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Inra-Casdar Des pistes en vue pour concilier économie et écologie

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La restitution des projets de recherche-développement (R&D) Casdar, par le ministère de l’Agriculture et l’Inra le 4 décembre, met en lumière la constitution de références agronomiques, dans lesquelles le ministre de l’Agriculture pourra puiser, pour son projet « Produisons autrement », en vue de concilier économie et écologie en agriculture. Un exemple : la réduction des engrais azotés grâce à l’introduction du pois protéagineux dans l’assolement.

Alors qu’il s’apprête à présenter les grandes lignes de son projet « Produisons autrement » le 18 décembre, la restitution des projets Casdar (Compte d’affectation spéciale de développement agricole et rural, géré par le ministère de l’Agriculture), le ministre de l’Agriculture tient à sa disposition une mine de références agronomiques, dans laquelle lui et son entourage pourront puiser.
Parmi les 32 projets lauréats de l’appel à projets Casdar 2007 (c’est-à-dire les projets retenus et financés par le Casdar, à hauteur de 100 000 à 300 000 euros chacun), plusieurs des dix projets qui ont été présentés à la journée de restitution du 4 décembre jettent clairement les bases de l’agriculture que Stéphane Le Foll compte mettre en place.

Insertion du pois protéagineux : plus de gains que de pertes

L’un d’eux, intitulé « Introduction du pois protéagineux dans des rotations à base de céréales à paille et colza : impacts sur les performances économiques et environnementales », avait pour objectif d’évaluer l’intérêt de l’ajout d’une culture de pois protéagineux sur la réduction du besoin d’engrais azotés et sur la réduction des émissions de protoxyde d’azote, gaz à effet de serre à fort pouvoir réchauffant.
Ce projet a montré l’intérêt du pois protéagineux dans les rotations des cultures dans les grandes plaines comme celle de Beauce. Au lieu de cultiver uniquement des successions colza-blé-orge, on rajoute le pois dans la série. Le pois protéagineux est une source de protéines qui remplace le soja dans les aliments du bétail. Cette légumineuse capte l’azote de l’air et le stocke dans le sol, ce qui permet d’économiser des engrais nitratés.
Si les résultats sont positifs ou négatifs en termes de gain de marges à l’hectare selon les régions (Beauce, Bourgogne, Lorraine) et le type de succession de cultures (insertion du pois entre deux blés ou devant un colza ou en remplacement de l’orge), le positif l’emporte sur le négatif. C’est-à-dire que les gains sont plus importants que les pertes, a indiqué Anne Schneider, chargée de l’environnement à l’Unip (interprofession des protéagineux). L’Unip était un des partenaires de ce projet avec l’Inra, entre autres. Ces calculs de marges, réalisés sur des bases de prix des céréales, oléoprotéagineux et engrais azotés avant 2010, sont encore plus favorables sur la période 2011/2012, du fait de la hausse des prix. Les marges ont été augmentées par l’insertion du pois dans les séries, du fait de la réduction des engrais épandus, mais aussi du fait de l’accroissement du rendement du blé ou du colza suivant dans la rotation, a précisé Anne Schneider.

La biodiversité des prairies peut élever la qualité des fromages

Mais outre cet aspect économique globalement favorable, l’azote atmosphérique capté par cette légumineuse qu’est le pois protéagineux ne génère pas de protoxyde d’azote, puissant gaz à effet de serre (GES) qui émane de l’engrais azoté. Un avantage environnemental qui pourra bientôt maintenant être rémunéré sur le marché des crédits de gaz à effet de serre. En effet un projet de valorisation des réductions d’émissions au champ de protoxyde d’azote, couramment émis par les engrais azotés, est mûr, a ajouté Anne Schneider.
Un autre programme du Casdar, intitulé « Les prairies permanentes françaises au cœur d’enjeux agricoles et environnementaux », a montré le lien entre la diversité des prairies permanentes et la valeur nutritive de l’herbe pour les ruminants. Et entre la proportion de légumineuses dans les prairies et la digestibilité de l’herbe.
Un autre, intitulé « Valorisation de la diversité des prairies au sein des systèmes fourragers : une approche appliquée pour les territoires AOP du Massif Central », a dégagé de nouvelles connaissances sur les interactions entre le type de prairie, le mode de pâturage et la qualité des fromages d’appellation fabriqués. Il a ainsi permis de conforter les liens entre ces productions fromagères et leurs terroirs.
Comme on le voit, les pratiques favorables à la production, à la qualité et à l’environnement ne manquent pas. Le tout c’est de persuader les agriculteurs de les employer. Or, plusieurs rapporteurs de ces travaux ont fait remarquer que parfois les protocoles sont « trop marqués R&D, et pas assez adaptés aux pratiques de l’exploitation ».

 

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