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Élections européennes : dernière ligne droite

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Des questions se posent sur le visage qu’aura le Parlement européen à l’issue des élections du 9 juin, alors qu’une recomposition des groupes les plus à droite de l’hémicycle – crédités d’intentions de vote en nette hausse par rapport à la précédente mandature – est à l’œuvre. RN en France, Fratelli d’Italia en Italie, Vox en Espagne, Fidesz en Hongrie réfléchissent à une alliance qui pourrait peser sur la composition de la future Commission européenne.

À quelques jours du début des élections européennes (du 6 au 9 juin), les agriculteurs étaient de retour dans la rue pour faire entendre leurs revendications. C’est le cas des Français et des Espagnols qui ont bloqué, le 3 juin, les points de passage transfrontaliers le long des Pyrénées. Situation similaire à Bruxelles (Belgique), où des protestations se sont tenues le 4 juin, à l’initiative de mouvements agricoles proches de l’extrême droite. Les scores des partis les plus à droite de l’hémicycle, dont la poussée est annoncée, seront d’ailleurs l’une des principales données à scruter le 9 juin au soir. L’enjeu majeur sera alors de déterminer le rôle auquel ils pourront prétendre pour les cinq prochaines années. En attendant, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, une des personnalités clés dans la formation du prochain Parlement européen, ne manque pas de prétendants. Son parti, Fratelli d’Italia, membre du très en vogue groupe ECR (conservateurs et réformistes au sein duquel siège le seul eurodéputé français du parti Reconquête, Nicolas Bay), fait l’objet, depuis plusieurs semaines, d’une intense opération de séduction de la part du centre droit (PPE) et de sa candidate désignée, Ursula von der Leyen. Interrogée sur ce sujet lors du débat des candidats désignés qui s’est déroulé au Parlement européen le 23 mai, la présidente de la Commission européenne a ainsi déclaré : « Elle est définitivement pro-européenne, pro-État de droit et anti-Poutine, auquel cas nous pouvons lui proposer notre coopération ».

Un grand groupe aux contours incertains

De son côté, Marine Le Pen (Rassemblement National, ID), qui a pris ses distances d’avec ses alliés allemands traditionnels de l’AfD, exclus de son groupe politique, en appelle à l’union des partis d’extrême droite afin de « devenir le deuxième groupe au Parlement européen ». Le RN, mais aussi les Hongrois du Fidesz (du dirigeant du pays, le controversé Victor Orban), les ultra-conservateurs espagnols de Vox et Fratelli d’Italia multiplient les signes de rapprochement. À l’occasion du Grand oral sur l’agriculture des candidats français aux élections, le 28 mai, le RN Gilles Pennelle (15e de sa liste et donc en bonne place pour être élu) a du reste confirmé que son parti travaillait à la constitution d’un grand groupe « pourquoi pas avec l’ECR » qui pourrait, selon lui, tout-à-fait présider la commission de l’Agriculture du Parlement européen, comme l’avait déjà évoqué la tête de liste Jordan Bardella en début de campagne, au moment des grandes manifestations agricoles. Ces négociations pourraient durer quelques semaines avant d’aboutir.

Lire aussi : Élections européennes et agriculture : les enjeux du scrutin

L’idée est de pouvoir peser face aux mastodontes PPE et S & D (socialistes), groupes politiques traditionnellement incontournables à Strasbourg, qui gardent la main pour l’étape d’après le scrutin : la nomination des fameux « top jobs » de la future mandature. Mais l’arrivée du RN au sein de ce groupe pourrait aussi en faire un repoussoir. Le groupe ID, au sein duquel siège jusqu’à présent le parti français d’extrême droite, a toujours été maintenu au sein du Parlement européen derrière un « cordon sanitaire » l’excluant de toutes les décisions. Une situation dont le RN, historiquement eurosceptique, s’est toujours bien accommodé.

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D’abord les top jobs

Les discussions sur les nominations des quatre plus hautes fonctions européennes – présidence de la Commission européenne, du Conseil et du Parlement européen ainsi que le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères – vont démarrer très vite après le scrutin. Une réunion du G7 devrait avoir lieu dans les Pouilles (Italie) du 13 au 15 juin, où aucun accord formel n’est attendu mais le sujet devrait, évidemment, être abordé en coulisses. Ce sera la première fois que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen Charles Michel, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et la Première ministre italienne Giorgia Meloni se retrouveront après les élections. Les négociations se poursuivront lors d’un sommet informel des chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Bruxelles quelques jours plus tard (le 17 juin), avant le Conseil européen des 27 et 28 juin, au cours duquel les dirigeants de l’UE devraient répartir ces postes. Pour celui de président de la Commission, une majorité de pays, représentant la majorité de la population européenne, est requise. Ursula von der Leyen, candidate de son parti le PPE (qui devrait une nouvelle fois sortir en tête du scrutin européen) postule pour un second mandat mais d’autres noms émergent, notamment celui de Mario Draghi, au profil plus technique que politique. Le nom de l’ancien Premier ministre italien (2021-2022) et chef de la Banque centrale européenne (2011-2019) est souvent cité dans l’entourage d’Emmanuel Macron qui s’en sert pour faire comprendre à Ursula von der Leyen qu’il ne la soutiendra pas automatiquement, surtout si elle se rapproche trop des conservateurs européens. Et ce futur président de l’exécutif européen devra aussi obtenir le soutien de la majorité des membres du Parlement européen, ce qu’Ursula von der Leyen avait obtenu de justesse en 2019. Compte tenu des intentions de vote actuelles, rien n’est encore fixé.

La désignation des futurs commissaires européens n’interviendra que dans un second temps, après la pause estivale. Des noms émergent déjà pour certains portefeuilles. À ce stade, tous les pays rêvent des postes les plus prestigieux (économie, industrie, défense…). Et comme souvent, celui de commissaire à l’agriculture n’est pas le plus convoité – tout du moins ouvertement. Mais si, comme l’envisage la Commission européenne, un portefeuille de vice-président en charge de la souveraineté alimentaire (comme le voudrait le Copa-Cogeca) ou l’alimentation (comme le souhaitent ONG et secteur agroalimentaire) était créé, les candidats pourraient alors affluer.