Abonné

En France, une carte pour accélérer la réduction des pesticides

- - 5 min

L’association Solagro a publié le 22 juin une carte de France métropolitaine présentant les utilisations de pesticides par commune, sur la base des données du ministère. Un projet soutenu par l’industriel du bio Ecotone, et qui espère accélérer l’action au niveau local pour réduire les épandages.

« Nous ne voulons pas stigmatiser les agriculteurs, mais proposer un outil de référence à disposition du grand public et des acteurs qui peuvent réduire les pesticides. » Derrière Aurélien Chayre, agronome chez Solagro, la carte projetée ce 22 juin est inédite, mais elle surprend peu. En rouge vif ou sombre, les communes des zones viticoles, du Bassin parisien et du nord, qui montrent des indices de fréquences de traitement (IFT) supérieurs à 5. À l’inverse, les communes des zones d’élevage et de montagne restent pour la plupart au vert, avec des IFT inférieurs à 1. Autant de chiffres qui ne comprennent pas les produits de biocontrôle.

Il aura fallu plusieurs mois à Aurélien Chayre et à trois de ses collègues chez Solagro, pour recouper les données. Enquête sur les pratiques culturales, registre graphique parcellaire, bases de l’agence bio, ou encore registres des douanes : « Nous avons la chance en France d’avoir un service statistique très performant », sourit l’ingénieur. Un survol de la carte avec la souris montre l’ampleur des informations disponibles : en plus des IFT, les internautes auront accès à la SAU de la commune, à la part de biocontrole, à la surface en bio, ou même au nom de la culture la plus traitée.

Désormais en accès libre sur le site de Solagro, cette carte est complétée par deux autres « couches » d’informations, toujours à l’échelle communale. La première montre les IFT herbicides, en désignant le Bassin parisien et les Hauts-de-France en rouge vif. La deuxième, présentant le taux de SAU en agriculture biologique, allume la vallée du Rhône, l’Occitanie, quelques communes du Bordelais et du Jura. « L’agriculture biologique est un levier majeur pour faire basculer les communes dans le vert », appuie Aurélien Chayre, alors que 13 000 communes environ auraient des IFT supérieurs à 5. Parmi les autres leviers cités : l’augmentation des prairies temporaires dans l’assolement, la protection des prairies permanentes dans les plaines, ou encore l’utilisation de biocontrôle.

Un outil pour les collectivités et les ONG

Le projet serait né chez Solagro il y a environ un an, mais il s’est accéléré avec le soutien de l’entreprise Ecotone. Un poids lourd de l’agroalimentaire bio à l’échelle européenne, dont les marques comme Bjorg ou Bonneterre ont généré un chiffre d’affaires de 725 millions d’euros en 2022. « Mieux les gens comprendront les atouts de l’agriculture biologique, plus nous vendrons de produits bio », assume son président Christophe Barnouin. Un défi d’autant plus difficile actuellement pour l’ensemble des acteurs du bio, rappelle-t-il, face à la multiplication des labels de type HVE ou sans résidus de pesticides.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La carte repose cependant sur une véritable demande de la part d’acteurs de terrain comme les syndicats mixtes ou les agences de l’eau qui sollicitent fréquemment Solagro. Systèmes de paiements pour services environnementaux et lutte contre la pollution des captages : « Dans ces programmes nous avons souvent besoin d’accéder aux IFT », rappelle Aurélien Chayre. En Nouvelle-Aquitaine, le chercheur du CNRS Vincent Bretagnolles travaille lui aussi au quotidien avec les collectivités locales sur ces enjeux. « La carte va doter les mairies et les départements d’un véritable outil pour travailler avec les agriculteurs », espère-t-il.

Du côté de Générations Futures, on prévoit également de s’appuyer sur la carte pour renforcer des projets en cours, comme les prélèvements participatifs de pesticides dans l’air chez les riverains des parcelles agricoles. « Cela va nous donner des idées », sourit Nadine Lauverjat, déléguée générale de l’association. Solagro imagine d’ailleurs déjà des développements autour de la carte, par exemple en y superposant les données de vente de pesticides, ou en l’ajoutant comme module lors des déclarations Pac. « Pendant leurs déclarations, les agriculteurs pourraient se situer par rapport aux références locales », prévoit Aurélien Chayre.

Mais alors que les chiffres sont disponibles de longue date, certains regrettent que les ministères de la Transition ou de l’Agriculture n’aient pas fait ce travail plus tôt. « Que ce soit aux ONG de produire ces outils laisse perplexe sur la volonté de l’Etat de rendre les données publiques », grince Vincent Bretagnolles.

« Nous avons la chance en France d’avoir un service statistique très performant »