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Eau : la qualité se dégrade, Bruxelles prépare sa stratégie

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Alors que la Commission européenne prépare une stratégie sur la résilience en eau, un rapport vient confirmer que l’état des masses d’eau de l’UE se dégrade, la faute notamment à l’agriculture. Mais celle-ci est aussi victime des inondations et de la sécheresse. Bruxelles souhaite des investissements majeurs. Au Parlement européen, le rapporteur du dossier suggère « des objectifs sectoriels contraignants en matière d’efficacité et de captage ».

La Commission européenne a donné le coup d’envoi, le 4 février avec la publication d’un rapport inquiétant sur l’état des masses d’eau de l’UE, à ses travaux sur la future stratégie sur la résilience en eau attendue avant l’été. En effet, la qualité des eaux européenne ne s’améliore pas, voire empire, déplore l’exécutif européen dans cette somme publiée tous les six ans. En 2021, seulement 39,5 % des masses d’eau de surface en Europe étaient en bon état écologique (contre 39,1 % dans le précédent rapport portant sur 2015) et seulement 26,8 % en bon état chimique (contre 33,5 % en 2015). L’agriculture est citée comme l’une des principales sources de pression sur la ressource hydrique, que ce soit pour les eaux de surfaces ou (plus encore) les eaux souterraines. En effet, 86 % des masses d’eau souterraines étaient en bon état chimique (contre 82,2 % précédemment) mais les polluants qui y sont les plus fréquemment signalés sont les nitrates suivis des pesticides et de leurs métabolites. « Pour relancer une tendance à la baisse des concentrations de nutriments, des mesures plus radicales sont nécessaires, qui pourraient être politiquement difficiles à adopter », admet la Commission dans son rapport. Elle fait plusieurs recommandations pour obtenir des résultats dans le secteur agricole : faire un usage plus large du « principe du pollueur-payeur » ; réduire la pollution par les nutriments, notamment en fixant des charges maximales en nutriments dans tous les districts hydrographiques ; renforcer les mesures de lutte contre la pollution par les pesticides en promouvant la lutte intégrée contre les ravageurs, en fixant des charges maximales en pesticides chimiques dans tous les districts hydrographiques et en introduisant des restrictions plus strictes dans les zones protégées pour le captage d’eau potable.

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Ces données alimenteront les réflexions que mène Bruxelles en vue de la présentation de sa stratégie sur la résilience en eau (traitant à la fois des aspects qualitatif et quantitatif). « Nos eaux sont polluées, notre approvisionnement est menacé et nous ne faisons pas assez pour lutter contre les inondations », a souligné la commissaire européenne à l’Environnement Jessika Roswall lors de la présentation de ces données. Elle confirme qu’il faudra prendre des mesures contre les pollutions agricoles mais constate aussi que le secteur souffre beaucoup de la pollution, des inondations ou de la sécheresse. La Suédoise va engager un « dialogue structuré » avec chaque État membre plutôt que de lancer dès à présent des procédures d’infraction : « Il ne s’agit pas de jeter la pierre à quiconque mais de trouver des solutions pour inverser la tendance. »

Principe de primauté de l’utilisation

Bruxelles a lancé le même jour un appel à contributions et elle organisera une rencontre avec l’ensemble des parties prenantes le 6 mars. Pour sa stratégie, elle envisage de se concentrer sur trois objectifs : restaurer le cycle de l’eau, garantir une eau saine et abordable pour tous, et promouvoir une industrie européenne de l’eau compétitive et économe. Pour y parvenir, cinq domaines d’action vont être explorés : la gouvernance, les infrastructures, les financements et investissements, la sécurité et enfin l’industrie, l’innovation et l’éducation. La Commission européenne mettra également l’accent sur « le principe de primauté de l’utilisation rationnelle de l’eau afin de mieux gérer la demande et d’accroître la réutilisation et la circularité dans tous les secteurs économiques de l’UE ».

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Le Parlement européen aussi avance sur le dossier. Le rapporteur, le social-démocrate maltais Thomas Bajada, souligne, dans son projet qui vient d’être publié, « l’importance d’objectifs sectoriels contraignants en matière d’efficacité et de captage de l’eau » pour l’agriculture notamment, mais aussi l’industrie et l’usage domestique, « adaptés aux évaluations à l’échelle du bassin ». Il plaide aussi pour des mesures de lutte « urgentes » contre la pollution avec une surveillance accrue des résidus de pesticides. L’eurodéputé appelle également le secteur agricole à mener une transition vers un modèle durable, assisté par la mise en œuvre de solutions technologiques innovantes qui peuvent contribuer à assurer une productivité continue tout en permettant à l’agriculture de réduire la pollution et de s’adapter à une moindre utilisation de l’eau. Mais, prévient-il, pour être efficace, cette stratégie devra être dotée d’un « fonds distinct et dédié », dans cadre financier pluriannuel 2028-2034.


De moins en moins de fosses à lisier non couvertes dans l’UE

En 2020, 40 % de toutes les exploitations agricoles de l’UE disposaient d’installations de stockage du fumier ou de lisier, selon des données publiées fin janvier par Eurostat. Et 57 % d’entre elles étaient équipées d’infrastructures pour le stockage de fumier solide, 16 % avaient des installations couvertes pour le lisier, 10 % avaient des systèmes de litière profonde, 6 % avaient des fosses sous les zones de confinement des animaux, 5 % avaient des installations de stockage de lisier sans couverture. La part des exploitations disposant d’installations de stockage non couvertes pour le lisier dans l’UE a diminué de 5 points de pourcentage entre 2010 et 2020. Ces installations non couvertes, telles que les bassins ou réservoirs à lisier, présentent un risque environnemental en raison des émissions d’ammoniac (NH3) et du lessivage ou du ruissellement des nutriments dans les eaux de surface et souterraines. Aux Pays-Bas et à Malte, il n’y a plus d’installations non couvertes. Et dans de nombreux autres pays, leur part a considérablement diminué, notamment au Luxembourg, en Irlande, en Allemagne et en Belgique.