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Dominique Ladevèze, directeur d'Ecotrophelia France : « Ces trois dernières années, une vingtaine de start-up qui ont vu le jour sont issues d’Ecotrophelia »

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Le prochain concours Ecotrophelia, qui se tient habituellement fin juin à Avignon, a été décalé du 1er au 3 septembre, en raison de la crise sanitaire. Les vingt projets sélectionnés seront comme d'habitude défendus par les étudiants devant un jury composé d'experts et de professionnels. En plus des prix existants, le palmarès s'est enrichi d'un nouveau trophée Innovation Produit de la Pêche française et d'un prix Spécial Entrepreneur du Crédit Agricole Alpes Provence. Dominique Ladevèze, directeur d'Ecotrophelia France, explique pour Agra Alimentation la place qu'occupe ce concours dans l'alimentation de demain et fait un point sur les évenements programmés à l'occasion de la remise du Prix Ecotrophelia Europe, lors du Sial cet automne.

Compte tenu du confinement, comment se sont déroulées les pré-sélections des dossiers qui participeront à la 21e édition du concours Ecotrophelia cette année ?

Comme l’ensemble des industries agroalimentaire qui ont su faire face à la crise, nous nous sommes adaptés à ces mesures exceptionnelles, en faisant preuve d’agilité. Dans un premier temps, nous avons repoussé d’une dizaine de jours en avril la date limite de soumission des dossiers pour laisser un peu plus de temps aux étudiants pour finaliser leurs dossiers. Les universités ayant globalement fermé leurs portes depuis le 1er mars, certains étudiants n’avaient pas pu faire de tests grandeur nature de leurs projets. Ensuite, le comité de pré-sélection s’est tenu le 14 mai, en visioconférence, dans des conditions permettant aux experts de travailler sans problème sur l’analyse de ces dossiers. Vingt projets ont été validés sur les quatre-vingt-cinq déposés au départ, un chiffre stable par rapport aux années précédentes.

Il convient de saluer le travail que les étudiants ont réalisé pour aller jusqu’au bout de leur projet dans des conditions parfois très compliquées. Si la filière agroalimentaire a montré sa capacité d’adaptation pour assurer l’approvisionnement sans rupture pendant la crise, ces vingt projets sont aussi la preuve de la volonté des étudiants d’assurer cette continuité.

Au-delà de la crise, qu’elles sont les nouveautés du concours cette année ?  

Ces 20 dossiers, contre 17 l’an dernier, font partie des très bons millésimes d’Ecotrophelia. C’est aussi la première année que nous comptons 19 établissements d’enseignement supérieur, contre 16 ou 17 auparavant. C’est bien la preuve que c’est devenu un exercice incontournable pour les étudiants et leurs écoles : « The place to be ». Parmi les nouveaux venus, nous accueillons une école de design, un IAE à Nancy et puis UniLasale Beauvais et l’Université de Technologie de Compiègne, des établissements récents, qui font de ce concours un rendez-vous incontournable. Le ralliement de ces écoles de design illustre bien l’interdisciplinarité, qui est l’une des spécificités d’Ecotrophelia, où l’apprentissage par projet entre dans une approche globale. Et certaines écoles ont poussé le bouchon le plus loin possible en associant une école de marketing, une école d’ingénieurs et des compétences complémentaires, comme les écoles de design.

Une autre nouveauté cette année, celle du prix innovation avec la filière pêche pour valoriser les produits de la pêche française, pour lequel nous avons retenu trois projets. L’exercice n’était pas des plus faciles, puisque les contraintes visaient à valoriser des espèces marines qui ne sont pas forcément les plus simples, comme le chinchard, le maquereau ou encore le lieu noir, des poissons qui ne sont pas vraiment haut de gamme et donc plus souvent confrontés à des problèmes de commercialisation. L’intérêt de ce prix est donc de chercher de la valeur ajoutée par de la transformation ou de la mise en service pour le consommateur pour valoriser la pêche française et permettre aux professionnels de reprendre tel ou tel projet. Notre partenariat avec France Filière Pêche a démarré lors du Sial 2018 lors de leur participation au Food hackathon. Et les professionnels de la filière avaient été extrêmement impressionnés par la capacité d’innovations des étudiants toutes écoles confondues.

Et, l’année prochaine, nous devrions annoncer l’arrivée de deux nouvelles interprofessions qui souhaitent participer au concours et avec lesquelles nous sommes actuellement en discussion.

Cette année, vous annoncez également un prix spécial Entrepreneur du Crédit Agricole Alpes Provence. Expliquez-nous ?

Ce prix s’adresse à tous les lauréats. La dynamique nationale du Crédit agricole pour la promotion et l’accompagnement des projets start-up dans tous secteurs d’activité, dont l’alimentaire, est d’offrir au travers des Villages By CA, une incubation aux porteurs de projets. Il y aura un appel à candidature parmi les lauréats du concours pour désigner celui qui pourra bénéficier d’une dotation d’accompagnement dans un village CA. Sachant que nous sommes dans une approche régionale, le projet retenu rejoindra le Village By CA Alpes Provence, The Camp, et pourra bénéficier de toutes les ressources nécessaires à son développement.

Parlez-nous de ces vingt projets. Lesquels à votre avis marquent le plus une rupture avec les projets présentés jusqu’à présent ? 

Les nouveautés portent sur la valorisation de certaines ressources comme la pêche, que nous venons d’évoquer. Ensuite, il y a une volonté de certaines écoles d’orienter leurs étudiants vers des marchés porteurs autour de la nutrition santé. C’est notamment le cas d’Oniris (École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l'alimentation, ndlr) qui porte cette année le projet Luméo et dont les étudiants avaient présenté l’an dernier Lady Culottée Snacking (1). Ce projet a d’ailleurs été retenu par l’incubateur Nestlé à Lausanne. Sinon, globalement, les projets font la part belle toujours aux produits de snacking, aux légumes et aux légumineuses, alors que l’éco-conception fait véritablement partie de l’ADN d’Ecotrophelia.   

En quoi l’arrivée en force du Nutri-Score dans les projets présentés par les étudiants est-il révélateur d’une évolution de l’alimentation ? 

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Ce qui est clair, c’est que ce concours est un peu une caisse de résonnance des problématiques de la filière agroalimentaire et à tous les stades, du process jusqu’au packaging. Que les étudiants ne prennent pas en compte ces évolution incontournables serait, à la limite, une faute.

Pensez-vous que les industriels soient assez réceptifs à toutes ces nouveautés présentées par les participants au concours ? 

L’implication des industriels est réelle et à différents stades. Concrètement, leur intervention est polymorphe, et ça n’est pas forcément parce qu’on ne les voit pas, qu’ils ne sont pas là. Il y a les incontournables, des directeurs de R&D notamment qui sont présents tous les ans et viennent faire leur marché et puis vous avez des professionnels qui entrent en contact a posteriori, mais ne veulent pas être visibles pour des raisons de stratégie et de concurrence. Les écoles reçoivent parfois une problématique de l’entreprise, qui a dans ses tiroirs telles ou telles idées et qui met à disposition des matières premières et des pilotes dans ses usines. Cette année, deux projets sont réalisés en lien avec un industriel, l’un avec Danone, l’autre avec La Vie Claire, respectivement Les Germés et Apéro Choc.

Tous ces groupes ont les infrastructures internes en R&D, mais le fait d’aller chercher un accompagnement dans les écoles est la preuve que ce concours correspond à un besoin évident. D’une manière générale, ces cinq dernières années, nous remarquons de plus en plus le développement de l’implication des industriels dans l’élaboration des projets. Par exemple, tous les projets de ENSCBP Bordeaux INP sont portés par une entreprise. Ces trois dernières années, une vingtaine de start-up qui ont vu le jour sont issues d’Ecotrophelia. Tout ça pour vous dire que nous sommes vraiment un vivier de projets pour les entreprises de l’agroalimentaire et si la participation des établissements est au rendez-vous la dynamique des étudiants a fait ses preuves. 

L’an dernier, la CCI du Vaucluse, partenaire d’origine, avait annoncé son intention de mettre fin à sa participation à Ecotrophelia. Par qui a-t-elle été remplacée ?

Avant tout, il faut souligner que la CCI est partie, mais que le concours se poursuit et même se développe. Concrètement, nous avions créé avec les fédérations alimentaires nationales, un groupement d’intérêt économique européen Ecotrophelia Europe en 2014. Ce GIEE qui regroupe l’Ania, FoodDrinkEurope et des équivalents de l’Ania dans huit fédérations européennes, a accepté de manière transitoire de porter le concours 2020, le temps que les partenaires français trouvent le dispositif ad hoc qui puisse porter désormais le projet sur le moyen et long terme. Tout est en train de s’organiser et nous serons bientôt en mesure d’annoncer un certain nombre de choses. Nous avons lancé un appel à projet pour savoir qui voulait organiser le concours en France pour les deux prochaines années. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 10 juillet. Nous annoncerons en septembre le nom de la structure qui portera le nouveau projet d’ensemble. 

Ce qui est important c’est que, au-delà de la structure administrative, l’ensemble des partenaires du concours continuent d’œuvrer dans une même dynamique. Ce n’est pas parce qu’un des porteurs du projet s’en va que les choses s’arrêtent.

Le remise du prix Ecotrophelia Europe aura-t-elle toujours bien lieu lors du Sial à l’automne ?

Oui, tout à fait, avec plusieurs événements. J’avoue que nous nous sommes faits quelques cheveux blancs vu le contexte actuel, concernant la réalisation des compétitions nationales qui concourent pour le prix Ecotrophelia Europe. Un certain nombre ont été déplacées en juin/juillet et d’autres repoussées à fin août, début septembre. Nous attendons entre 16 et 18 pays pour la grande finale au Sial cette année. Et là aussi, nous avons fait preuve d’agilité pour nous adapter aux contraintes.

Parmi les nouveautés au Sial cette année, nous lancerons « Next Food Géneration », un appel à projet européen qui s’adresse à tous les porteurs de projets dans les incubateurs de France et d’Europe et vise à accompagner une trentaine de start-up. Elles viendront « pitcher » tous les jours au salon dans un espace dédié à l’entrée du hall 6 et pourront ainsi recevoir en rendez-vous individuel des investisseurs, des futurs clients, etc. Et nous relançons également l’opération FoodHackathon avec quatre interprofessions, les fruits et légumes, la viande, la pêche, et un petit nouveau, Terre Univia pour toutes les problématiques de la protéine végétale, autour des légumineuses.

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