Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA, voulait se rendre compte par lui-même des dégâts causés par la tempête Klaus du 24 janvier. « On ne défend bien un dossier que si l’on va sur le terrain », a-t-il répété le 28 janvier, lors de son déplacement dans le département des Landes. Il a pu constater les stigmates que cette tempête a laissés sur l’agriculture et le paysage. « On dirait que c’est la guerre », a répété le leader de la FNSEA. Les premières évaluations font état de 30 à 50 millions d’euros de pertes pour l’agriculture du département. La filière avicole sous IGP, fleuron du département, paie un lourd tribu.
«Et en plus il pleut ! », lance Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA en déplacement le 28 janvier dans le département des Landes. Comme si les vents violents de la tempête Klaus qui a durement frappé le département ne suffisaient pas, la pluie tombe sans discontinuer. « On ne défend bien un dossier que si l’on va sur le terrain », affirme le syndicaliste. « J’ai besoin de me rendre compte par moi-même pour convaincre après, à Paris », confiait-il au départ d’un court périple dans les Landes.
Désolation
À Ychoix, petit village situé à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux, « la gadoue est partout », constate Jean-Michel Lemétayer. Mais, pire que cette pluie glaçante, ce sont ces paysages de désolation. « On dirait que c’est la guerre ! », s’exclame-t-il face à un bric-à-brac de tôles ondulées, projetées par la tempête à plusieurs mètres de leur lieu d’origine dans le champ de Mado et Jean-Luc Charier. C’est ce qui reste des « marensines » ou petits bâtiments mobiles d’environ 60 m 2 servant d’abris pour les poulets jaunes des Landes élevés en liberté. Sur 17 structures abritant près de 18 000 volatiles, 9 ont été littéralement soufflées par la tempête. Quelque 11 000 poulets ont été retrouvés morts dans ce Gaec. La faute à cette tempête particulièrement violente qui a dévasté le département du petit matin jusqu’à 13 h de l’après-midi. « C’était spectaculaire », résume Jean-Luc Charier qui a déjà vécu la tempête de 1999.
Redémarrer la production
Heureusement, aucune des « marensines » était sous les pins. Sinon les dégâts estimés à 30 000 euros pour le Gaec, auraient été nettement supérieurs. « Des pins qui en 1999 s’étaient abattus et avaient bloqué l’accès à sa maison », se rappelle-t-il. « Pour des raisons de sécurité, on n’a plus de pins autour de notre habitation », raconte Mado Charier qui ne croyait pas revivre une telle expérience. « Le pire est que nos poulets devaient partir de l’exploitation et être vendus dans seulement quelques semaines », explique-t-elle Tout l’enjeu est de « redémarrer l’élevage ». Mais les constructeurs de bâtiments ne pourront pas faire face à la demande, craint Jean-Luc Charier.
Apocalypse
En traversant la forêt des Landes de Gascogne pour atteindre le village de Capbœuf, on plonge dans un paysage d’apocalypse. « On voit le ciel là où avant il n’y avait que le faîte des arbres », constate Jean-Luc Capes. « Il y a des milliers d’heures de boulots pour récupérer le bois s’il est récupérable », commente un Jean-Michel Lemétayer très impressionné alors que la voiture s’avance sur une route bordée d’énormes souches d’arbres et de troncs éparpillés dans tous les sens. Certaines maisons dans la forêt ont comme par miracle échappé à la chute d’arbres. D’autres sont moins chanceux, comme ce Bordelais qui avait posé deux mobil-homes sur un terrain pour les vacances, raconte Jean-Luc Capes. Ils ont été écrasés par des troncs de pins cassés en deux à quelques mètres du sol.
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Pour l’heure, il s’agit d’estimer les dégâts sur le département. Le premier problème que l’on a dû affronter est celui de la communication avec les lignes téléphoniques coupées, témoigne Jean-Luc Capes. Il est resté injoignable pendant deux jours, raconte Jean-Michel Lemétayer.
Un lourd tribu
La filière avicole, véritable fleuron de l’agriculture landaise avec l’IGP volailles fermières des Landes et l’IGP foie gras du Sud-Ouest, paie un lourd tribu à la tempête. 30 % de l’outil de production en volailles est détruit, estime Jean-Luc Capes. 400 000 volailles sont mortes. 2 000 éleveurs subissent des pertes directes sur leurs exploitations. Mais, au-delà de l’élevage de volailles, les dégâts sont également importants dans les élevages bovins ainsi que dans les exploitations spécialisées (serristes, vergers notamment les productions de kiwis, carottes, asperges…). Les pertes pour l’agriculture landaise sont évaluées entre 30 à 50 millions d’euros. Michel Prugue, président de l’INAO, estime qu’ « à l’échelon du groupement environ 15 % de la production est touchée ». « Nous avons réussi à appeler 40 % des éleveurs du groupement jusqu’ici », explique-t-il.
Garder le moral
Quatre jours après la tempête, il était encore difficile de faire des estimations fiables. La première urgence était de rendre accessibles les routes en déblayant les arbres déracinés, de fournir en générateur et en groupes électrogènes les exploitants privés d’électricité, de s’occuper des personnes isolées dans la campagne, raconte Jean-Luc Capes. Déjà 17 groupes électrogènes ont été acheminés de Poitou-Charente à des exploitations landaises, 24 heures après la tempête, témoigne Gérard Mutolo, directeur de la FRSEA Aquitaine. Preuve de l’important mouvement de solidarité qui s’est mis en place. Mais, tous les agriculteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Si certains agriculteurs s’en sortent bien et vont essayer de « repartir » rapidement, pour d’autres ce sera plus long. « Ce temps de non-production, c’est du revenu sec qui disparaît » résume Jean-Michel Lemétayer. « Le plus important c’est encore de soutenir le moral des gens dans la durée », a-t-il conclu.