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En congrès, l’AGPM alerte sur l’intégration de l’Ukraine

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Réunis à Orléans, les producteurs de maïs de l’AGPM ont présenté une étude sur les dangers que représente le scénario de l’intégration de l’Ukraine pour sa filière.

À l’occasion de son congrès le 18 novembre, l’AGPM (producteurs, FNSEA) a alerté sur les dangers que pourrait causer une éventuelle intégration de l’Ukraine à l’Union européenne d’ici 2030. Selon une étude prospective présentée lors du congrès, l’Ukraine pourrait gagner plus de 1 million d’hectares et atteindre 39 Mt d’ici 2030, « soit une hausse équivalente à la production française ». Sur la même période, l’Ukraine pourrait parvenir à transformer jusqu’à 40 % de sa production de maïs sur place d’ici 2030, ce qui ferait « émerger un concurrent direct sur des segments stratégiques : amidon, semences ou encore poulet », résume l’AGPM. Dans le détail, les pertes sont estimées jusqu’à 1,6 Mt de maïs vers la filière amidonnerie, jusqu’à 14 000 ha de maïs semences (voir ci-après) et jusqu’à 85 % de la production française de poulet, ce qui équivaudrait à 1,3 Mt de maïs. Au total, la filière craint une perte de débouchés correspondant à 663 M€.

L’AGPM formule trois propositions à court terme : « conditionner les concessions commerciales avec l’Ukraine sur le maïs à la stricte réciprocité des standards de production en vigueur dans l’UE » ; « mettre en place des mesures de sauvegarde d’urgence sur les importations de semences de maïs ukrainiennes » ; « rénover le mécanisme de droits de douane relatif au maïs ». Pour l’heure, la demande de clause de sauvegarde pour les semences n’a pas encore été soutenue par le ministère de l’Agriculture. Lors de son allocution vidéo, Annie Genevard a toutefois indiqué que ses services rencontreraient très prochainement ceux de l’AGPM pour avancer sur ce sujet, dans un cadre réglementaire très strict.

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Le dossier ukrainien inquiète particulièrement les producteurs de semences de maïs, qui ont déjà vu les importations depuis ce pays fortement augmenter depuis l’équivalence sanitaire accordée par l’UE en 2021. Dans les scénarios de statu quo et d’intégration à l’UE, les exportations augmentent respectivement de 73 % et 133 %, tandis que, en cas de victoire de la Russie, les exportations baisseraient de 41 %. Dans les deux premiers scénarios, les surfaces françaises reculeraient de 8 000 et 14 000 ha – elles sont actuellement d’environ 60 000 hectares, après avoir décroché de 20 000 hectares en 2024.

En charge de l’agriculture au Crédit agricole Ukraine, Alexandre Tchesnakoff a confirmé les velléités de croissance en Ukraine, avec un objectif affiché de doubler le tonnage produit d’ici 2030. Le directeur adjoint de Syngenta France, Xavier Thévenot, s’est voulu rassurant : « Nous voyons davantage l’Ukraine comme un concurrent de la Roumanie et de la Hongrie. La France va garder son leadership », grâce à des conditions pluviométriques plus favorables et une bonne technicité des producteurs. Il a toutefois indiqué qu’elle devait se libérer de certains « boulets » réglementaires.

Jusqu’à 14 000 hectares de maïs semences menacées