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Commerce international Distorsions de positions à l’OMC entre industriels de la viande

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A Bruxelles, l’industrie transformatrice de viande prône une « libéralisation ciblée » du marché des matières premières pour répondre à ses besoins en approvisionnement. Une position à contre-pied du discours des industriels français, notamment ceux de la charcuterie regroupés au sein de la Fict. Ils réclament le maintien d’un système de protection aux frontières afin de pérenniser la production bovine européenne et la sécurité alimentaire.

Entre Paris et Bruxelles, l’industrie de la viande européenne fait le grand écart. Face aux négociations à l’OMC sur la libéralisation du commerce mondial, elle se divise entre les partisans d’une ouverture accélérée des frontières de l’Union aux matières premières importées, du bœuf brésilien et argentin essentiellement, et les tenants du maintien des barrières douanières.

Viande prête à l’emploi

A Bruxelles, les « latins » ont perdu les commandes : les pays du Nord et de l’Est ont réussi à mettre en minorité l’Europe du sud dans sa position plus protectionniste. Les Néerlandais et les Danois, soutenus par les nouveaux Etats membres, avides de matière première pour faire tourner leurs usines, défendent l’ouverture accrue des frontières européennes, explique-t-on au Clitravi, le Centre de liaison des industries transformatrices de viande.

« Notre intérêt est d’avoir accès à une matière première qui corresponde à nos besoins en termes de volume et de présentation, des quartiers arrière vendus en blocs de viande prêts à l’emploi », argue-t-on au siège de l’association. L’importation de viande bovine de moyenne gamme doit permettre de répondre au déclin de la consommation de viande fraîche et au vieillissement de la population. Ces deux facteurs donnent de bonnes perspectives pour le marché des saucisses, des hamburgers et des plats préparés, défend le Clitravi. La croissance du secteur pourrait être mise à mal par le manque de matière première, dû notamment à la réduction du cheptel de vaches laitières.

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Concurrence loyale

« Il est indispensable d’avoir une bonne base de production nationale et européenne pour répondre aux besoins de l’industrie en matière de qualité et de sécurité », rétorque Robert Volut, le président de la FICT (Fédération des industries de charcuterie-traiteur). S’il n’est pas opposé à la mise en concurrence de ses fournisseurs avec les producteurs des pays tiers, elle doit se faire « de façon loyale, avec les mêmes règles du jeu», défend M. Volut.

L’industriel français craint que la filière ne soit balayée par un accord tel qu’il est actuellement négocié à l’OMC. Et le chiffre avancé par certains producteurs de 600 000 emplois menacés dans la filière par les concessions de la Commission européenne ne lui semble pas extravagant. Au Clitravi, l’estimation est jugée excessive : elle prendrait en compte le résultat d’une restructuration en cours du secteur de l’abattage-découpe plutôt que ne chiffrerait les conséquences d’un accord à l’OMC.

Délocalisation complète

En tout état de cause, le lobby européen estime qu’il vaut mieux maintenir la transformation et donc la valeur ajoutée en Europe plutôt que de défendre l’amont agricole. Alors que pour la plupart des industriels français, il n’existe pas de transformation forte sans production agricole solide, la disparition de la transformation étant perçue comme un premier pas vers une délocalisation complète de la filière. Cette position française s’explique sans doute par une orientation vers des produits à forte valeur ajoutée.