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Gestion des déchets Emballages : quelle solution après la réduction à la source ?

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A l’heure où le système allemand de consigne inquiète en France, une étude qui vient d’être publiée fait apparaître que la réduction à la source n’est pas, seule, une solution à l’épineux problème de la gestion des déchets. Les emballages en génèrent 5 millions de tonnes par an, soit moins du quart des ordures ménagères produites par les particuliers, rappellent les auteurs. Le problème est très complexe tant interviennent des facteurs multiples (démographie, matériau) qui parfois en arrivent à se neutraliser.

L’étude « Mieux produire pour mieux consommer – la prévention des déchets d’emballage » vient d’être publiée par le Conseil national de l’emballage, l’Ademe, et les sociétés Adelphe et Eco-Emballages. Elle tire un bilan de six années de prévention par la réduction à la source. Pour être bien comprise par les consommateurs, elle a mis en lumière les résultats de la prévention non pas sur un type d’emballage, ou sur un couple produit-emballage, mais sur des marchés précis. Huit marchés ont été passés au peigne fin, parmi lesquels sept dans l’univers alimentaire. Pour chacun d’entre eux, les évolutions de la consommation du poids et du nombre de l’emballage ont été comparées. Dans un second temps, les facteurs explicatifs – effet contenance ou effet matériau – ont été analysés et rapprochés. C’est là l’originalité de ce document.

Multiplication des emballages

Le premier facteur pris en compte est l’évolution démographique en France. Au cours des trente dernières années, rappelle l’étude, la population a augmenté de 21 %, le nombre de ménages a progressé de 50 % et celui de personnes seules a doublé, au point que ces dernières représentent aujourd’hui un ménage sur trois. Les Français font de plus en plus appel à des produits tout prêts, emballés, au détriment des produits en vrac. Le tout a favorisé la multiplication des emballages. C’est donc dans un contexte d’augmentation globale des déchets que la prévention a dû intervenir. Elle prend deux visages : la réduction à la source du poids des emballages et les comportements d’achat. La réduction à la source est aujourd’hui bien avancée. Pour preuve, dans les huit secteurs passés au crible entre 1997 et 2003, 30 000 tonnes d’emballages ont été économisées. Cette diminution se révèle plus faible entre 2003 et 2000 ( - 1 %) qu’entre 1997 et 2000 ( - 2 %), ce qui, selon les auteurs de l’étude, « traduit l’atteinte dans bien des cas d’un point critique au-delà duquel il apparaît difficile de diminuer encore le poids sans altérer les fonctionnalités de l’emballage ». La politique de réduction des emballages mise en œuvre par les industriels est donc en train d’atteindre ses limites.

Des facteurs qui se neutralisent

L’étude au cas par cas livre les résultats suivants : la consommation de yaourts a augmenté de 17 % entre 1997 et 2003. Loin d’être proportionnelle à cette évolution, la progression du poids des emballages a été limitée à 4 %. Une seule raison à cela : la part des pots en verre a baissé de 8 000 tonnes entre 2000 et 2003, au profit du plastique. Le poids unitaire des pots en plastique de 125 grammes, qui représentent 85 % du marché, a été ramené de 5,4 grammes en 1997 à 4,7 en 2003.

Pour sa part, la consommation de lait frais et UHT a baissé de 8 % depuis 1997. Dans le même temps, le transfert des conditionnements en briques vers des bouteilles en plastique a cantonné la baisse du poids de l’emballage à 1 % seulement. L’essor de la bouteille de lait en plastique a été tel que celle-ci accapare désormais près du tiers du marché. Quant aux briques en papier carton, elles se sont équipées de bouchons à vis, qui contribuent à alourdir de 3 000 tonnes le poids des emballages laitiers.

Le bond en avant des eaux plates nature et aromatisées (+ 34 % en six ans) ne s’est pas accompagné d’une envolée drastique du poids des emballages. Le poids des bouteilles plastique a en effet baissé : de 38,8 grammes à 35,7 pour le format d’1,5 litre, soit une diminution de 11 000 tonnes. Le mouvement a été accentué par l’apparition des fontaines de 5 litres. Reste que le développement des bouteilles d’un litre a réduit l’impact de ces mesures, contribuant à lester de 6 000 tonnes la masse totale des emballages. Bonnes élèves de la série, les eaux gazeuses nature et aromatisées ont vu leur consommation croître de 18 % et le poids de leurs emballages décroître de 16 %. Cette évolution est principalement liée à l’abandon partiel du verre au profit du plastique, moins lourd mais plus polluant. En parallèle, le poids unitaire des bouteilles plastique d’un litre a été abaissé de 51 à 46 grammes.

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La bière a vu sa consommation reculer de 6 % et ses emballages de 10 %, compte tenu d’une certaine désaffection du 25 cl au profit des formats 33 ou 50 cl. Pour autant, le premier reste majoritaire, avec 70 % de parts de marché. Le poids unitaire des cannettes a été réduit de 30 à 28,6 g pour l’acier et de 15,6 à 14,2 grammes pour l’aluminium. Les bouteilles de verre standard ont également fait l’objet de réduction de poids. Mais cette économie a été contrebalancée par l’apparition de bouteilles dites « long necks » (longs cous) qui pèsent plus lourd. Force est de constater que les effets de deux facteurs se neutralisent facilement, à la faveur d’initiatives marketing destinées à séduire le consommateur.

La consommation des jus de fruits et nectars s’est accrue de 17 % en six ans, avec un nombre d’emballages qui a progressé plus vite encore (21 %) mais un poids total demeuré stable. Le plastique et la brique ont ici aussi remplacé le verre. En outre, le poids unitaire des conditionnements utilisés a baissé. Enfin, les huiles alimentaires ont vu leur consommation chuter de 19 %, induisant un repli du nombre d’emballages, de 322 à 278 millions. Mais le poids de ces emballages a augmenté de 14 %, car les bouteilles de verre ont remplacé certaines bouteilles en plastique.

Quelle responsabilité ?

Le bilan est donc mitigé. Partout des réductions à la source ont été réalisées, mais quasiment toutes ont été neutralisées par d’autres facteurs. Les efforts consentis par les industriels ont été masqués par les augmentations de la consommation. L’étude ne prend pas parti, mais il apparaît que la baisse du poids des emballages sur un marché est parfois illusoire, car elle peut signifier le remplacement du verre par du plastique, plus léger en poids mais plus lourd pour l’environnement. « Le nombre des emballages ne diminue pas, bien au contraire, mais le poids de chacun a tendance à baisser grâce à une substitution de matériau », a expliqué un expert de l’Ademe, Sylvain Pasquier. « Cela n’est pas nécessairement bon pour l’environnement, car on observe, par exemple, une substitution du verre par le plastique, plus polluant».

Mieux produire et mieux consommer : le titre de l’étude sous-tend une double responsabilité, des industriels et des consommateurs. Les premiers ont fait un gros travail de réduction à la source des matériaux. Ils semblent désormais tentés d’attribuer la responsabilité de la hausse des déchets aux consommateurs, toujours plus demandeurs de nouveautés et de praticité. L’étude préconise de responsabiliser le consommateur comme l’a été l’industriel avant lui : « chaque consommateur détient le pouvoir de décision face aux produits qui lui sont proposés. Par ses demandes et ses choix, il peut contribuer à faire évoluer l’offre du couple produit-emballage ». Reste à savoir si le consommateur accepterait des produits moins marketés. Le problème, pour les industriels, résiderait alors dans la façon de se différencier.

437 kilos d’ordures par personne et par an Selon l’Ademe, les Français ont produit 25,9 millions de tonnes d’ordures en 2002 contre 24,5 millions en 1998, soit une progression de 5,7 %. En tenant compte de l’augmentation de la population, chaque Français a produit 437 kilos de déchets en 2002 contre 422 kilos quatre ans plus tôt (+ 3,6 %). Ensemble, ils consomment 100 milliards de produits emballés chaque année.