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Élevage bovin Distorsion de concurrence avec l’Allemagne, la filière bovine passée au crible

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Après le porc, l’Institut de l’élevage s’est intéressé au bovin sous l’angle de la distorsion de concurrence avec l’Allemagne. La sous-rémunération de la main d’œuvre des abattoirs allemand entraîne un gain pour ces derniers de 0,07€ à 0,09€/kg équivalent carcasse. Elle est la distorsion majeure du secteur.

Equarrissage, lutte contre les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), photovoltaïque et sous-rémunération de la main d’œuvre sont les trois grands facteurs de discrimination, en élevage bovin, entre l’Allemagne et la France. Le département économie de l’Institut de l’élevage a effectivement cherché à « identifier les facteurs d’ordre réglementaire, fiscal, politique ou économique qui pourraient être à l’origine d’un avantage pour la filière allemande ». Les résultats ont été rendus publics le 22 février. Ainsi, en France, la totalité du coût de l’équarrissage « est supportée par la filière (éleveurs : 14,6% ; abatteurs : 85,4%) », explique l’Institut de l’élevage. En Allemagne, les Länder financent ce service à hauteur de 50 à 66%. Aussi, « l’écart entre la part payée en Allemagne par les éleveurs et en France par la filière varie de 1 à 3 jusqu’à 1 à 5 selon les régions et Länder étudiés », relève l’Institut. Concernant la lutte contre les EST, « la France applique une réglementation plus stricte que la moyenne, essentiellement en ce qui concerne la sécurisation des graisses de ruminants destinées à l’alimentation humaine et animale. »

La sous-rémunération de la main d’œuvre des abattoirs

De plus, le photovoltaïque, présent sur la majorité des bâtiments d’élevage en Allemagne est « un complément de revenu important », remarque l’Institut de l’élevage. Mais « la véritable distorsion dans le secteur de la viande bovine provient de la sous-rémunération de la main d’œuvre dans les abattoirs allemands. Sachant que la rémunération de la main-d’œuvre est le premier poste de charge dans les coûts d’abattage et de découpe, cette situation favorise fortement les entreprises allemandes. Selon le Nahrung-Genuss-Gaststätten (NGG), syndicat allemand des salariés des industries agroalimentaires, l’industrie de la viande aurait perdu entre 10 000 et 15 000 emplois sous contrats de droit allemand depuis 2004 au profit d’une main d’œuvre d’Europe de l’Est. Toujours d’après ce syndicat, « environ 60% de la main d’œuvre actuelle serait d’origine hongroise, tchèque ou polonaise et sous contrat de prestation de service, employée par des sociétés est-européennes rémunérant ces ouvriers à des niveaux très bas (de 7,50€ à 10€ par heure, coût rendu employeur) », annonce l’Institut de l’élevage. Et cette sous-rémunération représenterait une économie de 0,09€/kg équivalent carcasse avec un coût horaire de 7€50. En reprenant le chiffre d’un coût horaire de 12€, avancé par les industriels allemands lors de l’assemblée générale du Syndicat national des industriels de la viande, le 5 octobre, le gain s’élève tout de même à 0,07€/kg équivalent carcasse.

La méthanisation concurrence l’élevage bovin

L’Institut de l’élevage a également étudié des facteurs qui auraient pu entraîner une discrimination mais qui se sont révélés, après estimation, neutres voire handicapantes. Par exemple, si la méthanisation contribue à une sécurisation du revenu, elle entrave le développement de l’élevage bovin car les surfaces en prairies permanentes reculent, le prix du foncier double… Il s’agit d’une « véritable concurrence à la production laitière et encore plus à l’engraissement de jeunes bovins », constate l’Institut de l’élevage. Le mode de succession de l’exploitation, s’il permet à celui qui s’installe d’investir rapidement et de s’agrandir a, malgré tout, un coût non négligeable : celui de la prise en charge des parents (coût de pension de 300 à 1 400€/mois). Par contre, le repreneur ne s’endette pas envers ses frères et sœurs et le parcellaire reste uni. Le régime fiscal allemand vis-à-vis de la TVA représente un gain fiscal de 0 à 4€/t de lait, selon les estimations de l’Institut de l’élevage, « mais aucun avantage, voire un coût pour les engraisseurs de bovins spécialisés. »

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