Les dirigeants du Comité économique national agricole des légumes à destination industrielle (Cénaldi), dont l’assemblée générale s’est tenue le 26 mai à Paris, estiment devoir focaliser leur vigilance sur la concurrence des pays tiers. S’agissant de l’Europe, les soucis ne viennent pas tant des nouveaux pays membres que de la réforme de la Pac, qui instaure de nouveaux déséquilibres.
Le Cénaldi représente les producteurs de légumes destinés à l’industrie. Les 76 000 hectares de légumes d’industrie en France se trouvent dans l’ensemble Nord-Pas-de-Calais-Centre (44%), en Bretagne (39%) et dans le Sud-Ouest (17%). Les deux principales productions sont les pois et les haricots; les petits créneaux sont le brocolis, le céleri-branche, les «petites carottes», les épinards les salsifis. La surface totale emblavée en légumes d’industrie a diminué de 2% en 2003.
« Nous ne devons pas nous inquiéter plus que de mesure de la venue des nouveaux pays membres de l’UE. Souvenons-nous de l’entrée de l’Espagne et du Portugal qui devait déstabiliser durablement les productions fruitières et légumières françaises», a déclaré Alain Morice, président du Cénaldi. « Notre vigilance doit, de notre point de vue, davantage se focaliser sur les pays tiers, comme la Chine ou les pays d’Amérique du Sud, dont le potentiel de croissance agricole constitue une menace beaucoup plus importante», a-t-il poursuivi, citant l’exemple récent du rachat du Cabanon par Chalkis, le géant chinois de la tomate en boîte. Il faudrait être « naïf» pour penser que cette entreprise envisage de limiter son ambition au seul marché de la tomate d’industrie. Tomas Garcia Azcaraté, le responsable de l’unité fruits et légumes à la Commission européenne, lui a fait écho en annonçant que le marché communautaire continuera à s’ouvrir aux produits d’importation, mais surtout dans les domaines des céréales et de la viande bovine. Les fruits et légumes devraient rester à "l’arrière du front".
Le problème des distorsions n’est pas réglé
Concernant les dossiers européens, le plus épineux est la réforme de la Pac. Ils restent sous le coup de la régionalisation, qui créera à terme une distorsion de concurrence de 300 euros/hectare entre producteurs de légumes selon les pays. L’impact de cette distorsion a été limité par l’institution des quotas de primes pour les cultures fruitières et légumières des pays qui régionalisent. Mais cette mesure « perd tout son sens» avec l’autorisation donnée par le conseil des ministres d’implanter des cultures dérobées après une culture primée, a déploré M. Morice.
« Je suis moins inquiet que vous sur cette mesure. Le risque de dérapage (du fait de l’autorisation d’implanter des cultures dérobées) est limité», lui a répondu M. Azcaraté.
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Il a insisté sur les progrès de l’organisation commune de marché des fruits et légumes, qui est « intelligente». En 1997, l’UE dépensait 30 millions d’euros de fonds opérationnels et 450 millions d’euros pour les retraits. En 2003, les fruits et légumes ont reçu 453 millions d’euros sous firme de fonds opérationnels et 33 dans les opérations de retraits. Les fonds opérationnels sont utilisés à 35% pour l’amélioration technique de la production, à 45% pour les capacités commerciales des producteurs, à 17% pour les normes de qualité et à 16% pour l’environnement. Ces actions sont « d’avenir», selon M.Azcaraté.
«Pourquoi aider plus le céréalier que le producteur de brocolis?»
Le responsable de l’unité fruits et légumes à la Commission européenne, est convaincu que d’ici une décennie, l’UE aidera autrement les producteurs : davantage en fonction de ce qui structure le monde rural, en termes d’aides à l’investissement pour la production, l’environnement, la formation, et moins à la compensation pour rester compétitifs face aux marchés internationaux. « Je défends les politiques de qualité et de traçabilité, ou qui font que les villages se développent. Pourquoi aider plus le céréalier que le producteur de brocolis?» À terme, il faudra un certain lissage des aides pour qu’un hectare de fruits et légumes puisse recevoir un soutien public au même titre que les céréaliers. Notons que les producteurs de légumes d’industrie sont sous un régime sans aides, en dehors des programmes opérationnels.
À propos du financement de la Pac, M. Azcaraté estime qu’on ne pourra pas sortir du dilemme suivant : augmenter les sommes allouées à la Pac, « mais je n’y crois pas»; compter sur des aides nationales accrues, mais cette forme de renationalisation de la Pac « n’est pas souhaitable»; partager davantage le gâteau des aides avec d’autres secteurs, comme les céréales, l’olivier, le tabac.
Toutes ces questions traitées, qu’il s’agisse de la concurrence internationale, des distorsions de concurrence ou des aides, renvoient à des réalités qui ont été abordées au cours de cette assemblée générale : les fermetures d’usines, le maintien des productions, le paiement des producteurs par les industriels, les pressions exercées sur ces derniers par la grande distribution.