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Ecophyto face au besoin de changement des mentalités

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Ecophyto se heurte au besoin de changement des mentalités dans le monde agricole, ont souligné le 8 novembre des professionnels du secteur venus témoigner, lors d’un colloque de l’APCA (chambres d’agriculture), sur leur expérience vis-à-vis du plan de réduction des produits phytosanitaires.

« Les agriculteurs sont assez conservateurs », a estimé Denis Laizé, qui exploite une ferme de grandes cultures et semences dans le Maine-et-Loire. Interrogé le 8 novembre lors d’un colloque de l’APCA, sur l’existence d’un changement des mentalités face à l’usage des phytos, il a d’abord répondu par la négative : « Les aspects économiques l’emportent sur le cadre politique », d’après lui. Son exploitation affiche un IFT (Indice de fréquence de traitements) de 2 en blé contre 3 à 4 dans les fermes environnantes. Denis Laizé s’est présenté comme un adepte de l’agriculture de conservation, ayant recours au semis direct, à la pulvérisation en bas volume. Toutefois, sa réponse à la question posée est restée évasive : il a également dit que « oui, les mentalités changent. Pas pour faire plaisir (aux concepteurs d’) Ecophyto mais pour d’autres considérations plus personnelles comme la santé, une logique de maîtrise des charges, l’agriculture de conservation ou biologique… »

Une sensation d’« isolement » professionnel

Autre agriculteur à la tribune du colloque de l’APCA sur Ecophyto « de l’expérimentation à la pratique », Emmanuel Drique, exploitant en système de grandes cultures dans l’Eure, a constaté que le réseau des fermes Dephy « ne fait pas tache d’huile ». « Or, économiquement, on n’est pas pire ou mieux » par rapport aux autres. Le dispositif Dephy (Démonstration expérimentation production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires), action phare du plan Ecophyto, a pour but d’éprouver, valoriser et déployer les techniques et systèmes agricoles réduisant l’usage des produits phytopharmaceutiques tout en promouvant des techniques performantes sur le plan économique, environnemental et social. Emmanuel Drique a expliqué avoir eu le déclic lors d’une rencontre avec un groupe d’agriculteurs, devenu partie prenante de ce réseau. « On fait de la co-conception de systèmes de cultures », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance des échanges avec les collègues, ou même les chercheurs pour « valider l’expérience du terrain ». L’agriculteur Dephy a fait part d’une impression d’« isolement » liée à la réduction des phytos : « Mes champs ne ressemblent pas à ceux du voisin ». « J’accepte de perdre du rendement », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de modifier l’exploitation. Pour lui, c’en est « fini d’aller chercher les derniers quintaux ».

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Du côté des coopératives, le directeur Agronomie et Développement chez EMC2, Mathias Sexe, a noté que « la demande des adhérents évolue ». En témoignent ses résultats d’enquêtes montrant que « les priorités sont une moindre dépendance vis-à-vis des intrants, la santé, l’environnement ». « Des leviers existent » pour réduire les phytos, a-t-il considéré, citant l’allongement des rotations, le désherbage mécanique, le biocontrôle. Avant d’ajouter que « dans le biocontrôle, il y a peu de solutions en grandes cultures ». Quand elles sont disponibles, le coût peut représenter un frein : la lutte contre la pyrale du maïs via les trichogrammes s’avère « quatre fois plus chère par rapport aux solutions classiques », d’après lui, ce à quoi s’ajoutent des contraintes d’utilisation.

« J’accepte de perdre du rendement », a témoigné un agriculteur Dephy, qui s’estime « économiquement pas pire ou mieux » par rapport aux autres.