Réduire la dépendance au soja dans l’alimentation animale ? Oui, c’est possible, des solutions existent. Selon les intervenants d’un colloque organisé au Salon de l’agriculture, il faut mieux valoriser les co-produits des biocarburants et substituer plus souvent le soja par du pois ou des tourteaux de colza / tournesol lorsque cela est possible.
«Il faut réduire notre dépendance au soja dans l’alimentation animale », ont martelé tour à tour le 2 mars les différents intervenants du colloque « Dépendance au soja, des alternatives pour nourrir les animaux sont-elles possibles ? » au Salon de l’agriculture. Si l’on en croit les études de l’Union nationale interprofessionnelle des plantes riches en protéines (Unip) et de l’Organisation nationale interprofessionnelle des graines et fruits oléagineux (Onidol), il y a 5 leviers à actionner pour réduire notre dépendance au soja. Il faut d’abord valoriser les co-produits des biocarburants (drèches de blé et tourteaux de colza et tournesol) pour l’alimentation animale. « La diversification des assolements apparaît également primordiale. Les protéagineux occupent une trop faible place dans les assolements», explique Katell Crépon de l’Unip. Si en France, les protéagineux représentent 3 % des terres arables (et 20 % des assolements), en Allemagne, ils ne représentent que 2 %.
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Substituer lorsque c’est possible
Troisième levier préconisé par l’Unip et l’Onidol : augmenter le pois dans l’alimentation du porc. « On peut formuler un aliment sans soja pour le porc charcutier avec 40 % de pois, supplémenté en acides aminés (ou complémenté par des tourteaux de colza) sans dégrader les performances de croissance», indique Katell Crépon. Autre « levier » intéressant : l’alimentation des vaches laitières. « Le soja est parfaitement substituable dans l’alimentation des vaches laitières », explique Olivier Lapierre du Centre d’études et de recherches sur l’économie et l’organisation des productions animales (Céréopa). Enrichir leur ration de base en protéines en valorisant l’herbe apparaît être un moyen intéressant. Dernier levier : les volailles de chair. « Dans des systèmes à croissance rapide, l’alimentation en soja est indispensable », explique Katell Crépon. En revanche, l’allongement de la durée d’élevage permet, selon le Céréopa, de réduire la concentration en protéines de l’aliment et favorise l’utilisation de sources de protéines « locales ».
Economie et environnement
Pour Katell Crépon, il y a 3 raisons à réduire la dépendance au soja. La première est bien-sûr économique. « Il est important de s’affranchir de la variabilité de prix du tourteau de soja pour assurer la pérénité économique des systèmes de production animales », explique-t-elle. Deuxième intérêt : améliorer le bilan environnemental de la rotation. L’introduction du pois dans la rotation diminue la consommation d’énergie fossile et permet une meilleure gestion agronomique des systèmes de productions végétales : gestion des adventices, des maladies et des ravageurs. Enfin, l’utilisation de pois et de colza dans les rations à la place du soja permet de minimiser l’impact environnemental et le coût énergétique de la fabrication d’aliment. « Des études montrent que l’énergie nécessaire pour produire un kilo d’aliment ainsi que les émissions de gaz à effets de serre sont bien moins importantes dans le cas d’aliments à base de pois et de colza», explique Katell Crépon.