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Développement agricole En Afrique, les politiques gouvernementales freinent l’agriculture paysanne

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En Afrique, « les populations locales vont continuer à subir les politiques gouvernementales », lance Mariam Sow, une intervenante de la conférence organisée par la Coordination pour l’Afrique de demain (Cade), le 8 mars. Foncier, infrastructures, protectionnisme…, les sujets abordés ont confirmé ces propos.

Les politiques gouvernementales des pays d’Afrique ont souvent été montrées du doigt lors de la conférence organisée par la Coordination pour l’Afrique de demain (Cade), le 8 mars, sur le développement de l’agriculture sur ce continent. Mariam Sow, coordinatrice d’Enda Pronat, une ONG sénégalaise, a mis en valeur l’importance du foncier dans l’entreprenariat agricole. Elle parle d’une « deuxième colonisation » vécue par les Africains du fait des rachats de terre par des étrangers. « Les Etats africains sont en train de réfléchir à des réformes foncières et à la question de la privatisation des terres », explique-t-elle. Pour elle, cette privatisation signifie la possibilité pour l’agriculteur d’emprunter et donc d’investir. Seulement, « c’est une forme de marchandisation des terres ». Elle craint particulièrement que bon nombre d’Africains, avec cette nouvelle richesse, préfèrent la vendre plutôt que de la valoriser. « Les paysans vont devenir des ouvriers sur leurs propres terres, mais pour quels salaires ? », s’interroge-t-elle, sachant que ce phénomène existe déjà. D’après elle, les acheteurs « vont exploiter ces terres sans pitié », c’est-à-dire en « soutirer le maximum de rendement », sans hésiter quant à l’utilisation de pesticides ou d’OGM…

Le foncier, un enjeu pour la production agricole
De plus, en Afrique, l’agriculture reste encore itinérante dans certaines zones et privatiser les terres signifie modifier entièrement le système de production. Pourtant, indéniablement, cette privatisation sécuriserait le foncier. Face aux déclarations fréquentes concernant le pourcentage de terres arables disponibles en Afrique (70% à 80%), Mariam Sow déclare que « si l’on veut prendre les terres, on dit qu’elles sont disponibles alors qu’en réalité, il n’y en a pas suffisamment pour les Africains. » Elle n’hésite pas à déclarer qu’« il manque la volonté de nos Etats pour arriver à des politiques agricoles locales cohérentes et qui respectent les générations futures. » En prenant pour exemple l’huile d’arachide, elle dit ne pas comprendre pourquoi il est nécessaire d’en importer des pays limitrophes alors que le Sénégal est apte à la produire. Elle dénonce ainsi les taxes que reçoit le gouvernement via ces importations. Politique que confirme indirectement Philippe Gautier, directeur du Mouvement des entreprises de France (Medef) international, qui précise que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) autorise un certain protectionnisme de la part des pays africains. Reste à savoir pourquoi les gouvernements n’utilisent pas cette option, alors que les Etats-Unis et l’Europe l’ont longuement exploitée…

Le protectionnisme pour développer l’agriculture locale
Mariam Sow dénonçait peu de temps avant le rapport non équitable entre les pays développés et l’Afrique : « Pour négocier gagnant-gagnant, il faut que chacun ait le même niveau d’égalité » ; rapport d’égalité aussi applicable entre les investisseurs étrangers ou nationaux et les petits agriculteurs. Elle conclut que « l’on ne peut pas participer à la gouvernance du monde, si l’on ne gouverne pas d’abord notre pays, notre continent. » Or, pour Philippe Gautier, « seuls 3 ou 4 opérateurs mondiaux font les marchés. Il existe donc vraiment un problème de gouvernance mondiale. » Il rappelle la position protectionniste de la France au G20 à propos des marchés agricoles internationaux. L’autosuffisance alimentaire revient donc sur le tapis et signe un enjeu clef pour l’Afrique. Et cela passe par le développement de l’agriculture locale pour limiter l’exode rural, favoriser la réinsertion économique et donc sociale, réduire la malnutrition… Yvonnick Huet, directeur général d’Agrisud International, ajoute que « le marché est déterminant. S’il n’y a pas de valorisation possible sur le marché alors il faut aller ailleurs, sur un autre secteur d’activité. » Mais comme le fait remarquer un intervenant, « tant que le produit importé, comme le riz, coûtera plus cher à produire sur place qu’à importer, on continuera d’importer ! »

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