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Dermatose : Lecornu mise sur la vaccination pour calmer la fièvre

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Le Premier ministre a annoncé, le 16 décembre, une extension et une accélération de la vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Le but ? Contenir la maladie dans les Pyrénées, mais aussi tenter de calmer la colère paysanne, qui a dépassé la cadre de la lutte sanitaire.

Vacciner vite et fort pour faire retomber la fièvre : c’est le pari de l’exécutif pour tenter de juguler, d’un même mouvement, l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et le mouvement de colère agricole qui commence à cristalliser. Acte 1 : en déplacement à Toulouse le 15 décembre, la ministre de l’Agriculture a lancé la campagne de vaccination préventive dans huit départements des Pyrénées. Cinq de ces départements sont déjà touchés par la maladie (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales) ; s’y ajoute un « cordon sanitaire » dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes et le Gers. Avant cela, la vaccination n’était obligatoire que dans les zones réglementées (50 km autour des foyers).

La vaccination est « intégralement prise en charge par l’État », rappelle le ministère dans un communiqué le 12 décembre. Par ailleurs, les pouvoirs publics ont instauré « l’interdiction de toute sortie de bovin de la zone vaccinale, sauf vers un abattoir ». La création de cette « zone vaccinale élargie » a été décidée en raison de la « dégradation soudaine de la situation sanitaire ». Elle était aussi réclamée de longue date par les syndicats minoritaires (CR, Conf’, Modef), rejoints plus récemment par les majoritaires (FNSEA et JA). « Les agriculteurs m’ont demandé qu’on puisse élargir le territoire de la vaccination et je les ai entendus », a déclaré Annie Genevard sur BFMTV.

« L’urgence absolue, c’est d’accélérer »

L’acte 2 survient dès le lendemain. Devant l’emballement des mobilisations contre l’abattage total, et à la demande des éleveurs des zones concernées, Sébastien Lecornu annonce l’extension de la vaccination au Tarn et à l’Hérault. Ce sont désormais 750 000 animaux qui doivent être protégés contre la DNC. Et surtout, « l’urgence absolue, c’est d’accélérer la vaccination », martèle le Premier ministre devant les députés. Pour cela, Matignon mobilise des moyens militaires (transports, vétérinaires).

Comme le précisait la directrice générale de la DGAL (ministère de l’Agriculture), Maud Faipoux, le 17 décembre, les doses prévues pour vacciner les bovins du Sud-Ouest étaient « toutes disponibles jeudi [18 décembre] à Toulouse », avant d’être « dispersées vendredi [19] et samedi [20] dans les cabinets vétérinaires ». Dans le détail, une première tranche de 500 000 doses, issue du stock du ministère, était déjà sur place depuis « la fin de la semaine dernière », a-t-elle précisé lors d’une audition devant les députés de la Coméco. Le complément, provenant d’une partie d’une seconde tranche de 400 000 doses précédemment commandée, devait être livré jeudi 18 décembre.

Les 1 000 élevages ariégeois vaccinés avant 2026

Selon la directrice de la DGAL, « grâce à la mise à disposition du matériel de l’armée, on a gagné une semaine dans l’acheminement du vaccin » depuis les Pays-Bas, où est situé le laboratoire producteur. Pour la suite, « nous avons un million de doses en stock dans notre plateforme logistique », a-t-elle indiqué, car « chaque fois que nous consommons nos stocks, nous les remplissons ».

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Bien que pressé par le temps, le gouvernement s’est bien gardé d’indiquer un objectif de calendrier. Chaque préfet de département concerné doit rendre un plan de vaccination. Selon un communiqué de Matignon, un « préfet chargé de coordonner la cellule interministérielle d’accélération de la vaccination » a été nommé : il s’agit de Pascal Sanjuan, actuellement administrateur au secrétariat général du ministère de l’Intérieur, selon sa page LinkedIn. Au 17 décembre, l’Ariège avait déjà remis son plan, ce qui permettait à l’exécutif de communiquer un premier objectif : la vaccination des 1 000 élevages ariégeois d’ici 31 décembre.

Aide de 10 M€ pour les « petits élevages »

Selon son communiqué, le gouvernement « a décidé d’activer un fonds de soutien de plus de 10 millions d’euros destiné à assurer un soutien direct aux petits élevages des zones touchées ». Quelques heures plus tôt, Sébastien Lecornu avait évoqué à l’Assemblée cet « accompagnement spécifique des tout petits élevages qui vont connaître très très vite, dans les jours qui viennent, des difficultés de trésorerie ». Au 18 décembre, le flou subsistait sur les modalités de cette aide. Réagissant à chaud le 16 décembre, le président de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) Yohann Barbe disait attendre des clarifications, espérant qu’il ne s’agit pas d’un « recyclage » d’une précédente aide pour le retour d’estive annoncée fin septembre.

Deux jours plus tard, les annonces de Lecornu n’avaient pas suffi à calmer la colère paysanne, qui s’étendait déjà depuis une semaine. Des dizaines de manifestations, regroupant en tout des milliers d’agriculteurs, se sont tenues dans toute la France. En première ligne, le Sud-Ouest, dans une troublante redite du mouvement agricole de l’hiver 2023-2024. Jeudi 18 décembre, cinq axes autoroutiers y étaient encore fermés ou perturbés, selon l’opérateur Vinci Autoroutes. À l’appel de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale, la revendication première portait sur la fin de l’abattage total en cas d’infection par la DNC (1). Ces dernières semaines, ce mot d’ordre avait déjà suscité plusieurs mobilisations ponctuelles, dans le Doubs et les Pyrénées-Orientales notamment. Mais l’intervention des forces de l’ordre dans le foyer ariégeois de Bordes-sur-Arize a mis le feu aux poudres. Dans la nuit du 11 au 12 décembre, des affrontements ont eu lieu pendant plusieurs heures entre gendarmes et militants, présents par centaines pour tenter d’empêcher l’abattage. Des images qui ont « choqué » de nombreux représentants agricoles et politiques de tous bords.

Après ce tournant, les mobilisations se sont multipliées dans tout l’Hexagone. En même temps que la controverse sur la DNC prenait un tour politique, la lutte agricole débordait du cadre sanitaire. Des revendications plus classiques s’y sont ajoutées, portant sur les distorsions de concurrence ou la hausse attendue du prix des engrais (en raison du MACF). Sans oublier, surtout, la perspective, de plus en plus tangible, d’une signature de l’accord UE-Mercosur. Sur ce dossier-là, difficile de croire qu’un vaccin suffira à calmer la colère.

YG

750 000 bovins à vacciner dans dix départements

« Grâce à la mise à disposition du matériel de l’armée, on a gagné une semaine »

La lutte agricole a débordé du cadre sanitaire