La Fédération nationale du bois s'est targuée, le 19 juillet, de la signature d’un manifeste par dix syndicats appelant à sauver la filière forêt bois française. Le texte demande la fin du « dumping réglementaire » par les exportateurs de grumes et le déploiement de leviers fiscaux pour soutenir les investissements dans l’outil industriel français.
Le manifeste pour la sauvegarde de la filière forêt-bois française, lancé par la Fédération nationale du bois (FNB), a été signé par dix syndicats professionnels (pépiniéristes, producteurs de granules de bois, fabricants de palettes…), le 19 juillet. Ces derniers appellent à l’application par les services de l’État de « l’interdiction de traitement chimique par pulvérisation de cyperméthrine, en forêt, sur les bords des chemins, des grumes de chêne destinées à l’exportation. » L’objectif est de contenir les exportations. Selon la FNB, « en 2014, 30 % du chêne français brut a été exporté en Chine contre seulement 5 % en 2007 ».
Disparition des scieries
Le directeur général de l’organisation Nicolas Douzain-Didier estime que la pénurie de grumes est responsable de l’érosion du nombre d’usines de première transformation. « Il se ferme une scierie par semaine depuis sept ans », estime-t-il. Les plus petites unités sont les premières concernées. Il y a, comme en élevage, une concentration des outils de transformation à moyen-long terme. Mais dans l’immédiat, la FNB rappelle que les plus grandes scieries de chênes ont plus de mal à s’approvisionner. « Elles ont besoin de gros volumes. C’est plus difficile à trouver que des petits volumes pour les petites scieries. Certaines entreprises du Centre ou de la Bourgogne doivent imposer les départs anticipés en vacances, c’est du chômage technique », alerte Nicolas Douzain-Didier.
Doublement du contrat ONF-FNB
À court terme, la FNB et l’ONF (Office national des forêts) sont en train de discuter d’un contrat sur des chênes de qualité secondaire, « celui qui est exporté notamment », précise Nicolas Douzain-Didier. En 2016-2017, il porterait sur 100 000 mètres cubes. Les années précédentes, il portait sur 50 000 mètres cubes. Ces volumes « réservés » pour les scieries et l’industrie française doivent permettre de redonner de la visibilité à la filière.
Encourager l’investissement
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Pour la FNB, la filière doit investir pour transformer localement les nombreuses essences d’arbres du pays. « Nous devons construire des usines pour produire davantage de bois technique », explique le directeur de la FNB. Ce bois technique, le bois lamellé-collé notamment, est utilisé entre autres dans la construction (lire l’encadré). Mais pour l’heure, Fransylva (forestiers privés) estime qu’il est principalement importé d’Allemagne.
Pour financer les investissements nécessaires, la FNB propose de déployer de nouveaux leviers fiscaux. Il s’agit tout particulièrement de la provision pour investissement pour les entreprises de la filière. Nicolas Douzain-Didier rappelle que la profession la demande depuis longtemps. « À Bercy, ça coince. Ils disent qu’ils craignent que la demande se généralise ». Pourtant, cela permettrait d’inciter à investir dans les usines, déplore le directeur de la FNB.
Nicolas Douzain-Didier : « Il se ferme une scierie par semaine depuis sept ans »
Les forestiers privés veulent renforcer la place du bois dans la construction
« Il faut renforcer la prescription du bois aux porteurs de projets », a déclaré Antoine d’Amécourt, président de Fransylva (forestiers privés de France), lors d’une conférence de presse à Paris, le 19 juillet. Fransylva et France Bois Régions (réseau interprofessionnel forêt bois en région) entendent relancer la filière du bois dans la construction. Selon les derniers chiffres de l’enquête nationale de la construction bois (2014), par exemple, le nombre de mises en chantier de maisons individuelles en bois a chuté de 28 % entre 2012 et 2014. Pour remédier à cette érosion, la filière veut renforcer ses relations avec les élus et les maîtres d’ouvrage. « Il faut les convaincre d’utiliser du bois pour la construction », poursuit Antoine d’Amécourt.