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Pratique culturale Du maïs en dérobé pour faire face aux sécheresses et aux marchés

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Implanter du maïs suite aux récoltes précoces de céréales, et d'orges en particulier, pourrait être une solution pour optimiser l'utilisation des terres agricoles face au réchauffement climatique, ainsi qu'à la hausse des cours des fourrages et des grains. C'est l'idée qu'a défendue Jean-Paul Renoux, responsable national maïs d'Arvalis, lors d'un entretien accordé à Agra Presse le 29 juin.

«Les coûts d'implantation d'un maïs en dérobé tournent autour des 150 à 200€/ha, ce qui comprend l'achat des semences et un désherbage », a indiqué Jean-Paul Renoux, responsable national maïs d'Arvalis, le 29 juin, lors d'un entretien accordé à Agra Presse. Selon lui, ces coûts sont modestes comparativement aux risques pour un éleveur de se retrouver en rupture de stock de fourrage à la fin de l'été, l'obligeant à en racheter au prix fort sur le marché. Une implantation du maïs entre le 15 juin et le 1er juillet laisse peu de chance aux ravageurs de s'attaquer aux cultures, et permet à ces dernières de capter les reliquats azotés de la culture précédente, a expliqué Jean-Paul Renoux. De plus, il a souligné qu'à cette période de l'année une minéralisation intense de la matière organique du sol permettait de libérer une bonne quantité d'azote naturel aux plantes.

La culture du maïs en dérobé, une technique à essayer

« Avant le 1er juillet, au sud de la ligne Bordeaux-Lyon il y a encore des chances de faire du maïs grain en dérobé, en utilisant des variétés très précoces, pour une récolte début novembre », a indiqué Jean-Paul Renoux. Cependant, pour obtenir du grain, il faut pouvoir irriguer, et prévoir localement un débouché ensilage si la période allant de l'été à l'automne se refroidit. La récolte d'un maïs grain humide est aussi possible. « On peut ensiler le maïs fourrage à 28% de matière sèche (MS), plus d'un mois avant la récolte du grain, même au nord de la ligne Bordeaux-Lyon », a souligné Jean-Paul Renoux. La souplesse du maïs dans sa conduite limite les risques, « sa valeur reste de 1 Unité fourragère lait (UFL)/kg de MS, même après la floraison », a insisté le spécialiste. Plus on s'approche de la date de récolte des grains, plus la production sera riche en amidon. « La valeur énergétique du maïs fourrage ne descendra pas en dessous des 0,85UFL/kg de MS », a assuré Jean-Paul Renoux, ce qui est, selon lui, un atout en comparaison d'autres fourrages plus herbacés. Au niveau de l'implantation, il y a un besoin de pluie pour préparer le sol et espérer 10t/ha, il faudrait qu'il tombe fin juin 50mm. Les semences de maïs précoces sont disponibles pour semer jusqu'à 100 000ha, car elles sont peu utilisées en France. Cependant, les surfaces semées sont estimées à un peu moins de 50 000ha en raison des retards de moisson liés aux récentes ondées et aux hésitations des producteurs à se lancer dans les productions dérobées.

Une pratique qui devrait se démocratiser

« Aujourd'hui, Arvalis reçoit beaucoup de demandes de renseignements de producteurs intéressés par ces implantations en dérobés, surtout dans les zones d'élevage », a indiqué Jean-Paul Renoux. Mais les zones de production de grain sont aussi concernées pour rattraper des productions de céréales par endroit. « Les agriculteurs doivent essayer pour se faire la main car il n'y a pas grand risque », a insisté Jean-Paul Renoux. Si d'autres cultures sont possibles en dérobé, le maïs est l'espèce la mieux maîtrisée et la plus sûre, car l'option de l'ensilage reste ouverte. Les derniers semis devraient être réalisés au 1er juillet sur l'ensemble du territoire en misant sur un automne doux et des pluies suffisantes. Selon Jean-Paul Renoux, « dans vingt ans la pratique des cultures dérobées sera très courante et se présentera comme une technique d'adaptation aux modifications du climat ». Cela permettra en effet de minimiser les risques liés à la fréquence de plus en plus élevée d'étés et d'hivers secs. Enfin, le marché est aussi un élément incitatif à la mise en place de ces cultures dérobées afin de faire face à la hausse des cours des céréales et des fourrages.

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