Le premier contact du Premier ministre Dominique de Villepin avec le monde agricole a été concluant. Il est vrai que ce baptême du feu agricole avait été quelque peu balisé. C’est dans le cadre de la 19e édition du Space à Rennes, présidé par Jean-Michel Lemétayer – aussi président de la FNSEA –, que le Premier ministre s’est exprimé. En digne héritier de Jacques Chirac, il a arpenté les allées du salon souriant et bronzé aux contacts des éleveurs et... de leurs bêtes. Et surtout, il n’est pas arrivé les mains vides à Rennes. Le chef de gouvernement a fait quelques annonces centrées sur l’allégement des charges et le développement de l’énergie verte (biocarburants) en engageant le soutien de l’Etat. Mais il a surtout voulu rassurer les agriculteurs. « La France a besoin de vous », a-t-il souligné en préambule avant d’affirmer que l’agriculture « est un enjeu stratégique pour demain ». Le souhait du chef de gouvernement de « tracer un chemin nouveau pour l’agriculture française » s’est limité, dans son discours, à ne rien lâcher à l’OMC en décembre et à promouvoir une agriculture « efficace et plus performante ». Cette intervention très attendue du 13 septembre a été globalement bien accueillie par l’auditoire agricole présent. La FNSEA en tête s’est félicitée de «l’ambition» affichée du Premier ministre et des annonces sur la baisse des charges. Les Jeunes agriculteurs se sont montrés plus sévères, avouant leur «scepticisme» sur ce dernier volet. Mais, en tout état de cause, l’examen de passage du Premier ministre a été réussi auprès des responsables agricoles. La date fatidique de fin septembre, où la FNSEA devait décider en conseil fédéral de l’organisation ou non d’actions syndicales contre le gouvernement ne semble être qu’un lointain souvenir. Reste à savoir si le Premier ministre a été entendu... dans les campagnes.
C’est à la « chiraquienne » que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, a visité au pas de charge la 19e édition du Space qui s’est tenue à Rennes du 13 au 16 septembre. Il devait en effet remplacer le président Chirac à New York pour le soixantième anniversaire de l’ONU. Ce qui lui laissait peu de temps pour cette prise de contact avec les réalités agricoles.
Visiblement détendu, souriant et bronzé, il n’a pas ménagé les poignées de main, voire la bise aux femmes sous le charme sans oublier l’accolade aux vaches assortie d’un « bravo ! » à destination de leur propriétaire. Malgré le climat morose dans le monde agricole, ce premier contact du chef du gouvernement s’est réalisé sans encombre. Interpellé au long du parcours par quelques agriculteurs inquiets quant à leur situation, il a lancé un « on se bat, vous savez ! » sans rentrer dans plus de détails. L’accord sur le prix du lait obtenu à l’arraché au ministère de l’Agriculture à Paris à quelques minutes de l’intervention du Premier ministre, le 13 septembre, a ajouté du crédit à cette première prise de parole du chef de gouvernement devant un parterre agricole attentif mais peu démonstratif. La faute peut-être à la chaleur suffocante.
« La France a besoin de vous »
Pourtant le chef du gouvernement n’a pas ménagé sa peine pour expliquer aux agriculteurs que l’État ne les laisserait pas tomber. « La France a besoin de vous », a souligné le Premier ministre évoquant « l’identité de notre pays » et le « dynamisme économique » qu’incarnent les agriculteurs. Mieux, « l’agriculture est un enjeu stratégique pour demain », a-t-il déclaré. Pourtant, son souhait de « tracer un chemin nouveau pour l’agriculture » qui possède des « atouts puissants et modernes » n’a pas trouvé de réels échos dans son discours. Les réponses quant à l’incertitude sur l’avenir et le besoin de perspectives que le monde agricole réclame depuis des mois restent vagues. Tout au plus a-t-on appris que le gouvernement souhaite « construire une agriculture plus efficace et performante ».
OMC : « des lignes rouges » infranchissables
Sur le fond, le Premier ministre souligne que le « gouvernement a mis en place une véritable dynamique de négociation » pour défendre la Pac au niveau international. Le Premier ministre estime que le découplage des aides
permettra à l’Europe d’aborder les négociations à l’OMC en décembre dans « une position plus forte ». Il a assuré que durant ces négociations « des lignes rouges » ne devront pas être franchies. « L’Europe ne renoncera à ses aides à l’exportation que si les autres pays font de même et en apportent la preuve », souligne Dominique de Villepin. Quant à la question de l’accès au marché et des produits sensibles, « nous veillerons au strict respect du mandat de la Commission européenne ».
Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, en bras de chemise, a insisté dans son intervention sur la « préférence européenne (protection des frontières et accès aux marchés : ndlr) qui est le seul garant de notre modèle économique et social. Ce n’est pas l’expérience du textile qui me démentira ». Au passage, il en a profité pour plaider pour une politique agricole européenne « ambitieuse», « c’est-à-dire autre chose qu’un mariage transgénique entre la bureaucratie et le libéralisme». L’objectif pour la FNSEA est de limiter « les conséquences de la réforme de la Pac» de 2003 sur l’agriculture française.
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Baisser les charges des exploitations
Sur le plan national, le Premier ministre a donné trois directions : la simplification administrative, la modernisation du statut des exploitations et la garantie de revenu des agriculteurs. Au chapitre de la simplification administrative, Dominique Bussereau, le ministre de l’Agriculture, est largement mis à contribution. Il doit proposer avant décembre « la suppression d’une dizaine de procédures qui compliquent la vie des agriculteurs» et « piloter une étude détaillée » sur les distorsions de concurrence au sein de l’Union européenne. Au sujet de la modernisation du statut des exploitations, le Premier ministre a annoncé « la suppression de la cotisation de solidarité pour les associés non exploitants ».
Sur le dossier très attendu de la baisse des charges qui constituait un point incontournable pour la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer a enfoncé le clou lors de son intervention. « Les agriculteurs attendent des mesures concrètes, tangibles et rapides de compensation ». « Tout doit être mis en œuvre pour soutenir la compétitivité des exploitations agricoles», a-t-il répété. Dominique de Villepin a entendu le message. Il a fait une série d’annonces : baisse de 20 % de la taxe sur le foncier non bâti ; allègement des charges liées à la hausse du coût de l’énergie pour la ferme France à hauteur de 30 millions d’euros. (Cf encadré). Cette hausse du coût de l’énergie est évaluée à 700 millions d’euros pour l’année 2005 par la FNSEA. Autre annonce du Premier ministre, « le plan de modernisation environnementale des équipements dans le secteur végétal » à hauteur de 20 millions d’euros dès 2006.
Les interprofessions : « une priorité et une urgence »
Le sujet de la loi d’orientation agricole a logiquement été évoqué, notamment sur son volet concernant les interprofessions. Pour le président de la FNSEA, la profession agricole « peut et doit» assumer ses responsabilités en développant une politique de filières reposant sur « des interprofessions solides, réactives et dynamiques ». Pour atteindre ce but, « l’État doit leur donner les leviers juridiques et financiers qui permettront de renforcer la promotion des produits agricoles et d’accroître leur valeur ajoutée », ajoute le leader syndical. Dominique de Villepin rappelle que « les missions des interprofessions seront étendues, afin de leur permettre d’intervenir dans la gestion des crises conjoncturelles ou de trouver de nouveaux débouchés ». Ces réformes, a expliqué le chef de gouvernement, sont destinées à construire une agriculture forte, « une agriculture qui crée des emplois ». « C’est la priorité de mon gouvernement », a-t-il ajouté. Jean-Michel Lemétayer a insisté sur « les trois millions de personnes qui ont en France un emploi lié directement ou indirectement à l’agriculture : 15 % des emplois de notre pays ».
Un projet énergétique « alternatif »
Préparer l’avenir, « c’est aussi développer de nouveaux débouchés pour l’agriculture », avance le Premier ministre. Son annonce concernant un nouvel appel d’offres de biocarburants et une montée en puissance de leur incorporation a été largement commentée (Cf article). « C’est un premier pas qui doit déboucher sur un plan stratégique qui engage la France dans un vrai projet énergétique alternatif », souligne le président de la FNSEA. En marge du Space, celui-ci insiste sur la nécessaire contractualisation entre les agriculteurs et les industriels pour pérenniser cette production d’énergie verte. Il ne faudrait pas qu’« on se trouve à chercher de l’éthanol au Brésil » si le prix du pétrole venait à baisser. Plus globalement, le chef du gouvernement souhaite encourager la valorisation de la biomasse. Un appel d’offres pour la production de 300 mégawatts d’électricité renouvelable va être lancé a-t- il promis. Des promesses que la profession agricole a plutôt bien accueillies (CF encadré).
« L’ambition » du Premier ministre
Au premier rang des plus satisfaits à l’issue de l’intervention du chef du gouvernement, la FNSEA en la personne de Jean-Michel Lemétayer qui salue « l’ambition» du Premier ministre. Dominique de Villepin pour son baptême du feu agricole, s’est montré volontaire en faisant quelques annonces, mais pas téméraire. Sur le sujet des OGM qui a défrayé la chronique quelques jours avant son intervention, il s’est contenté de réaffirmer la « fidélité au principe de précaution» tout en rappelant qu’il ne fallait pas se priver des « apports du progrès scientifique pour l’agronomie et pour l’alimentation de la planète ». Même timidité sur le sujet de l’environnement pourtant central en Bretagne. « Nous ne pouvons transiger sur l’attente des concitoyens concernant la gestion de l’eau », a-t-il expliqué, en précisant que « les agriculteurs y étaient prêts ». Une manière de ménager les susceptibilités agricoles en évitant les sujets qui fâchent. De ce point de vue, Dominique de Villepin a fait un parcours sans faute.