du monde agricole, devrait, elle aussi, se rendre à l’Élysée et à Matignon la semaine du 7 juin. « Le ministre de l’Agriculture n’est plus le bon interlocuteur, donc nous passons au-dessus », déplore Mathieu Courgeaud, président de Pour une autre Pac, rappelant que près de six demandes de rendez-vous auprès de la rue de Varenne sont restées lettre morte.
À l’Élysée, Pour une autre Pac défendra un écorégime plus ambitieux pour la bio, mais également un renforcement du financement des MAEC systèmes, du paiement redistributif, et le plafonnement des aides. Loin de la prudence de la Confédération paysanne, les antennes européennes des organisations de la plateforme commenceraient par ailleurs déjà, selon Mathieu Courgeau, à travailler avec la Commission européenne « pour lui montrer que le PSN français n’est pas à même de répondre aux objectifs du Green deal ».
Pour Yannick Jadot, eurodéputé vert, la France aurait plus généralement cédé à la tentation de revoir ses ambitions environnementales à la baisse à cause d’une renationalisation des politiques agricoles. « Vu les tensions politiques dans les pays, et la puissance des lobbies des semences, de l’agro-industrie ou des pesticides, il y avait un gros risque qu’en ramenant plus de décision à l’échelle nationale la partie environnementale soit ramenée à la portion congrue », déplore l’ancien président de Greenpeace.
La Fnab a rencontré Barbara Pompili à l’issue de sa manifestation
PSN : après son action, la Conf' dénonce un déploiement de force « disproportionné »
Alors que 120 personnes auraient été verbalisées le 27 mai à Paris à l’occasion d’une manifestation contre le PSN, la Confédération paysanne dénonce dans un communiqué un déploiement des forces de l’ordre « totalement disproportionné ». Le syndicat rappelle avoir occupé le siège de Pôle Emploi durant huit heures « de manière festive », en revendiquant « une Pac pour l’emploi ». « Ces intimidations à la liberté syndicale de manifester n’entament en rien notre détermination », prévient le syndicat. Un rendez-vous aurait été obtenu à l’Élysée avec un conseiller, mais la Conf' demande à rencontrer le président lui-même « compte tenu de la gravité des arbitrages » sur le PSN. Deux parlementaires venus en soutien, le sénateur Joël Labbé (Écologistes, Morbihan) et la députée Bénédicte Taurine (La France Insoumise, Ariège), auraient été pris à partie par les forces de l’ordre. Poussée au sol par un agent, la seconde est même tombée à terre, comme le montrent les images prises par les manifestants.