Face aux critiques lancées à l’encontre de l’élevage ou de certains modes d’élevage, les syndicats affirment leurs positions, pas toujours convergentes. La Confédération paysanne vient de publier un « plaidoyer pour l’élevage paysan ». De leur côté, la FNSEA et les JA brandissent la menace judiciaire, en particulier pour contrer la montée en puissance d’actions intrusives, violentes, ou insultantes.
Avec les critiques croissantes sur l’usage des phytos, la montée en intensité des actions militantes à l’encontre de l’élevage, qui atteint parfois l’action violente ou l’agression, est l’une des préoccupations les plus fortes des agriculteurs, rapportent les syndicats agricoles, à la veille des élections aux chambres d’agriculture. Une montée en tension face à laquelle les syndicats réaffirment leurs positions, pas toujours convergentes.
La Confédération paysanne, qui se place dans une double opposition, d’une part à « l’élevage industriel » et d’autre part aux associations prônant l’abolition de l’élevage, a présenté le 21 janvier un recueil de témoignages d’agriculteurs de son réseau sur la relation homme-animal. Les positions et les propositions du syndicat sur ce sujet sont présentées à la fin de ce recueil financé par l’UE. « On ne peut pas comparer la relation qui existe entre un éleveur paysan et un animal à celle qui existe dans l’élevage industriel, où ce lien n’existe plus », a résumé la secrétaire générale Temanuata Girard, lors d’une conférence de presse. Face aux attaques des vegans, elle veut assumer sans détour que « la mort est l’issue de notre métier », et qu'« une ferme n’est pas un conservatoire ».
Pour le syndicat, la contribution de l’élevage à la lutte contre le changement climatique passe par la révision des modes de production, davantage qu’une baisse de consommation : « On peut aller vers une baisse de la consommation de viande, mais si l’on ne remet pas en cause les modes de production, cela ne changera rien », estime le secrétaire national à l’élevage, Nicolas Girod, après la parution d’une étude dans le Lancet qui recommande de baisser drastiquement la consommation mondiale de viande. « S’il n’y avait que l’agriculture paysanne, la consommation de viande baisserait », commente également Temanuata Girard, après le lancement du Lundi vert.
« Nous allons devoir surveiller et faire sanctionner certaines associations »
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Lors de leurs vœux à la presse le 22 janvier, la FNSEA et les JA ont annoncé qu’ils se mettaient « en ordre de bataille » pour répondre sur le plan judiciaire aux démarches jugées intrusives ou violentes de certaines associations à l’encontre d’agriculteurs, en particulier les éleveurs. « De la même façon que nous le faisons pour certains acteurs qui ne jouent pas le jeu des Egalim, nous allons devoir surveiller et faire sanctionner certaines associations qui ont des pratiques pas très catholiques », a expliqué le président des JA Jérémy Decercle, avant de citer les actions de Greenpeace (cartographie d’exploitations agricoles), Boucherie Abolition (agressions, menaces), ou L214 (intrusions clandestines). « Les relais médiatiques et nos actions pédagogiques sur le terrain ne suffisent plus, il faut se mettre en ordre de bataille pour faire sanctionner juridiquement ces associations quand c’est possible. Nous ne répondrons pas à la violence par la violence, mais nous ne nous laisserons pas marcher sur les pieds. »
Christiane Lambert a confié lors de la conférence de presse que des poursuites avaient déjà été entreprises en décembre à l’encontre de l’association Boucherie Abolition. La présidente de la FNSEA avait été désignée comme une cible, avec plusieurs autres professionnels du secteur agricole, par l’association Abolition Boucherie sur sa page Facebook. Une plainte avait ensuite été déposée à l’encontre de l’association qui a provoqué la fermeture de cette page. Par la suite, une vidéo a été tournée devant le siège de la FNSEA, dans laquelle deux membres de l’association accusent la présidente de la FNSEA, entre autres, d’être une « esclavagiste », ou de participer à une « zoolocauste » et de perpétrer des « viols » de truies, faisant référence aux actes d’insémination artificielle. C’est notamment à ce type d’actions que les deux syndicats veulent répondre.
Bien-être animal : une carte d'« élevages industriels » fait polémique en Australie
Après la carte des « fermes-usines » de Greenpeace, finalement retirée après que l’ONG a reconnu des problèmes méthodologiques, une carte en ligne recensant une centaine « d’élevages industriels et d’abattoirs » australiens, par un groupe local de défenseurs des animaux, fait polémique dans le pays, où le ministre de l’agriculture a demandé publiquement son retrait. Le ministre australien craint que cette carte n’engendre « des comportements illégaux perpétrés par des activistes », rapporte le quotidien The Guardian, le 22 janvier. L’objectif poursuivi est d'« informer le public sur les pratiques d’élevage et d’abattage modernes », assure le groupe. La carte en ligne permet aux visiteurs de publier des photos ou vidéos des fermes géolocalisées ; le ministre s’est notamment inquiété de leur véracité, dont seul le groupe est garant. La présidente du principal syndicat agricole, la National Farmer’s Federation, a résumé ainsi l’affaire sur une radio locale : « C’est l’histoire de gens qui font leur travail quotidien normal… et qui voient des justiciers débarquer chez eux pour soi-disant vérifier que tout est ok ».