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Des chercheurs utilisent des pommes pour reconstruire du cartilage humain

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A gauche, un tissu de pomme (A), à droite, un tissu de pomme décellularisé (B) Crédits : © laboratoire Bioconnect

Des chercheurs du laboratoire Bioconnect (UR7451) de l’Université de Caen Normandie ont réussi à reconstruire du cartilage humain in vitro en utilisant des pommes décellularisées. Cette étape majeure dans le domaine de l’ingénierie tissulaire ouvre de nombreuses perspectives. 

Le laboratoire Bioconnect (UR7451) de l’Université de Caen Normandie, dirigé par les Pr Karim Boumédiene et Catherine Baugé, spécialisé dans la physiopathologie du cartilage et ses pathologies, vient d’annoncer une étape majeure dans le domaine de l’ingénierie tissulaire. Les chercheurs ont en effet « réussi à reconstruire du cartilage humain in vitro en utilisant un support végétal inédit : des pommes décellularisées », est-il indiqué dans le communiqué du laboratoire du 7 octobre 2025. 

Si la technique consistant à retirer les cellules d’un tissu pour ne conserver que sa structure, qui est ensuite ensemencée avec des cellules souches humaines est déjà pratiquée, « l’utilisation de matrices végétales — ici des pommes — constitue une première mondiale dans la reconstruction de cartilage », précise encore le communiqué. 

« C’est la première fois que des chercheurs arrivent à un résultat proche du cartilage humain avec de tels supports, mais il existe d’autres recherches actuellement pour obtenir de l’os, des tendons ou encore des tissus adipeux avec d’autres végétaux et dans d’autres conditions de production », souligne le Pr Karim Boumédiene. L’aboutissement de leurs recherches a fait l’objet d’un article publié dans la revue internationale « Journal of Biological Engineering ».

De nombreux avantages

Pour arriver à reconstruire du cartilage, « nous avons enlevé les cellules de la chair de pomme, pour ne conserver que ce que nous appelons « le fantôme ». Ce biomatériau a ensuite été ensemencé de cellules souches humaines, puis incubé pendant un certain temps et sous certaines conditions jusqu’à devenir un tissu très proche du cartilage humain, détaille le Pr Karim Boumédiene. L’avantage de travailler sur ces matrices décellularisées, c’est qu’une fois les cellules enlevées, on a également enlevé tout ce qui provoque le rejet immunitaire et donc écarté les risques de rejet des greffons. Et cela ouvre de réelles possibilités pour la médecine personnalisée, où le patient recevra une greffe d’un tissu produit à partir de ses propres cellules sur une matrice décellularisée ». 

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Et parmi les autres perspectives qu’ouvrent ces recherches, ce dernier note également l’immensité du potentiel que représente le monde végétal. Le laboratoire travaille d’ailleurs actuellement sur les applications possibles avec un autre végétal, dont il ne peut pas encore dévoiler le nom. 

Au-delà des greffes, ces tissus cultivés en laboratoire pourraient également servir à modéliser des maladies et tester des traitements dans des systèmes organoïdes, réduisant ainsi le besoin d’expérimentation animale. « Nous sommes enjoints à développer des alternatives pour utiliser de moins en moins l’expérimentation animale. Grâce à notre solution, nous pourrions développer des organoïdes, ces petits bouts de tissus qui ressemblent à des organes, pour procéder à des tests in-vitro sans avoir recours à l’animal ».

De nombreuses étapes sont encore nécessaires avant d’arriver à des essais cliniques de ce cartilage chez l’homme, ce qui demande non seulement du temps, mais aussi des financements.