Alors que les élections des chambres d’agriculture sont prévues le 31 janvier 2025, le Modef a réclamé un report d’un an du scrutin, en raison notamment du « contexte politique ». Un décalage dont ne veut pas la Conf’, pour qui ces élections sont « un moment précieux ».
« Nous demandons au président de la République de reporter les élections des chambres d’agriculture à janvier 2026 », a annoncé la vice-présidente du Modef Lucie Illy lors d’une conférence de presse le 5 septembre. Alors que ce vote a lieu tous les six ans, la date du prochain scrutin a été fixée au 31 janvier 2025. Le Modef justifie sa demande par « le contexte politique et la non-parution » de tous les textes liés à ces élections. Un premier décret a été publié en juillet qui fixe les règles du vote, suivi d’un arrêté début septembre encadrant le vote électronique (sans changement notable par rapport à 2019).
Un second décret est toujours attendu afin de répartir l’aide publique aux syndicats qui découle du résultat de l’élection. Le dossier inquiète les syndicats minoritaires : à l’automne 2023, ceux-ci indiquaient que Marc Fesneau projetait de modifier ces règles pour accroître la part de financement dévolue aux majoritaires. Le ministre prévoirait, selon eux, de baser l’enveloppe versée à 50 % sur le nombre de voix et à 50 % sur le nombre d’élus (contre respectivement 75 % et 25 % aujourd’hui). Or, les règles des élections chambres octroient automatiquement la moitié des sièges à la liste arrivée en tête, le reste étant réparti à la proportionnelle. Selon la vice-présidente du Modef, la clé de répartition actuelle est déjà « complexe et injuste ». Son organisation plaide pour une subvention de base de 500 000 € par syndicat, assortie d’une somme supplémentaire liée aux résultats. Le Modef considère que les règles du scrutin « favorisent la surreprésentation du syndicat majoritaire » et revendique une « refonte de la gouvernance des chambres ».
« Pas de nouvelles » sur le financement syndical
« Hyper vigilante » sur ce sujet, la Confédération paysanne n’a « pas eu de nouvelles » ces dernières semaines, selon sa porte-parole Laurence Marandola. « Ce sera évidemment à l’ordre du jour de notre premier rendez-vous avec [le Premier ministre] Michel Barnier ou avec le nouveau ministre de l‘Agriculture », poursuit-elle. La Conf’ veut elle aussi « améliorer la gouvernance et amoindrir le fait majoritaire », et plaide pour des financements publics « strictement alignés sur les résultats exprimés en nombre de voix ».
Contrairement au Modef, la Confédération paysanne n’est « pas favorable » à un report des élections, a fait savoir Laurence Marandola le 11 septembre. Et d’appuyer, lors d’une conférence de presse : « Nous nous sommes exprimés en juillet au milieu de la cacophonie pour rappeler combien ce moment devait absolument se tenir ». Pour l’éleveuse ariégeoise, au-delà de l’aspect syndical, ce scrutin constitue « un moment précieux qui permet de se parler entre agriculteurs, d’avoir des débats ».
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La Conf’ veut « gagner des chambres »
Selon le secrétaire national Thomas Gibert, la Confédération paysanne nourrit « une ambition particulière » pour ces élections, avec l’objectif de « gagner des chambres » (sans préciser lesquelles) et de « devenir un syndicat incontournable dans l’orientation de la politique agricole au niveau national ». Arrivée troisième au scrutin de 2019, la Conf’ compte « proposer des listes dans chaque département, sans alliance » et espère « progresser partout », rappelle ce maraîcher de Haute-Vienne.
Lors de sa conférence de presse de rentrée le 11 septembre, le syndicat paysan a dévoilé son slogan : « Pour des campagnes vivantes, soyons fermes ! » Un message qui porte « un imaginaire positif » et qui « marque notre détermination », détaille M. Gibert. Et qui vise à démarquer le syndicat de la FNSEA – dont « la cogestion [avec les pouvoirs publics] a fait disparaître de nombreuses fermes » – et de la Coordination rurale – accusée d'« instaurer une ambiance délétère dans nos campagnes ».
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Lors des dernières élections, la Confédération paysanne avait récolté 20 % des voix, à la troisième place au niveau national, derrière la Coordination rurale (21 %) et le tandem FNSEA/JA (55 %), quand le Modef était à 1,6 %, selon le ministère de l’Agriculture. Après un recours, la Conf’ avait notamment perdu sa chambre emblématique de Loire-Atlantique ; elle ne préside aujourd’hui plus qu’une seule chambre, celle de Mayotte.