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Phytosanitaires Deux néonicotinoïdes suspectés de toxicité pour le système nerveux humain

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Après les abeilles, les humains : selon un avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments publié le 17 décembre, deux néonicotinoïdes, l'acétamipride et l'imidaclopride, auraient des effets neurotoxiques chez l'homme. Il est recommandé à la Commission de Bruxelles d'abaisser les niveaux recommandés d'exposition acceptable pour ces deux substances.

L'ACÉTAMIPRIDE et l'imidaclopride, deux insecticides néonicotinoïdes, peuvent avoir une incidence sur le développement du système nerveux humain, alerte l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans un avis publié le 17 décembre. Ces molécules « peuvent affecter de façon défavorable le développement des neurones et des structures cérébrales associées à des fonctions telles que l'apprentissage et la mémoire », soulignent les experts de l'Efsa. Il est donc recommandé à la Commission européenne d'abaisser les niveaux actuels d'exposition acceptable à l'acétamipride commercialisé par le japonais Nisso Chemical et à l'imidaclopride de Bayer qui « pourraient ne pas constituer une protection suffisante pour éviter toute neurotoxicité ».

Pour l'acétamipride, les valeurs actuelles de la dose journalière acceptable (DJA) et du niveau acceptable d'exposition de l'opérateur (NAEO) de 0,07 mg/kg/jour et de la dose de référence aiguë (ARfD) de 0,1 mg/kg devraient être abaissées à 0,025 mg/kg (par jour), propose l'Efsa. Pour l'imidaclopride, les valeurs actuelles du NAEO et de l'ARfD de 0,08 mg/kg/jour devraient être abaissées à 0,06 mg/kg/jour. Par contre, la valeur actuelle de la DJA pour l'imidaclopride est considérée comme constituant une protection adéquate contre d'éventuels effets neurotoxiques, précise l'Efsa. La Commission européenne attend désormais une réponse de la part des deux entreprises commercialisant ces molécules et ces nouvelles données seront étudiées par les experts nationaux lors du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale les 18 et 19 mars.

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Des tests obligatoires pour les néonicotinoïdes

De manière plus générale, l'Efsa suggère que des études de neurotoxicité développementale soient rendues obligatoires dans le cadre du processus d'autorisation des néonicotinoïdes dans l'UE. Une stratégie par étapes est proposée : essais de laboratoire sur des cellules dans un premier temps, suivis par des tests sur l'animal si les résultats initiaux suscitent des préoccupations. L'imidaclopride fait déjà partie des trois insecticides néonicotinoïdes interdits d'usage pour deux ans dans l'UE en raison de leur impact potentiel sur la santé des abeilles (voir encadré).

Abeilles : Greenpeace veut défendre la Commission contre Bayer et Syngenta

GREENPEACE et quatre autres organisations environnementales (Pesticides Action Network Europe, ClientEarth, Buglife et SumOfUs) ont annoncé avoir demandé à la Cour de Justice de l'UE (CJUE) de pouvoir être partie dans la défense contre les actions engagées par les groupe Bayer et Syngenta pour faire annuler l'interdiction d'usage dans l'UE des trois insecticides néonicotinoïdes Imidaclopride, thiamethoxame et clothianidine. Syngenta commercialise le thiamethoxame et Bayer les deux autres. Les deux groupes contestent la décision de la Commission européenne de restreindre pendant deux ans à compter du 1er décembre 2013 l'utilisation de ces molécules accusées de nuire à la santé des abeilles. Mais précise Greenpeace, « les actions engagées par Bayer et Syngenta ne visent pas seulement à faire annuler le moratoire, mais cherchent également à obtenir une décision contre le principe de précaution ». En parallèle de cette action, Greenpeace a publié une étude montrant que le liquide exsudé par les feuilles plantes dont les graines ont été traitées avec certains néonicotinoïdes contient des concentrations très élevées de pesticides pouvant égaler ou dépasser les concentrations recommandées pour traiter les plantes par pulvérisation. Ces résultats suggèrent que le fluide de guttation pourrait poser un risque de toxicité grave pour les abeilles, souligne l'ONG.