Le premier atout de l’agriculture tchèque, c’est son potentiel agronomique. Pour l’instant, les fermes manquent d’argent et ont du mal à financer les intrants et surtout les investissements pour moderniser leur agriculture. Ce qui est plus problèmatique pour l’agriculture tchèque, c’est qu’elle ne détient pas les outils de transformation, ce qui la fragilise.
En se promenant dans la campagne tchèque, il est frappant de constater à quel point on se croirait en France. Autour de Prague, le paysage est très proche des plaines céréalières françaises. C’est un pays très orienté vers les grandes cultures, et encore davantage depuis la chute du régime communiste puisque le cheptel bovin a diminué de moitié, le cheptel ovin de 85 % et la production porcine de 15 %. Les structures d’exploitation s’y prêtent puisqu’en 2003, la surface moyenne des exploitations est de 162 ha dont 75 % font plus de 1000 ha. En fait, après la révolution de velours en 1998, les sovkhoses et les kolkhoses n’ont pas été démantelées. Certaines coopératives de l'époque communiste ont été transformées en nouvelles coopératives. La plupart des anciens propriétaires, ne travaillant plus dans l’agriculture, auraient aimé vendre leurs parts à ces nouvelles coopératives. Face à l’incapacité financière d’acheter ces parts sociales, la seule alternative a été de prendre les terres en location. Ainsi, 92% des terres sont exploitées en location. Une ferme a souvent plus de 500 propriétaires. Mais la majorité des fermes ont été transformées en sociétés anonymes (SA ou SARL).
Beaucoup de coopératives n’ont pas payé les propriétaire
Certains propriétaires et les dirigeants qui travaillaient dans l’exploitation sont devenus actionnaires. Pour dédommager les propriétaires, une partie du capital des exploitations a été distribuée en nature (animaux, matériel) et pour le reste, l’Etat a proposé des prêts bonifiés sur 20 ans. C’est le cas de la ferme Skalsko de 2 850 ha situé à Melnik, au nord de Prague. « Nous devons 34 millions de couronnes (1,13 millions d’euros) aux propriétaires, explique Evzen Moc, le directeur de la SARL. Nous avons déjà versé 15 millions en nature et il nous reste 6 millions à payer.» Selon lui, la majorité des coopératives n’ont pas payé les propriétaires. « I ls ont laissé la structure coopérative tel quel et ont créé une société à côté sans rien rembourser », commente-t-il. Evzen Moc est plutôt fier de dégager un bénéfice sur l’exploitation (entre 17 000 euros et 130 000 euros selon les années) malgré les difficultés au départ. Il peut désormais investir dans du matériel de pointe (4 moissonneuses, 5 tracteurs, 1 arracheuse intégrale,...). Sa réussite : sans doute une excellente gestion mais aussi un excellent potentiel agronomique. «Nous sommes dans une région avec de très bons sols. La profondeur de terre fait plus de 8 mètres», précise-t-il. Cette année, la ferme Skalsko a fait une récolte record en betteraves. « Une richesse de 21 %, on avait jamais vu ça». On peut imaginer que dans quelques années, lorsque les exploitations auront assaini leur situation financière, ces grandes exploitations seront capables de concurrencer celles de l'Europe de l'Ouest. D’autres exploitations n’ont pas des résultats aussi brillants. L’endettement est très élevé et les exploitations sont nombreuses à être mal gérées et en déficit. De fait, les investissements sont impossibles. Dans la majorité des cas, les industriels de la transformation et les organismes de collecte accordent des prêts à court terme sur la campagne agricole pour que les paysans puissent s’approvisionner en intrants.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L’industrie agroalimentaire aux mains des étrangers
Une des grandes différences avec l’agriculture de l’Europe de l’Ouest est que les agriculteurs tchèques ne maîtrisent absolument pas les outils de transformation de leurs produits. Depuis la chute du communisme, un grand nombre d’industries agroalimentaires ont été vendues, après des faillites plus ou moins frauduleuses, à des groupes étrangers. Cela a été le cas dans le secteur de la malterie, une production traditionnelle de ce pays puisque les Tchèques consomment 160 litres de bière/hab/an, soit le même niveau qu’en Bavière. Ainsi, le groupe Soufflet possède aujourd’hui 5 malteries sur 33, mais 70% de la production de malt du pays. Cette concentration pose des problèmes aux agriculteurs : « Cette année, le prix de l’orge a baissé de 600 couronnes (20 euros/t) parce que Soufflet domine le marché», souligne Evzen Moc. Les Français dominent aussi le secteur sucrier avec USDA/Beghin Say qui s’est installé dès 1993 en République tchèque en rachetant l’usine TTD. Actuellement le groupe coopératif français détient 62 % du marché. Autre difficulté que rencontrent les agriculteurs : les grands groupes européens de la grande distribution sont venus s’installer en République tchèque et font pression sur les prix, notamment dans le secteur de l’élevage.
Avec 4 % de la population, les agriculteurs ne pèsent pas lourd. «Ils sont devenus faibles dans les négociations commerciales, d’où des prix bas», constate Miroslav Jirovsky, président du syndicat Union agricole. « La position de l’agriculture est indigne dans la société. Les consommateurs sont de moins en moins prêts à payer l’alimentation », continue le président des chambres d’agriculture. Comme quoi, les problèmes d’un bout à l’autre de l’Europe ne sont pas si différents !
légende photo : Le paysage agricole tchèque est très proche des plaines céréalières françaises. Le potentiel agronomique des terres est excellent. Les exploitations comprennent souvent plus de 1 500 ha. Les mieux gérées ont investi dans du matériel récent et font de la prestation de service pour les fermes environnantes.