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Élections au Brésil : les questions agricoles reléguées au second plan

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Dans une campagne marquée par la violence et l’omniprésence dans les débats de la lutte contre la corruption, les favoris du scrutin présidentiel ont exposé leurs propositions pour leur secteur agricole devant la Confédération d’agriculture et d’élevage du Brésil.

La lutte contre la corruption avant tout, puis la santé, le chômage, la réforme des retraites et la délinquance sont les principaux sujets actuellement abordés au cours de la campagne des élections présidentielles et législatives brésiliennes, dont le premier tour aura lieu le 7 octobre. Même si elles ont été reléguées en second plan – voire éludées – des discours de politique générale des candidats à la présidence, les questions agricoles gardent leur poids au Brésil, puissance agricole mondiale, auprès d’un électorat relativement restreint, mais influent.

Parmi les favoris du scrutin, Alvaro Dias (Podemos), Geraldo Alckmin (PSDB), Henrique Meirelles (MDB) et Marina Silva (Rede) ont été invités à détailler leurs propositions pour le secteur agricole par la puissante Confédération d’agriculture et d’élevage du Brésil, le 29 août dernier, à Brasilia. Ni Jair Bolsonaro (voir encadré), en convalescence après l’attentat au couteau dont il a été la victime le 6 septembre et grand favori du scrutin avec 28 % d’intentions de vote*, ni Fernando Haddad, du Parti travailliste, deuxième favori avec 14 % d’intentions de vote, n’ont participé à l’évènement.

Les douze candidats à la fonction présidentielle sont divisés sur la question de la réforme agraire, honnie par les conservateurs et les libéraux, mais défendue par le Parti Travailliste et ceux proches de la vision du mouvement des Paysans sans terre. Ainsi, Fernando Haddad veut promouvoir la réforme agraire et renforcer les limites des réserves indigènes. C’est le cas aussi d’Alvaro Dias, du parti Podemos, qui prétend remettre, « d’ici à 2022, cinq millions de titres de propriété ». João Goulart Filho a pour priorité l’agriculture familiale et la réforme agraire ; et Vera Lúcia, du PSTU, compte faire aboutir la réforme agraire et exproprier les propriétaires terriens de grands domaines.

L’agrobusiness devrait « payer davantage d’impôts »

À l’opposé, pour Ciro Gomes (PDT), « l’agrobusiness et l’agriculture familiale remplissent des fonctions distinctes, cette dernière apportant 80 % des aliments consommés par les Brésiliens" d’où l’importance de préserver les ressources hydriques et de lui fournir une assistance technique par le biais de l’Embrapa (équivalent brésilien de l’Inra). L’agrobusiness est considéré comme une source d’emplois massive mais elle devrait, selon lui, « payer davantage d’impôts ».

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Pour Marina Silva (Rede) la délimitation des territoires indigènes est la priorité. Alvaro Dias (Podemos) souhaite que la diplomatie brésilienne se concentre sur l’accord de libre-échange avec l’Union européenne et les pays asiatiques. Geraldo Alckmin (PSDB) veut, lui aussi, promouvoir le libre-échange et la promotion commerciale des aliments du Brésil. Pour lutter contre la délinquance en milieu rural, il propose le « libre port d’arme pour les particuliers et une brigade de police spéciale car les équipements agricoles sont chers ». Henrique Meirelles (MDB) s’oppose au concept de réforme agraire si elle «empiète» sur le droit de propriété.

* selon le sondage du 20 septembre réalisé par les instituts Datafolha et Ibope

Le favori Jair Bolsonaro veut placer l’Ecologie sous la tutelle de l’Agriculture

Victime d’un attentat au couteau le 6 septembre dernier et grand favori du scrutin, le candidat Jair Bolsonaro tient une posture libérale, c’est-à-dire pro-marché, et veut limiter le rôle de l’État dans les affaires agricoles en tant qu’autorité sanitaire et négociateur pour l’ouverture de nouveaux marchés d’exportation. Sa promesse de campagne emblématique pour le secteur est de placer le ministère de l’Écologie sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Il s’est également montré favorable aux investissements en infrastructure de transport et à une politique volontariste pour lutter contre la criminalité en milieu rural. Jair Bolsonaro est un député du parti social libéral depuis vingt-sept ans et une figure de l’extrême droite brésilienne.