Abonné

En pleine dynamique de conversion, la pomme bio cherche des débouchés

- - 4 min

Pour écouler la hausse des volumes à venir dans les deux prochaines années, la pomme bio française vise le marché de la restauration hors domicile (RHD). L’application des objectifs d’approvisionnement des cantines fixés par la loi Egalim est particulièrement attendue.

Le secteur de la pomme bio vit actuellement une dynamique de conversion impressionnante. Selon les chiffres de l’Agence bio présentés lors d’une table ronde du Sival 2020 à Angers, l’équivalent de 72 % des 7 400 ha de surfaces certifiées en bio en 2018, était en cours de conversion cette année-là. « Ces surfaces en conversion concerneraient environ deux-tiers de pomme de table et un tiers de pomme à cidre », avance Eva Lacarce de l’Agence bio.

Les premiers volumes de cette vague de conversion initiée en 2016 devraient arriver sur les étals dès cette année. Face à ce phénomène, la filière pomme bio se pose la question de débouchés viables pour ces volumes sans déséquilibrer le marché. Certains opérateurs de la filière se montrent inquiets à ce sujet. « La demande était supérieure à l’offre jusqu’à atteindre un équilibre l’an dernier. On sent maintenant une lourdeur sur le marché », commente Benjamin Vincent, présent dans l’assistance et chef de produit bio au sein de l’union de coopérative BlueWhale.

« Le problème pourrait survenir sur la période de septembre à décembre. Des producteurs qui n’ont pas de capacité de stockage pour conserver les fruits pourraient faire descendre les prix par effet de panique » analyse-t-il. Selon lui, les vergers à moins de 25 à 30 t/ha de rendement ne résisteraient pas à ce type d’évènement conjoncturel. Dans ce contexte, BlueWhale prévoit de commercialiser les deux-tiers de ses volumes à partir du mois janvier.

L’espoir d’un effet loi Egalim

Si la pomme n’est que le troisième fruit bio consommé tous marchés confondus, elle se positionne première ex-æquo sur le segment de la restauration hors domicile (RHD). Les acteurs de la filière placent de grands espoirs dans ce débouché. « La loi Egalim va faire bouger les choses en restauration collective, notamment à destination des enfants », constate Stéphane Bonneau directeur des achats Terre Azur Pomona Pays de la Loire. Malgré tout, il avertit de la nécessité d’avoir des contrats tripartites entre producteurs, grossistes et collectivité qui soient bien « ficelés ». « Pour avoir un engagement sur les prix, je dois pouvoir faire des offres à la restauration collective qui garantissent un approvisionnement hebdomadaire sur six mois », prévient-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Une autre contrainte évoquée par le grossiste concerne les calibres uniformes. En portion enfant, les pommes doivent peser maximum 115 g/unité. Pour contourner ce problème, un travail de plusieurs années entre la plateforme de producteurs « Manger bio 35 », en Ille-et-Vilaine, et la restauration collective rennaise a abouti à l’achat de coupe-pomme pour les gros calibres. Une solution dont Michel Delhommeau, co-dirigeants des Coteaux Nantais nuance la portée. « Dans l’arrondissement parisien que nous fournissons, cette solution a été abandonnée. C’était trop chronophage et il y avait un risque de blessure pour l’opérateur », affirme-t-il.

L’export pour absorber des volumes

Mais la RHD, à elle seule, ne suffira pas à absorber tous les volumes supplémentaires. Pour compenser, l’export pourrait être débouché intéressant, mais il doit encore être travaillé. « Les pays scandinaves sont une destination importante, mais ils sont largement fournis par l’Italie et les prix sont parfois à peine supérieurs à 25 % du conventionnel », détaille Benjamin Vincent. Eva Lacarce évoque le potentiel de l’Allemagne. Mais ce marché ne s’ouvre qu’à partir du moment où le pays a écoulé ses propres stocks. Au-delà de ses destinations de proximité, BlueWhale explore actuellement des marchés plus lointains, tels que l’Asie ou l’Amérique. « Ce sont des débouchés à défricher, déclare-t-il, il faut pouvoir fournir des variétés qui voyagent bien. »

Problèmes de calibres et de régularité des volumes