Abonné

Défi de la pomme de terre : être toujours nourricière et plus écologique

- - 4 min

Le congrès mondial de la recherche sur la pomme de terre, organisé par l'Association européenne pour la recherche sur la pomme de terre (EAPR), qui s'est ouvert pour quatre jours le 10 juillet à Versailles, a fait le point sur les défis mondiaux qui attendent la pomme de terre. Celle-ci est attendue dans le monde comme plante nourricière, mais dans les pays qui ont atteint l’auto-suffisance alimentaire, l’objectif est maintenant de réduire les pesticides.

Environ 450 chercheurs de 51 nationalités différentes ont confronté leurs travaux autour du thème « la pomme de terre face aux défis mondiaux ». La pomme de terre est la première culture nourricière derrière les céréales, comme l'a rappelé Michel Martin, président de l'Association européenne pour la recherche sur la pomme de terre (EAPR). L’ouverture du congrès par Hans Martin Dreyer, un des directeurs de la FAO (il dirige la division de la protection des végétaux) traduit cette préoccupation : la pomme de terre est une pièce majeure dans l’alimentation mondiale.

La pomme de terre dans une logique de forte réduction des pesticides

Si pour de nombreux pays, le premier défi est celui de nourrir la population, dans les pays européens la pomme de terre entre dans une logique de réduction forte des pesticides. Les dégâts du mildiou sur la pomme de terre en Europe coûtent 900 M€ en traitements et en manque à gagner pour les producteurs (chute de rendement, tubercules jetés), a fait observer Didier Andrivon, directeur de recherche à l’Inra de Rennes.

Les moyens de réduire fortement les pesticides sont multiples. Un intervenant canadien, Robert Vernon, chercheur en Colombie britannique, a indiqué qu’il est possible, à certaines conditions, de ne traiter que le bord du champ, mais pas son centre, parce que les parasites viennent de l’extérieur. Les chercheurs disposent d'un vaste réservoir de biodiversité pour puiser des caractères de résistance aux pathogènes, a indiqué Jean-Éric Chauvin, chercheur à l'Inra de Rennes. C’est ainsi que 32 espèces de plantes sauvages ont été utilisées en France pour améliorer les caractéristiques de résistance des pommes de terre. Les généticiens disposent de plus de 200 solanacées proches de la pomme de terre, selon Jean-Éric Chauvin. La famille des solanacées inclut environ 3 000 espèces, principalement d’origine du sud et du centre de l'Amérique. « La pomme de terre est encore trop dépendante de l’usage des phytosanitaires » (12 à 14 traitements par an), a souligné le chercheur.

Le vaste domaine de l’amélioration pour la segmentation gustative

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La recherche de pommes de terre résistantes aux pesticides n’est pas le seul objectif des chercheurs européens. Les sélectionneurs continuent de mettre au point des variétés plus gustatives ou à texture plus fondante, ou plus adaptées à la production de frites par exemple, ont précisé Florence Rossillon, directrice du CNIPT (Comité national interprofessionnel de la pomme de terre sur le marché du frais) et Bertrand Ouillon, délégué du GIPT (l’interprofession du marché de l’industrie).

Sur tous ces types de critères, la recherche française consacre 5 M€ par an, financée à 90% par les producteurs de pomme de terre par une contribution volontaire, à travers trois établissements de recherche, qui travaillent dans une Unité mixte technologique (UMT) avec l’Inra, a ajouté Jean-Charles Quillet, vice-président de la FN3PT (Fédération des producteurs de plants).  

Les chercheurs disposent d'un vaste réservoir de biodiversité pour puiser des caractères de résistance aux pathogènes

Réduction des pesticides et qualité visuelle souvent antagonistes

La réduction des pesticides pourrait être beaucoup plus rapide sans les contraintes de qualité visuelles, qui obligent les chercheurs à faire des compromis qui affaiblissent les caractéristiques de résistance. Malheureusement, face à l’enjeu commercial de la qualité cosmétique, la réduction des fongicides ne fait pas le poids. Ainsi, en Amérique du Sud une variété de pomme de terre résistante au mildiou avait été mise au point par un chercheur au début des années 2000, a témoigné Didier Andrivon, directeur de recherche à l’Inra de Rennes. Mais cette variété était jaune, or les consommateurs sud-américains n’aiment pas les pommes de terre de cette couleur. La variété n’a donc pas rencontré le succès commercial attendu. Il a fallu l’abandonner. « Actuellement on est incapable de valoriser commercialement une pomme de terre sélectionnée sur un caractère de résistance », regrette-t-il.