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Interview Denis Lambert, président de LDC : « Il ne faut pas tout attendre des États généraux de l’alimentation »

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Denis Lambert, président du groupe familial de volaille LDC fait le point à l’occasion de la publication des comptes semestriels et détaille sa politique de croissance externe. Il revient également sur la constitution d’une interprofession qu’il espère pour 2018, et ainsi que sur la tenue des États généraux de l’alimentation et des négociations commerciales actuellement en cours. À noter également que le logo Nutri-score apparaîtra progressivement sur les produits traiteurs et volaille de LDC dans le courant de l’année prochaine.

Pensez-vous que la consolidation de la filière volaille française soit terminée ?

La filière export est une filière importante pour la filière française et la démarche consistant à faire des produits haut de gamme pour le Moyen-Orient et différents de ceux du Brésil est une très bonne démarche. C’est une bonne chose pour la filière française, parce que cela permet non seulement de créer de la valeur et de garder des éleveurs en France, mais aussi du potentiel. Si nous perdons tous les volumes export, la France va finir par devenir un des pays d’Europe qui produira le moins de volailles. Donc notre intérêt est vraiment que le projet du groupe Galliance (le pôle volaille de Terrena, ndlr)* réussisse sur le haut de gamme.

Et où en est la mise en place d’une interprofession comme s’y étaient engagés les principaux groupes volaillers en 2015 ?

Nous continuons à discuter et à avancer, notamment avec les représentants du monde agricole. Mais la mise en place d’une interprofession dans la volaille prend du temps, parce que nous souhaitons qu’elle réunisse tout le monde, de l’amont à l’aval. Une volonté qui a d’ailleurs été renforcée par le discours du président de la République et entre tout à fait dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Nous sommes assez confiants sur le fait que cette interprofession puisse voir le jour en 2018. En tout cas, le groupe LDC s’emploie à ce qu’elle puisse se constituer rapidement.

Quelle est la position de LDC concernant l’étiquetage nutritionnel que les industriels peuvent appliquer sur l’emballage de leurs produits de manière volontaire ?

L’étiquetage nutritionnel pour une meilleure information est une demande importante du consommateur et LDC répondra à cette attente. Nous sommes prêts et nous ne sommes pas inquiets parce que l’ensemble de nos produits sont bien classés. Le système Nutri-score est plutôt favorable à notre pôle volaille, un produit sain par définition, et également sur les produits Marie. Tous nos produits sont fabriqués avec des produits naturels et plus de 80 % de nos recettes sont classées en vert ou orange clair.

Ce logo apparaîtra progressivement sur nos produits traiteurs et volaille dans le courant de l’année prochaine. Je pense qu’à partir du moment où le consommateur a envie de savoir dans quelle catégorie se classe tel ou tel produit, il faut lui donner les moyens de savoir.

Vous avez dit que le développement du groupe dans le végétal avait été opportuniste. Expliquez-nous...

Nous sommes historiquement un groupe de volaille, mais nous nous développons aussi là où nos consommateurs nous demandent d’aller. Si nous sommes dans le traiteur, c’est parce que nous nous sommes rapidement aperçus que les consommateurs achetaient nos produits élaborés de volaille pour leur praticité. Le traiteur est un prolongement de nos produits élaborés de volaille.

Quand nous constatons aujourd’hui que certains de nos consommateurs souhaitent réduire leur consommation de protéines animales, tout en voulant des produits prêts à l’emploi, notre mission consiste encore à répondre à leur demande.

Aujourd’hui, il existe des tendances fortes de consommation dans le végétal. L’objet n’est pas d’aller contre cette tendance. L’objet est de suivre le consommateur. D’autant plus que LDC a le savoir-faire et les lignes de production pour répondre à ces attentes. Inclure des protéines animales ou des protéines végétales dans nos recettes ne change rien pour nous. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait. Nous n’avons pas inventé de nouveaux produits, nous avons pris la recette du poulet pané par exemple et nous avons simplement remplacé certains ingrédients.

Vous aviez évoqué l’éventualité d’une opération de croissance externe dans le végétal justement. Est-ce toujours d’actualité ?

Comme nous pensons qu’il s’agit d’une tendance de consommation de fond, il est clair en effet que si nous pouvions être présents sur le segment du végétal par acquisition, ça nous permettrait d’aller plus vite. Mais pour cela, il faut être deux et que la cible nous plaise. Nous n’en sommes pas à nous dire qu’une acquisition est absolument stratégique.

Nous avons cette force chez LDC de pouvoir fabriquer par nous-mêmes, sans forcément recourir à la croissance externe. Mais la question se pose régulièrement. Est-ce que nous fabriquons nous-mêmes ? Ou est-ce que nous achetons un spécialiste ?

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Et toujours dans traiteur, pourriez-vous réaliser une acquisition dans la salade ?

Certes, le développement dans la salade pourrait se faire soit par acquisition, soit par création. Mais nous avons d’autres priorités dans le traiteur aujourd’hui, c’est-à-dire gérer les hausses des matières premières et redresser les activités surgelées et sandwichs qui ne sont pas au rendez-vous de la rentabilité. Ce sont vraiment nos deux priorités et je ne souhaite pas que les équipes du traiteur passent du temps sur d’autres projets actuellement tant que ça n’est pas réglé, le plus vite possible, je l’espère.

Vous vous attaquez à la distribution spécialisée avec une nouvelle gamme bio ?

Oui, nous avons décidé de proposer une offre spécialisée sur le bio, avec la création d’une marque spécifique : Grain de nature. Celle-ci sera lancée dans le courant de l’année en volaille. Cette nouvelle marque pour LDC sera commercialisée par notre filiale Arrivé, l’entreprise qui a le plus d’usines de produits élaborés utilisant des matières bio. Ceci nous permet de spécialiser nos sites.

Vous seriez prêts à faire l’acquisition d’une entreprise en difficulté ?

Oui, mais uniquement sur l’activité volaille que nous maîtrisons bien, en France ou en Pologne. Sur ce pôle, nous savons redresser une entreprise en difficulté et nous l’avons déjà montré. En revanche, arriver sur un nouveau segment de marché, ou un nouveau pays sur un autre pôle que la volaille, nous ne prendrons pas le risque de racheter une société qui n’est pas rentable.

Quels sont vos moyens financiers pour mener à bien cette politique de croissance externe ?

LDC affiche une trésorerie nette positive de 190,8 millions d’euros (au 31 août 2017, ndlr) avec une très bonne capacité d’endettement, puisqu’il n’a quasiment pas de dette. Nous pourrions emprunter l’équivalent de nos capitaux propres, qui se montent à 1 milliard d’euros, ou alors 3 fois l’EBITDA. Ceci vous donne une idée de ce que les banques pourraient nous prêter.

Vous vous êtes fixé une limite maximum sur le montant d’une acquisition ?

Nous ne raisonnons pas comme ça, mais plutôt sur le projet en lui-même. Et effectivement, si un projet d’acquisition en vaut la peine, nous serions prêts à nous endetter.

Qu’attendez-vous des États généraux de l’alimentation (EGA) ?

Tout le monde se parle, ce qui est déjà pas mal, mais il ne faut pas tout attendre des EGA. N’oublions pas que nous faisons du commerce, qui par définition repose sur une relation bilatérale et que nous sommes dans une économie de marché mondiale. Il ne sert à rien d’imaginer que tout devienne rose en France du jour au lendemain avec la plus belle des lois. Sinon, ça fait longtemps qu’elle serait en place.

Il faut comprendre que nous avons besoin de la distribution pour qu’elle diffuse nos produits. Nous devons donc considérer que la distribution fait partie de notre filière. Nous sommes plutôt là pour les accompagner, plutôt que d’attendre que le législateur règle nos problèmes. La distribution est tout à fait consciente des difficultés du monde agricole, rien ne sert d’opposer les uns contre les autres.

Quant aux négociations commerciales qui viennent de démarrer, je ne pense pas qu’elles soient ni plus faciles, ni plus difficiles que les années passées.