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Huile de palme/Durabilité Des progrès insuffisants pour une huile de palme durable

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Si aujourd’hui 40 % de l’huile de palme utilisée par les fabricants membres de la Table Ronde pour la production d’huile de palme durable (RSPO en anglais) (1) est certifiée « durable », seuls 8 % de l’huile de palme commercialisée par les traders est certifiée. Ce constat amer du World Wild Fund (WWF) – pourtant membre actif de la RSPO – illustre les progrès considérables que doit encore fournir l’industrie pour respecter ses engagements pris dans le cadre de cette organisation internationale qui vient de célébrer à Singapour son dixième anniversaire (30 octobre-1er novembre). L’huile de palme, montrée du doigt par les ONG en raison de ses effets néfastes sur la santé et surtout sur l’environnement, est toujours aussi présente dans nos produits alimentaires malgré les tentatives de certains industriels de l’agroalimentaire de s’en passer.

Présente dans de nombreux produits alimentaires que nous consommons tous les jours (biscuits, pâtisseries, margarines, huiles de friture, pâtes à tartiner, céréales, mayonnaise en tube..), l’huile de palme est accusée de tous les maux : néfaste à la santé (très riche en acides gras saturés qui s’agglutineraient dans les artères et favoriseraient le cholestérol), pas d’étiquetage clair sur les emballages des produits (souvent déguisée sous l’appellation plus positive de « huile végétale »), elle porterait une lourde responsabilité dans l’origine de la déforestation de l’Indonésie et participerait au saccage de la biodiversité dans les pays producteurs. En réponse aux pressions des ONG pour une huile de palme produite de manière durable, la Table ronde pour la production d’huile de palme durable (RSPO) a été créée en 2004 avec l’objectif de promouvoir la croissance et l’utilisation de l’huile de palme durable par le biais de normes mondiales crédibles et l’engagement des parties prenantes (producteurs, transformateurs, industries utilisatrices et ONG). La Table ronde s’est dotée en 2005 de huit principes et d’une quarantaine de critères faisant référence au développement durable (engagement de transparence, respect des lois, responsabilité environnementale, respect des employés et des communautés autochtones, engagement pour un développement économique à long terme, etc.). La RSPO regrouperait aujourd’hui plus de 900 organisations membres ou associées dont une grande majorité d’entreprise représentant plus de 40 % du secteur de l’huile de palme mondiale (producteurs, triturateurs, transformateurs, négociants, industries agroalimentaires, distributeurs et banquiers) et plusieurs ONG (les États en sont absents).

Des résultats plus que modestes

À ce jour, quelque 7,2 millions de tonnes d’huile de palme produites ont pu être certifiées selon les normes et critères « RSPO », soit plus de 14% de la production mondiale d’huile de palme. WWF considère que ce résultat encourageant « ne doit cependant pas faire oublier qu’il est important que les acheteurs d’huile de palme récompensent les efforts mis en place depuis 2007 par les producteurs en achetant concrètement d’huile de palme certifiée ». En effet, si aujourd’hui 40% de l’huile de palme utilisée par les fabricants de la RSPO sont certifiés, seuls 8% de l’huile de palme commercialisée par les traders sont certifiée », déplore l’organisation écologiste. Ces maigres résultats ne sont pas niés par l’industrie de la margarine. « Nous nous efforçons de réunir le plus possible d’acteurs dans cette initiative et ce n’est pas juste un producteur de margarine dans son coin qui va pouvoir changer la donne. Ce sont tous les maillons de la chaîne – producteurs, industriels, grande distribution, etc. – qui doivent s’engager dans l’initiative et alors nous serions en mesure de faire bouger les choses dans le bon sens », nous a indiqué Clémence Robin, porte-parole de IMACE (Association internationale des pays producteurs de margarine). Elle a toutefois précisé « qu’il faudrait également que la demande pour de l’huile de palme durable soit là aussi » pour faire bouger les lignes. Celle-ci s’est appliquée à énumérer les quelques initiatives timides prises par l’un ou l’autre pays ou organisation européenne. Ainsi le Royaume-Uni, sous l’égide du ministère de l’environnement et de l’alimentation a signé une « charte d’engagement national » à la fin du mois d’octobre avec l’ambition déclarée de s’approvisionner à 100% d’huile de palme durable d’ici 2015. Reste à savoir si les industries britanniques vont suivre le mouvement. L’Allemagne a organisé en 2010 une conférence pour le lancement d’un Forum, sous l’impulsion de la GIZ (Association pour la coopération au développement) et serait actuellement en train de finaliser sa propre charte d’engagement dans laquelle elle souhaiterait impliquer le plus grand nombre d’entreprises. En Belgique, l’Alliance belge pour l’huile de palme durable a été lancée en janvier 2012, à la suite de la Dutch Taskforce (Pays-Bas). En France, prochainement, une conférence sera organisée par le Fonds français pour l’alimentation et la santé (émanation de l’industrie alimentaire française), le 21 novembre à Paris, pour faire le point sur la problématique de l’huile de palme.

Large spectre dans les positions des ONG et des entreprises...

Si l’objectif affiché de cette Table ronde est de moraliser la filière de l’huile de palme, d’aucuns estiment que l’initiative « RSPO » permet surtout aux entreprises de sécuriser leur activité face aux pressions de plus en plus insistantes des lobbies pro-environnementaux. Les positions des ONG vont de l’adhésion pleine et entière à l’initiative RSPO en accompagnant les entreprises dans leurs démarches de certification (comme le WWF) jusqu’au refus catégorique de la consommation d’huile de palme, « même certifiée durable ». Les ONG les plus critiques (notamment Greenpeace) dénoncent d’abord les limites des dispositifs du RSPO où par exemple l’adhésion des entreprises s’effectue sur une base volontaire et sans obligation de certification. Si ce système offre certes une garantie contre le déboisement des forêts primaires, il ne fait en revanche que « conseiller », sans l’imposer, « d’éviter la destruction des forêts secondaires ». Un système qui ne remet pas en cause par ailleurs le modèle agricole de monoculture d’exportation et ses effets socio-économiques destructeurs. D’autres ONG se montrent en totale opposition à la RSPO car pour elles « rien de bon ne peut sortir de telles tables rondes, avant tout orientées vers les intérêts des entreprises industrielles ». Un groupe d’ONG a d’ailleurs fait circuler en octobre dernier une pétition réclamant du Parlement européen de proposer « un moratoire sur les importations d’huile de palme en Europe ».
Du côté des entreprises, les avis ne sont pas moins divers sur l’intérêt de s’asseoir ou non à la Table ronde. Les plus impliquées seraient les multinationales de l’agroalimentaire (comme Unilever, Nestlé, Carrefour et Kraft, entre autres) qui se sont engagées de ne plus s’approvisionner qu’en huile de palme durable d’ici 2015. D’autres comme Findus sont allés jusqu’à retirer totalement cette graisse végétale de leurs rayons. Plus radicales, certaines enseignes, comme Casino, sont allées jusqu’à inscrire sur leurs étiquettes : « ne contient pas d’huile de palme », comme s’il s’agissait d’un produit dont l’impact sur la santé serait incertain.

(1)RSPO est une association internationale qui réunit des intervenants de sept secteurs de l'industrie de l'huile de palme (producteurs, transformateurs, commerçants, industries alimentaires, banques, ONG environnementales et les ONG de développement).
Elle s'efforce d'élaborer et de mettre en œuvre des normes mondiales pour l'huile de palme durable. Le siège est à Zurich (Suisse) et le secrétariat à Djakarta (Indonésie) et à Kuala Lumpur (Malaisie). Une antenne de communication existe à Bruxelles.

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